Un excès à 120 000 euros pour 1000 chevaux électriques

Le BMW iX3 M60 xDrive 2027 arrive avec une puissance de frappe qui défie les lois du marché. Mais à quel prix ? Entre records techniques et arbitrages douteux, la Neue Klasse montre ses limites.

Publié le 10 octobre 2026 à 06:14
Un excès à 120 000 euros pour 1000 chevaux électriques

Une puissance qui n’a pas de prix, mais un prix quand même

Le iX3 M60 n’est pas une surprise. BMW l’a annoncé depuis 2022 : la Neue Klasse serait la plateforme pour concurrencer Tesla sur son propre terrain. Sauf que Tesla, sur le segment des SUV, a déjà le Model Y Performance. 480 chevaux, 0 à 100 km/h en 4,4 secondes, 77 000 euros. Moins cher. Moins rapide, mais pas de beaucoup. Et surtout, 100 % moins cher à l’usage. Parce que le iX3 M60, avec sa batterie de 105 kWh (oui, 105, pas 100, pas 90), affiche une autonomie WLTP de 450 km. En ville. Pas en autoroute. Pas avec le chauffage allumé. Et surtout, pas après trois ans d’usage, quand la batterie a perdu 15 % de sa capacité, comme c’est le cas pour la plupart des modèles haut de gamme aujourd’hui.

BMW assume. Le constructeur allemand mise sur l’argument prestige : le iX3 M60 n’est pas une voiture, c’est un statut. Un peu comme la M8 Competition, mais en électrique. Sauf que la M8, elle, a un V8 biturbo de 625 chevaux. Le iX3, lui, a quatre moteurs électriques. Quatre. Avec des aimants en terre rare, importés de Chine, dont le prix a explosé depuis 2022. Le coût des matières premières représente 30 % du prix de vente, selon une étude de l’Université de Stuttgart publiée en novembre 2023. BMW ne communique pas sur ce chiffre, mais les fournisseurs, si. Et ils rigolent jaune.

Pourtant, le vrai problème n’est pas le prix. C’est l’incohérence. Le iX3 M60 est vendu comme la réponse à Tesla, mais il ignore superbement les attentes du marché. 80 % des acheteurs de SUV électriques en Europe privilégient l’autonomie réelle à la puissance pure, d’après une enquête de JATO Dynamics en 2023. BMW, lui, mise sur le frisson. Le bruit des moteurs qui hurlent. Les 1000 chevaux qui font vibrer le sol. Sauf que quand vous roulez à 200 km/h sur l’A7, entre Munich et Salzbourg, vous entendez surtout le vent. Et le prix à la pompe, lui, il ne baisse pas.

Le piège des aimants et des batteries

La Neue Klasse, c’est l’histoire d’une obsession : faire croire que l’électrique peut rivaliser avec l’thermal sur le plan émotionnel. Sauf que pour y arriver, BMW a dû tricher. Pas sur les chiffres, ceux-là sont vérifiés par l’UITP, l’Union Internationale des Transports Publics. Non, la triche est ailleurs : dans l’architecture même de la voiture.

Prenez les aimants des moteurs. Ceux du iX3 M60 sont en néodyme, un métal rare dont 90 % de la production mondiale passe par la Chine. En 2023, Pékin a imposé des quotas d’exportation. Résultat : le prix a bondi de 40 % en six mois. BMW a anticipé ? Non. Le constructeur a simplement repercé les coûts sur le client. La batterie, elle, est un autre casse-tête. 105 kWh, c’est trop pour un SUV. Trop lourd, trop cher, trop gourmand en énergie. Le iX3 M60 consomme 28 kWh aux 100 km en cycle mixte. En hiver, avec le chauffage, ça monte à 35 kWh. À 0,60 euro le kWh (le prix moyen en Allemagne en 2024), 1000 km coûtent 210 euros. Soit l’équivalent d’un plein de diesel. Sauf que vous n’avez pas de réservoir. Vous avez une batterie qui se dégrade. Et une facture qui, elle, ne se dégrade pas.

Le pire ? BMW ne propose pas d’option moins gourmande. Pas de batterie 80 kWh. Pas de mode Eco Pro qui limite vraiment la consommation. Rien. Juste le choix entre payer plus cher pour avoir plus de puissance… ou accepter de rouler avec une autonomie qui fond comme un glaçon au soleil.

