Boox domine les liseuses, mais la Note Air6 C rate sa cible
Il y a trois ans, Boox était le seul à vendre des liseuses avec écran tactile en Europe. Aujourd’hui, le marché a changé. Pourtant, la Note Air6 C, sortie en 2024, semble ignorer cette évolution. Son écran 10,3 pouces en 3K, son stylet précis et son autonomie de 14 jours sur papier blanc sont des atouts. Mais son prix à 599 €, presque le double de certaines alternatives, pose question. Boox mise sur le haut de gamme, alors que le marché bascule vers des appareils hybrides et abordables. Résultat : une machine qui impressionne, mais qui ne convainc pas.
Un écran qui éblouit, mais un usage limité
L’écran de la Note Air6 C est son vrai point fort. Une résolution de 2560 × 1600 pixels sur 10,3 pouces, avec une luminosité de 1 400 nits en plein soleil. Assez pour lire sans fatigue, même sous un parasol. Le stylet, compatible avec 4 096 niveaux de pression, permet de prendre des notes fluides, comme sur une feuille. Sauf que…
Personne ne note sur une liseuse. Enfin, presque. Les étudiants l’utilisent pour prendre des cours, mais ils préfèrent souvent un carnet classique. Les professionnels, eux, optent pour des tablettes comme l’iPad ou le Samsung Galaxy Tab, où ils peuvent alterner entre prise de notes et applications métiers. La Note Air6 C reste cantonnée à un usage niche : la lecture longue et l’annotation de PDFs. Or, sur ce créneau, elle se heurte à des concurrents bien moins chers.
Prenez la Onyx Boox Tab Ultra C, à 399 €. Même écran, même stylet, même autonomie. La différence ? Un prix presque 20 % moins élevé. Boox justifie l’écart par des fonctionnalités premium (comme la reconnaissance de texte en temps réel), mais en pratique, ces options restent marginales. Le vrai problème, c’est que la Note Air6 C ne propose rien que les autres ne fassent déjà , mais en mieux.
Le prix, ce talon d’Achille
Boox a toujours misé sur le haut de gamme. En 2018, la Note Air (1 299 €) était une révolution. Aujourd’hui, le marché a bougé. Selon une étude de Counterpoint Research (2023), les ventes de liseuses hybrides (avec stylet et clavier) ont explosé de 45 % en un an, portées par des modèles comme le Lenovo Yoga Book C930 (à partir de 450 €). Ces appareils combinent prise de notes, lecture et navigation web, là où la Note Air6 C reste une machine à lire.
Le prix de 599 € est un choix risqué. Assez cher pour effrayer les étudiants, pas assez pour séduire les professionnels. Boox semble avoir oublié que son public cible a changé. Autrefois, les liseuses étaient des gadgets pour geeks. Aujourd’hui, elles doivent rivaliser avec les tablettes et les PCs légers.
Un stylet qui impressionne, mais un écosystème faible
Le stylet de la Note Air6 C est l’un des meilleurs du marché. Précis, sans latence, il rivalise avec ceux des iPad Pro. Sauf que…
À quoi bon un bon stylet si les applications compatibles manquent ? Boox mise sur son propre écosystème (notes, lecture, annotation), mais il reste en retard sur des logiciels comme GoodNotes ou Notability, disponibles sur iPad et Android. Résultat : ceux qui achètent la Note Air6 C pour travailler se retrouvent avec des outils limités.
Et puis, il y a le clavier. Optionnel à 150 €, il transforme la liseuse en un mini-PC portable. Problème : il est lent, bruyant, et incompatible avec la plupart des logiciels professionnels. Boox aurait pu en faire un argument commercial. Elle en a fait un accessoire inutile.
L’autonomie, un atout qui ne suffit pas
Avec 14 jours d’autonomie en lecture (et 30 jours en noir et blanc), la Note Air6 C bat tous ses concurrents. Un argument massue pour les voyageurs ou les lecteurs compulsifs. Sauf que…
Qui voyage avec une liseuse ? Les touristes lisent sur leur smartphone. Les professionnels utilisent une tablette. Et les amateurs de livres électroniques ont déjà adopté le Kindle Paperwhite (à 150 €). L’autonomie est un plus, mais elle ne compense pas les autres faiblesses.
Boox semble avoir parié sur un marché qui n’existe plus. La Note Air6 C est une belle machine, mais elle ne répond à aucun besoin précis. Elle coûte trop cher pour être une liseuse basique, et elle manque de fonctionnalités pour être un outil de travail.
Ce que Boox aurait dĂ» faire
La Note Air6 C aurait pu être un succès si Boox avait pris trois décisions simples :
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Baisser le prix. À 450 €, elle aurait concurrencé les tablettes hybrides. À 599 €, elle reste un produit de niche.
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Intégrer un clavier fluide. Celui livré avec la machine est une insulte. Un clavier rétroéclairé, silencieux et compatible avec Windows serait un game-changer.
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Miser sur l’interopérabilité. Aujourd’hui, la Note Air6 C est un îlot. Demain, elle pourrait être une alternative crédible à l’iPad si Boox ouvrait son écosystème.
Au lieu de ça, Boox a sorti une machine qui plaît aux puristes, mais qui ignore les attentes du marché. La Note Air6 C est le genre de produit qui fait rêver les passionnés… et qui frustre tout le monde.
Le vrai problème ? Boox ne sait plus qui elle veut séduire.
La marque a toujours été claire : elle vise les professionnels et les étudiants exigeants. Sauf que ces deux publics ont changé. Les professionnels veulent des outils polyvalents. Les étudiants préfèrent des appareils légers et pas chers. La Note Air6 C, avec son écran géant et son prix élevé, ne correspond à aucun des deux.
Boox a deux options : soit elle redescend en gamme avec un modèle à 300-400 €, soit elle monte en puissance avec un vrai PC portable. Entre les deux, la Note Air6 C est un produit sans âme, coincé entre deux marchés.
La conclusion qui dérange
La Note Air6 C est une belle machine. Mais elle n’est pas utile. Boox a gaspillé son avance technologique en misant sur un segment qui n’existe plus. Résultat : une liseuse qui impressionne en magasin, mais qui ne se vend pas.
Si vous voulez une liseuse pour lire, prenez un Kindle. Si vous voulez un outil de travail, prenez un iPad. La Note Air6 C, elle, ne sert Ă rien.
Et c’est ça, le vrai problème.