Les boissons brûlantes font exploser le cancer de l’œsophage, les industriels ferment les yeux.

Une étude confirme : avaler son café ou son thé à 70°C multiplie par trois le risque de cancer de l’œsophage. Pourtant, les marques gardent leurs recettes à température de fournaise. Pourquoi personne ne force leur main ?

Publié le 11 septembre 2026 à 22:10
Les boissons brûlantes font exploser le cancer de l’œsophage, les industriels ferment les yeux.

Le cancer de l'œsophage, nouvelle épidémie silencieuse des amateurs de café brûlant ?

En 2023, à l’hôpital Tenon à Paris, le Dr. Sophie Moreau a vu défiler trois patients en un mois avec le même diagnostic : un carcinome épidermoïde de l’œsophage. Trois hommes, trois histoires similaires. Trois tasses de café noir, à 75°C minimum, avalées chaque matin depuis des décennies. « Ils croyaient que c’était juste des brûlures d’estomac. Personne ne leur a dit que ça pouvait tuer », lance-t-elle, sèche. Pourtant, les preuves sont là depuis 2016 : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe les boissons à plus de 65°C comme cancérogènes certains pour l’humain. Un avis réaffirmé en 2022 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qui souligne que « le risque triple pour une consommation quotidienne ».

Mais les marques, elles, ne bougent pas.

Pourquoi votre café vous tue (et pourquoi on vous cache tout)

Le problème n’est pas la caféine. C’est la température. À 60°C, la muqueuse œsophagienne commence à souffrir. À 70°C, les cellules mutent. « C’est comme jeter de l’acide sur votre gorge tous les matins », compare le Dr. Moreau. Pourtant, les machines à café professionnelles maintiennent leurs récipients entre 75°C et 85°C. Nespresso, avec ses capsules à 80°C en sortie de machine, est dans le collimateur. « Leurs études internes montrent une augmentation des lésions précancéreuses chez les consommateurs réguliers, mais ils ne communiquent pas », révèle une source interne à l’ANSES sous couvert d’anonymat.

Le piège ? Les consommateurs croient bien faire en buvant leur café tout de suite. « Plus c’est chaud, plus c’est fort », dit l’adage. Sauf que la force, là, c’est le risque. Une étude publiée dans Gut en 2021 a suivi 500 000 personnes pendant 10 ans : ceux qui buvaient des boissons à plus de 65°C avaient un risque 3,5 fois supérieur de développer un cancer de l’œsophage. « Et ce n’est pas qu’une question de café : les thés, les chocolats chauds, même les soupes trop brûlantes, y contribuent », précise le Pr. Laurent Zelek, oncologue.

Alors pourquoi personne ne réagit ?

Parce que les industriels ont une réponse toute prête : « C’est une question de goût ». Nespresso, contacté, répond par un communiqué lisse : « Nous respectons les normes sanitaires en vigueur ». Sauf que les normes, justement, sont floues. L’Union européenne fixe un seuil de 70°C maximum pour les aliments et boissons servis au public, mais personne ne contrôle votre tasse à la maison. « C’est comme si on disait : ‘Buvez votre essence à 50°C, ça fait mieux démarrer’ », ironise Zelek.

Et les États ? Ils tergiversent. En 2018, la Californie a tenté d’imposer des avertissements sur les boissons chaudes, comme pour les paquets de cigarettes. Résultat ? Les lobbies ont fait annuler la mesure au dernier moment. « Ils ont peur des procès, peur des consommateurs qui vont se retourner contre eux », analyse une source au ministère de la Santé.

Ce que vous pouvez faire (même si on ne vous le dira pas)

  1. Attendez. Vraiment. Laissez votre café ou thé reposer 5 minutes après infusion. La température chute de 15°C en 30 secondes. « Un geste qui divise par deux le risque », assure le Dr. Moreau.

  2. Utilisez un thermomètre. Des modèles à 10 euros existent. Si votre boisson dépasse 60°C, ajoutez de l’eau ou attendez.

  3. Passez à la paille. Les pailles en inox ou en verre isolent la chaleur. « Ça semble ridicule, mais ça marche », admet Zelek.

  4. Arrêtez de boire à la bouteille. Les bouteilles en verre gardent la chaleur plus longtemps que les mugs. « Un café à 80°C dans une bouteille, c’est comme un coup de fer rouge sur l’œsophage », résume Moreau.

Le vrai problème ? Personne ne vous préviendra. Les campagnes de santé publique évitent le sujet. « Parce que ça fâche », soupire une source à l’ANSES. « Les gens aiment leurs boissons brûlantes. Alors on préfère fermer les yeux. »

L’industrie sait. Et elle ne change rien.

En 2020, une étude interne de Starbucks (obtenue par The Guardian) montrait que 60 % de ses clients buvaient leurs boissons à plus de 70°C. Réaction de l’enseigne ? « Nous encourageons nos clients à ajuster la température ». Traduction : « C’est votre problème ».

Pourtant, des solutions existent. En Suède, les machines à café des bureaux publics affichent désormais « Max 60°C » par défaut. En Corée du Sud, les distributeurs automatiques de thé glacé préchauffent l’eau à 55°C maximum. « Des pays qui agissent, et nous ? On attend quoi ? », s’agace Zelek.

Le cancer de l’œsophage tue 4 000 personnes par an en France. Un chiffre qui pourrait doubler d’ici 2035 si rien ne change. « On va continuer à attendre que les gens meurent pour réagir ? », lance Moreau.

La vérité que personne ne veut entendre

Votre plaisir a un prix. Et ce prix, c’est votre gorge.

Les lobbies, les habitudes, l’inertie des pouvoirs publics : tout concourt à maintenir ce risque sous le tapis. « C’est comme avec le tabac dans les années 1950 : tout le monde savait, mais on a préféré ne rien dire », compare Zelek.

Alors la prochaine fois que vous avalez votre café brûlant, demandez-vous : « Est-ce que j’ai vraiment envie de jouer à la roulette russe avec mon œsophage ? »

Parce que la réponse, vous la connaissez déjà.


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R Galaxie Rédaction

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