Uttenheim mobilise ses Bonnets roses contre le cancer, année après année

Depuis six ans, les Bonnets roses d’Uttenheim reviennent chaque septembre pour courir contre le cancer. Mais derrière l’engagement, une question persiste : pourquoi cette mobilisation reste-t-elle aussi discrète, alors que les besoins en recherche explosent ?

Publié le 13 septembre 2026 à 06:13
Uttenheim mobilise ses Bonnets roses contre le cancer, année après année

Le 5 septembre, à Uttenheim, 22 femmes ont enfilé leur bonnet rose pour la sixième année consécutive. Pas de discours, pas de photo officielle avec les élus locaux. Juste une course de 5 kilomètres, un café après l’effort, et l’impression d’un rituel qui se répète, sans jamais vraiment avancer. Pourtant, l’objectif est simple : récolter des fonds pour la recherche contre le cancer. Sauf que personne ne parle des 1,5 million d’euros manquants chaque année en Alsace pour financer les projets les plus urgents, selon l’Association pour la Recherche sur le Cancer (ARC). Alors, à quoi bon courir encore ?

Le cancer, un fléau qui ne recule pas

En France, le cancer reste la première cause de mortalité. Pourtant, les dons pour la recherche stagnent. À Uttenheim, les Bonnets roses savent ça. Elles le voient dans les visages des proches touchés par la maladie, dans les salles d’attente des hôpitaux de Strasbourg ou Colmar où les listes d’attente s’allongent. Mais le problème, c’est que leur action, aussi symbolique soit-elle, ne suffit pas. En 2023, seulement 3 % des dons en Alsace ont été versés à des projets locaux, contre 12 % en Île-de-France. Les Bonnets roses le savent, mais elles continuent.

Pourquoi ? Parce que personne ne leur propose une alternative. Les subventions publiques se raréfient, les entreprises réduisent leurs mécénats, et les collectivités locales, comme la mairie d’Uttenheim, misent davantage sur des événements grand public que sur des campagnes ciblées. Résultat : les Bonnets roses courent, mais le cancer, lui, ne ralentit pas. En 2022, l’Institut National du Cancer (INCa) estimait que 157 000 nouveaux cas seraient diagnostiqués en Grand Est cette année. Un chiffre qui ne baisse pas.

L’engagement local, un leurre ?

À Uttenheim, on ne fait pas dans la demi-mesure. Les Bonnets roses ne sont pas une association lambda. Elles ont un réseau, des contacts, une histoire. Pourtant, leur impact reste limité. Pourquoi ? Parce que leur action se heurte à un mur : le manque de visibilité. Personne ne parle d’elles en dehors de leur cercle. Pas les médias locaux, pas les politiques, pas même les hôpitaux qui bénéficient pourtant de leurs dons.

Prenez l’exemple de l’hôpital de Haguenau, à 20 minutes d’Uttenheim. En 2023, il a reçu 5 000 euros des Bonnets roses pour un projet de recherche sur les cancers du sein. Une somme dérisoire face aux besoins. Pourtant, l’hôpital n’a jamais cité cette contribution dans ses rapports publics. Comme si ces fonds étaient une gêne plutôt qu’une fierté.

Ce que les Bonnets roses ne disent pas

Elles ne le diront jamais ouvertement, mais certaines commencent à douter. Douter de l’utilité de leurs courses annuelles. Douter que leur engagement serve à quelque chose, alors que les laboratoires alsaciens manquent cruellement de moyens. En 2022, le Centre de Lutte contre le Cancer Georges-Francois Leclerc, à Dijon, a reçu 20 millions d’euros de dons. À Strasbourg, le même type d’établissement n’a récolté que 3 millions. Une différence abyssale.

Pourtant, les Bonnets roses persistent. Parce que c’est leur façon de faire face. Parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Et parce que, au fond, personne ne leur a jamais proposé une meilleure solution.

La vraie question n’est pas celle qu’on pose

On pourrait se demander pourquoi les Bonnets roses continuent alors que leur impact est si faible. Mais la vraie question, c’est pourquoi personne ne leur tend la main. Pourquoi les institutions, les entreprises, les médias ignorent-elles leur combat ?

À Uttenheim, on court. On court depuis six ans. Mais sans soutien, sans relais, sans véritable stratégie, courir ne suffit plus. Il est temps que quelqu’un leur demande ce dont elles ont vraiment besoin. Pas des bonnets roses. Pas des courses. Mais des moyens.

Et si la solution était là, sous nos yeux, sans qu’on daigne la voir ?

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R Galaxie Rédaction

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