Pourquoi 25 saucisses en 10 minutes, c’est déjà trop ?
Parce que personne ne sait pourquoi on fait ça. Pas les organisateurs, pas les participants, pas les spectateurs. Juste un concours de gloutonnerie organisé par une commune qui veut attirer du monde. Le chiffre clé, c’est celui-là : 1 200 personnes ont défilé à Ochamps pour voir ça, selon la mairie. 1 200 personnes pour regarder un mec manger 25 saucisses en 10 minutes. À côté, le nombre de visiteurs du musée de la bière à Bruxelles, c’est 150 000 par an. La proportion est éloquente. On préfère encore un peu de culture à un spectacle de déglutition forcée.
Et puis, il y a le frère. Grégory Thomas a battu son frère. Un frère. Pas un inconnu. Pas un concurrent anonyme. Son propre frère. Parce que le concours, c’est souvent une affaire de famille. Ou de potes. Ou de mecs qui se connaissent depuis l’école primaire et qui veulent prouver un truc. N’importe quoi. Juste pour gagner. Pour dire : « Moi, je peux. Toi, tu peux pas. » Sauf que le vrai gagnant, c’est la saucisse. Et la bière. Et le sponsor qui vend des saucisses en promo pendant l’événement.
Le truc pourri, c’est que personne ne rit. Pas vraiment. On applaudit par politesse. On filme pour les réseaux. Mais au fond, tout le monde sait que c’est nul. Même les participants. Même les organisateurs. Même les gens qui vendent les saucisses.
L’Oktoberfest, c’est mort, et personne ne veut l’enterrer
L’Oktoberfest, à Munich, c’est une institution. Une fête qui dure deux semaines, avec des milliers de litres de bière, des costumes traditionnels, et une ambiance qui sent bon l’Allemagne d’avant la mondialisation. À Ochamps, c’est autre chose. C’est une fête qui dure deux jours, avec des saucisses industrielles, des stands de tir à la carabine, et un concours de gloutonnerie qui rappelle les foires médiévales, sauf que là , on ne mange pas des pommes, on avale des saucisses comme des médicaments.
Le problème, c’est que l’Oktoberfest, en Belgique, c’est devenu un fourre-tout. Un mélange de folklore, de malbouffe, et de folklore malbouffe. À Libramont, ils font une Oktoberfest aussi. À Spa, pareil. À Namur, ils ont même une « Oktoberfest des enfants » où les mômes boivent de la limonade et mangent des saucisses en plastique. Partout, c’est la même chose : on copie Munich, mais en pire. Parce que Munich, au moins, ils ont une histoire. Une vraie. Pas juste un concours de qui pète le plus fort.
Le chiffre qui cloche, c’est celui des sponsors. Parce que derrière chaque saucisse avalée à la chaîne, il y a une marque qui paie pour être là . Les saucisses de l’Oktoberfest d’Ochamps, c’est quoi ? Des « saucisses spéciales événement » vendues à 3,50 € la pièce. Trois euros cinquante pour une saucisse qui pèse 100 grammes. À ce prix-là , autant manger un kebab. Sauf que là , c’est pire : c’est une saucisse qui a voyagé 2 000 km pour arriver dans une assiette en plastique, avec une sauce qui sent le chimique.
Le vrai gagnant, c’est pas Grégory Thomas
Le vrai gagnant, c’est le mec qui a inventé le concept « Oktoberfest en Belgique ». Parce que c’est lui qui a compris que les Belges aiment bien se donner l’illusion d’être allemands, le temps d’un week-end. Ils boivent de la bière qui a un goût de lessive, ils mangent des saucisses qui ressemblent à des saucisses, et ils rigolent comme si c’était drôle.
Grégory Thomas, lui, il a juste gagné un trophée en forme de bière. Et une réputation de glouton. Son frère, lui, a perdu. Mais au moins, il a pas à se justifier. Parce que le vrai perdant, c’est le goût. Le vrai perdant, c’est la tradition. Le vrai perdant, c’est le sens.
Le truc le plus triste, c’est que personne ne s’en rend compte. Même pas Grégory. Même pas les organisateurs. Même pas les 1 200 spectateurs. Juste un concours de gloutonnerie qui tourne en rond, comme une fête sans âme.
Et si on arrĂŞtait de manger pour gagner ?
À un moment, il faut se poser la question. Pourquoi on fait ça ? Pourquoi on organise des concours pour voir qui peut avaler le plus de saucisses en 10 minutes ? Pourquoi on applaudit un mec qui se gave comme un cochon ?
La réponse, elle est simple. Parce que c’est facile. Parce que c’est rapide. Parce que ça fait du bruit. Parce que ça attire du monde. Parce que ça se vend.
Mais ça ne veut rien dire. Absolument rien. Sauf peut-être une chose : on en est arrivés là . À une époque où la seule compétition qui compte, c’est celle qui se joue dans l’estomac. Où le seul trophée qui vaille, c’est celui qui pèse 100 grammes et qui sent la graisse rance.
Grégory Thomas a mangé 25 saucisses. Il a gagné. Son frère a perdu. Et nous, on est tous perdants.
Parce que la vraie fête, celle qui fait du bien, celle qui a du sens, celle qui reste dans la mémoire, elle, on l’a remplacée par un concours de gloutonnerie. Et ça, c’est triste.
Le pire, c’est que personne ne veut en parler.