En 2024, la Marine nationale a enfin ses drones de surface. Trois modèles, sélectionnés par la Direction générale de l’armement (DGA) après des mois de tests. Un communiqué officiel parle d’« hybridation de la flotte », comme si c’était une révolution. C’en est une, mais pas celle qu’on croit. Ces drones ne protègeront pas vos navires. Ils ne feront pas gagner la guerre si elle vient. Et ils ne masquent pas le vrai problème : la Marine française reste à la traîne sur l’essentiel.
Trois drones, zéro réponse aux vraies menaces
La DGA a retenu Sea Hunter (un drone américain de 40 mètres, conçu pour la chasse sous-marine), MUSAS (un modèle européen plus petit, développé par Naval Group), et Proteus (un drone français, plus léger, mais limité en autonomie). Sur le papier, ça fait sérieux. En réalité, aucun de ces engins ne répond à la menace principale : les sous-marins russes et chinois, qui se multiplient en Méditerranée et dans l’Atlantique.
Pourquoi ? Parce que ces drones sont lents, bruyants, et vulnérables. Le Sea Hunter, par exemple, file à 10 nœuds, soit la vitesse d’un vélo en mer. Un sous-marin moderne, lui, peut dépasser les 30 nœuds en plongée. Vous voulez protéger un porte-avions avec un jouet en plastique ?
Et puis, il y a le coût. Le Sea Hunter coûte 20 millions de dollars l’unité (soit environ 18,5 millions d’euros). La France en a commandé… un seul. Les deux autres modèles, européens, sont moins chers, mais pas assez performants. Bref, on dépense des millions pour des gadgets qui ne serviront à rien le jour J.
L’amiral Cluzel accélère, mais sur quoi ?
L’amiral Christophe Cluzel, chef d’état-major de la Marine, a mis l’« hybridation de la flotte » en priorité. Traduction : mélanger des navires traditionnels avec des drones et des systèmes autonomes. Sauf que l’hybridation, sans une vraie modernisation des sous-marins et des frégates, ça ne marche pas.
Prenez les frégates de type FREMM (les plus modernes de la flotte). Elles sont bruyantes, lentes, et mal équipées pour traquer un sous-marin. Ajoutez-y un drone de surface qui peine à tenir la route, et vous avez… une illusion de sécurité.
Le vrai problème, c’est que la France n’a pas de sous-marins de nouvelle génération. Les Barracuda (SNLE) sont en retard, et les frégates de nouvelle génération (FNGF) ne seront pas livrées avant 2030. Entre-temps, on achète des drones qui ne combleront pas le trou.
Pourquoi la DGA a-t-elle choisi ces modèles ?
Parce que les alternatives étaient pires.
- Le Sea Hunter : trop cher, trop lent, mais américain. La France a besoin des États-Unis, donc on prend. Même si ça ne sert à rien.
- MUSAS : européen, mais Naval Group a déjà des retards sur les sous-marins. Faut-il vraiment lui confier un projet aussi sensible ?
- Proteus : français, mais trop petit pour être utile en haute mer.
La DGA a fait un choix politique, pas technique.
Ce que personne ne dit : les drones ne remplaceront pas les navires
Les militaires adorent parler d’« autonomie » et de « systèmes distribués ». En vrai, un drone de surface, ça ne remplace pas un destroyer.
- Un destroyer : radar puissant, missiles, capacité à frapper avant d’être frappé.
- Un drone : une cible facile, une batterie limitée, et zéro capacité offensive.
La Marine française mise sur des outils qui ne font pas le poids.
Et le pire ? Ces drones ne seront pas opérationnels avant 2026-2027. Dans deux ans, les sous-marins russes seront encore plus nombreux. La France achète des jouets pendant que ses ennemis modernisent leurs armes.
La vraie question : et après ?
La DGA a ses trois drones. L’amiral Cluzel a sa feuille de route. Mais personne ne parle de ce qui manque vraiment :
- Des sous-marins silencieux et modernes.
- Des frégates capables de traquer en profondeur.
- Un budget qui suit le rythme des menaces.
La France dépense des milliards pour des drones qui ne changeront rien.
Et si, dans cinq ans, on se rendait compte que ces achats étaient une erreur ? Personne ne sera surpris. Parce que tout le monde savait déjà.