Le marché ne suit pas

En 2023, seulement 3 % des ventes de SUV électriques en Europe étaient des modèles haut de gamme (au-dessus de 80 000 euros), selon les données de la Commission européenne. Pourquoi ? Parce que les clients ne sont pas dupes. Ils savent que le iX3 M60, avec ses 1000 chevaux, ne sera utilisé à fond que 5 % du temps. Le reste ? Des trajets urbains, des embouteillages, des routes secondaires où la puissance ne sert à rien. Sauf à faire monter le compteur.

Et puis, il y a l’entretien. Une voiture électrique, même haut de gamme, coûte moins cher à entretenir qu’une thermique. Sauf si vous avez quatre moteurs électriques. Les pannes sur les systèmes de refroidissement des batteries sont en hausse de 40 % depuis 2022, d’après les rapports de l’association allemande des garagistes (Kfz-Gewerbeverband). Le iX3 M60, avec sa complexité, est un aimant à coûts cachés.

BMW joue la carte du prestige, mais le prestige, ça se paie. Et pas seulement en euros. Ça se paie en temps perdu dans les centres de réparation. En stress quand la batterie affiche soudain 400 km au lieu de 450. En regards en coin quand vous expliquez que oui, vous avez une BMW électrique… mais que non, vous ne faites pas le Paris-Dakar.

Ce que personne ne dit sur la Neue Klasse

La Neue Klasse, c’est le projet phare de Oliver Zipse, le patron de BMW. Un pari risqué. Parce que pour vendre des voitures à 120 000 euros, il faut soit une clientèle infiniment riche, soit un marché qui croit dur comme fer à la magie de la technologie. Or, la magie, ça s’use.

Prenez le i8, la voiture qui a lancé l’électrique chez BMW. En 2014, elle coûtait 130 000 euros. Aujourd’hui, elle est indisponible. Pourquoi ? Parce que personne ne la voulait. Pas assez de batterie, trop chère, trop légère. Le iX3 M60 risque le même sort. Sauf que cette fois, BMW mise sur la puissance. Une erreur. Parce que la puissance, sans autonomie, sans fiabilité, sans prix maîtrisé, c’est comme un feu d’artifice : ça fait joli… mais ça ne dure pas.

Le vrai problème, c’est que la Neue Klasse n’est pas une révolution. C’est une adaptation. Une adaptation coûteuse, risquée, et surtout, trop en retard. Tesla a déjà prouvé que l’électrique pouvait être rapide, fiable et abordable. BMW, lui, mise sur le frisson. Mais le frisson, ça ne paie pas les factures.

La vraie question : et après ?

En 2027, quand le iX3 M60 sera lancé, le marché aura changé. Les batteries seront plus légères. Les aimants moins chers. Et les clients, eux, auront compris une chose simple : ils n’ont pas besoin de 1000 chevaux pour se sentir puissant. Ils ont besoin d’une voiture qui roule. Qui dure. Qui ne les saigne pas à blanc.

BMW a choisi son camp. Celui du spectacle. Mais le spectacle, ça ne nourrit pas. Et ça ne vend pas non plus. Pas assez, en tout cas.

Le iX3 M60 xDrive est une belle voiture. Une voiture de démonstration. Une voiture qui prouve que BMW peut faire du bruit. Mais le bruit, ça s’éteint. Et après ? Après, il restera le prix. Et l’amertume.

Le dernier mot : une voiture sans avenir ?

Non. Juste une voiture sans clientèle. Parce que le iX3 M60, avec ses 1000 chevaux et ses 120 000 euros, c’est l’histoire d’un constructeur qui a oublié l’essentiel : l’électrique, ça se vend avec des arguments concrets. Pas avec des chiffres qui claquent. Pas avec des moteurs qui hurlent. Avec des kilomètres qui tiennent. Avec une facture qui ne saigne pas. Avec un avenir qui ressemble à quelque chose de réaliste.

BMW a choisi la voie du frisson. Le frisson, ça passe. Mais les factures, elles, restent.

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R Galaxie Rédaction

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