Les BRICS maintiennent leur banque sous contrôle occidental
R Galaxie Rédaction · 4 novembre 2026 à 14:06 · 4 min de lecture
Dix ans après leur création, les institutions financières des BRICS peinent à s’affranchir des règles monétaires dominées par les anciennes puissances. Leur sommet de New Delhi révèle un bloc divisé entre ambition souveraine et contraintes pratiques. Les pays émergents en subissent les limites concrètes.
Pour les pays émergents, une promesse non tenue sur les prêts souverains
Les États membres des BRICS, notamment ceux d’Afrique et d’Asie, comptaient sur leur banque de développement pour financer des projets d’infrastructures sans les conditionnalités imposées par le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale. Or, dix ans après son lancement, cette institution reste dépendante des règles financières internationales, limitant son autonomie réelle. Les prêts accordés par la Nouvelle Banque de Développement (NDB), créée en 2015, s’alignent encore sur les normes de solvabilité fixées par les agences de notation occidentales, ce qui exclut de nombreux pays à risque élevé mais en forte croissance. Résultat : les projets financés dans ces régions doivent souvent s’adapter à des critères de rentabilité calculés selon des modèles conçus pour des économies matures, et non pour des économies en transition.
Cette dépendance se traduit par des retards dans l’octroi de fonds. Pour les gouvernements concernés, cela signifie des reports systématiques d’investissements dans les énergies renouvelables, les transports ou l’agriculture, secteurs pourtant prioritaires dans les stratégies de développement des BRICS.
Un sommet de New Delhi sous le signe d’un bilan mitigé
Le 18e sommet des BRICS, qui s’est tenu les 12 et 13 septembre 2026 à New Delhi sous le thème « L’humanité d’abord », a marqué un tournant dans la communication du bloc. Pour la première fois, les dirigeants ont reconnu publiquement les limites de leurs institutions financières.
La création de la NDB en 2015, suivie en 2016 par l’Arrangement de réserve de contingence (CRA), visait à offrir une alternative aux institutions de Bretton Woods. Pourtant, leur fonctionnement reste encadré par des règles inspirées de ces mêmes institutions. Par exemple, le CRA, censé servir de filet de sécurité monétaire pour les membres, ne peut être activé qu’après validation par un comité technique composé à parts égales de représentants des BRICS… et d’experts issus d’agences de notation agréées par l’Union européenne. Une disposition qui neutralise en pratique l’autonomie du dispositif.
Pourquoi les BRICS n’ont-ils pas pu s’affranchir des règles occidentales ?
Trois facteurs structurels expliquent cette situation. Premièrement, la NDB et le CRA reposent sur des capitaux apportés par leurs membres, mais leur volume reste insuffisant pour concurrencer les ressources mobilisables par la Banque mondiale ou la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB).
Deuxièmement, les BRICS manquent d’une gouvernance unifiée. La Chine, premier contributeur financier, pousse pour des prêts à taux préférentiels, tandis que l’Inde et le Brésil défendent des conditionnalités sociales et environnementales plus strictes, alignées sur leurs propres législations. Ces divergences ralentissent les décisions et affaiblissent la crédibilité du bloc face aux partenaires occidentaux.
Enfin, les agences de notation, dont l’influence reste dominante, continuent de classer les projets financés par la NDB selon leurs propres critères. Or, cette notation est calculée en partie sur la dépendance du pays aux importations de technologies et de matières premières, un critère qui avantage indirectement les économies occidentales.
Quelles alternatives pour les pays exclus des prêts souverains ?
Face à ces blocages, plusieurs États membres des BRICS explorent des pistes parallèles. Certains, comme l’Afrique du Sud, ont renforcé leurs partenariats avec la Banque africaine d’export-import, une institution panafricaine moins soumise aux conditionnalités extérieures. D’autres, comme l’Iran ou le Venezuela, contournent partiellement le système en négociant des accords bilatéraux de compensation commerciale, par exemple, en échangeant du pétrole contre des infrastructures, sans passer par des prêts classiques.
Cependant, ces solutions restent limitées. Quant aux institutions régionales comme la Banque africaine de développement, elles peinent à mobiliser des fonds comparables à ceux des géants occidentaux.
Les BRICS peuvent-ils encore changer la donne ?
Le sommet de New Delhi a révélé une division croissante au sein du bloc. La Chine et la Russie plaident pour une accélération des réformes internes, tandis que l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil insistent sur la nécessité de préserver un dialogue avec les institutions traditionnelles.
Pour les observateurs, deux scénarios se dessinent. Le premier est une évolution progressive vers une plus grande autonomie, avec des mécanismes de financement déconnectés des agences occidentales. Le second, plus probable à court terme, est un statu quo où les BRICS continueront à utiliser leurs institutions comme un levier de négociation avec l’Occident, sans jamais les rendre pleinement souveraines.
Que peut vérifier ou faire un citoyen concerné ?
- Suivre l’évolution des prêts de la NDB : Les rapports annuels de la Nouvelle Banque de Développement, disponibles sur son site officiel, détaillent les projets approuvés et les montants alloués. Un comparatif avec les annonces gouvernementales des pays bénéficiaires permet d’évaluer l’écart entre les promesses et les réalisations.
- Analyser les notations souveraines : Les agences Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch publient régulièrement les classements des pays émergents. En croisant ces données avec les projets financés par la NDB, on mesure l’influence réelle des critères occidentaux sur l’accès aux fonds.
- S’informer sur les alternatives locales : Les banques de développement régionales, comme la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB) ou la Banque africaine de développement, proposent des rapports publics sur leurs activités. Ces documents révèlent comment les pays contournent, ou non, les blocages des institutions des BRICS.