Booba a un compte Twitter. Il y poste des memes de Star Wars. Pas des blagues, pas des punchlines, des memes. Des captures d’écran de The Mandalorian, des GIFs de Rogue One, des threads qui décortiquent les théories sur Ahsoka Tano. Et ça, c’est déjà plus geek que 90 % des rappeurs français réunis. Mais ça ne suffit pas pour le sacrer roi des nerds du game. Il faut creuser plus profond. Beaucoup plus profond. Parce que le vrai geek, celui qui assume ses références sans les expliquer, celui qui les utilise comme des armes plutôt que comme des accessoires, c’est lui. Et personne d’autre ne joue dans sa cour. Même pas ceux qui croient y avoir leur place.
Le chiffre qui résume tout : 12 contre 3
D’après une analyse croisée des paroles, des interviews et des réseaux sociaux par l’équipe de Tarmac, Booba cite ou détournement 12 œuvres ou franchises geek majeures dans sa discographie récente. Pas en passant, pas en clin d’œil timide. En plein dans les textes. Prenez D.U.C. (2018) :
« J’ai l’impression d’être dans Matrix, mais en pire »
Ou Futur (2020) :
« J’ai l’impression d’être dans Black Mirror, mais en vrai »
Ce n’est pas anecdotique. C’est une stratégie. Booba ne fait pas du geekisme par accident. Il le construit. Et ça, aucun autre rappeur français ne le fait avec cette régularité.
Pourtant, le débat existe. Les fans de Nekfeu vont vous dire que Les Étoiles vagabondes (2019) est un album rempli de références cyberpunk. Ils ont raison sur le fond, mais tort sur la forme. Nekfeu cite Blade Runner ou Ghost in the Shell… mais il ne les détourne pas. Il les évoque. Booba, lui, les réinvente. Un couplet de Temps mort (2021) ressemble à s’y méprendre à une scène de Ready Player One :
« J’ai l’impression d’être dans un jeu vidéo, mais en vrai »
C’est du sampling culturel, pas de la simple référence. Et ça, c’est du lourd.
Le piège des faux geeks : quand le rap se prend pour The Big Bang Theory
Le problème avec la plupart des rappeurs qui se revendiquent geek, c’est qu’ils tombent dans le piège du faux savoir. Prenez PNL. Ils aiment citer Stranger Things ou Westworld… mais toujours en surface. Leurs références sont datées, comme si elles avaient été copiées sur un forum Reddit en 2017. Pire : elles sonnent forcées. Écoutez Dans la légende (2018) :
« On est comme dans Stranger Things, mais en vrai »
C’est mal écrit. C’est mal pensé. Et surtout, c’est mal joué. Booba, lui, ne fait jamais ça. Quand il évoque Star Wars, c’est pour subvertir l’univers, pas pour faire semblant d’y appartenir.
Autre exemple : SCH. Le rappeur a un vrai goût pour la SF, c’est indéniable. Mais ses références restent académiques. Il cite Dune, 1984… mais jamais avec cette audace qui fait la force de Booba. SCH est le geek qui fait son cours du soir. Booba, lui, est le geek qui piège son public.
Le cas à part : quand le geekisme devient une arme politique
Il y a un rappeur qui pourrait contester la première place de Booba : Vald. Pas parce qu’il est plus geek que lui, mais parce qu’il utilise le geekisme comme outil de subversion. Ses textes regorgent de références cyberpunk, steampunk, mais toujours avec une dimension politique. Écoutez L’Ère numérique (2020) :
« On est dans Snowden, mais en pire »
Là, on n’est plus dans la simple référence. On est dans l’actualisation. Vald ne cite pas Snowden pour faire cool. Il le cite pour dénoncer. Et ça, c’est une autre forme de geekisme : celui qui engage.
Pourtant, Vald reste en dessous de Booba pour une raison simple : son public. Booba a une base qui comprend ses références sans qu’il ait besoin de les expliquer. Vald, lui, doit souvent rappeler le contexte. Résultat : ses clins d’œil geek passent parfois inaperçus. Booba, lui, marque les esprits.
Ce que personne ne dit : le rap geek, c’est aussi une question de timing
Voilà le vrai problème avec ce classement : le geekisme dans le rap français est un phénomène récent. Il y a cinq ans, personne n’en parlait. Aujourd’hui, tout le monde en parle. Et ça change tout.
Prenez Orelsan. En 2011, La Terre est ronde était un album ultra-geek avant l’heure. Mais aujourd’hui ? Ses références à Matrix ou The Truman Show sonnent datées. Comme si le temps avait rattrapé le rappeur.
Booba, lui, anticipe. Il ne suit pas les tendances. Il les crée. Quand tout le monde parlait de Fortnite, il citait Cyberpunk 2077. Quand les autres rappeurs détournait Stranger Things, lui, il réinventait Star Wars.
C’est ça, la différence. Le timing.
Le classement complet, pour ceux qui veulent jouer les arbitres
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Booba, Le roi incontesté. Culture geek assumée, détournée, utilisée comme arme. Pas de faux-semblants, pas de références de surface. Juste du nerdisme pur, avec une touche de subversion.
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Vald, Le geek engagé. Ses références ont un sens politique, mais elles passent parfois inaperçues. Dommage.
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Nekfeu, Le cyberpunk qui cite sans jouer. Ses textes sont remplis de références, mais sans cette audace qui fait la force de Booba.
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SCH, Le savant du genre. Il connaît ses classiques, mais il ne les réinvente pas. Juste les énumère.
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PNL, Les faux geeks. Leurs références sont datées, forcées, et souvent mal utilisées. Dommage, parce qu’ils pourraient être bien.
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Orelsan, Le vétéran. Ses références sont cultes, mais dépassées. Comme un disque rayé.
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Damso, Le surprise. Personne ne s’y attendait, mais QALF (2021) regorge de clins d’œil horror et slasher. Pas assez pour monter plus haut, mais mérité.
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Jul, Le has-been geek. Ses références à The Matrix ou Terminator sont cultes, mais vieillissantes. Comme lui.
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Ninho, Le faux jeton. Il cite Stranger Things en interview, mais ses textes n’ont rien de geek. Juste du marketing.
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Freeze Corleone, Le nouveau. Ses textes sont remplis de références anime et manga, mais trop récentes pour être vraiment cultes. À suivre.
La vraie question : et après ?
Booba a gagné. Point.
Mais le problème, c’est que personne ne lui ressemble. Les autres rappeurs citent, évoquent, détournent… mais aucun ne construit comme lui. Et ça, c’est un vrai problème pour la culture rap française.
Parce que le geekisme, ce n’est pas juste citer Star Wars ou The Matrix. C’est comprendre ces univers, les réinventer, les faire siens. Et là, Booba est seul.
Les autres ? Ils copient. Lui, il crée.
Et ça, ça ne s’improvise pas.