La Banque européenne pour la reconstruction et le développement revoit à la hausse la croissance marocaine
R Galaxie Rédaction · 8 novembre 2026 à 08:02 · 4 min de lecture
Les prévisions de croissance du Maroc pour 2026 ont été revues à 4,8 %, contre 4,4 % en juin, sous l’effet d’un rebond agricole. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement anticipe un ralentissement en 2027. Quels mécanismes expliquent cette révision ? Quelles conséquences pour l’économie nationale ?
Un mécanisme de révision fondé sur des indicateurs économiques et sectoriels
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ajuste régulièrement ses prévisions de croissance pour les pays membres ou partenaires, en s’appuyant sur des données macroéconomiques et sectorielles. Ces révisions interviennent généralement après la publication de rapports nationaux, d’enquêtes terrain ou d’indicateurs conjoncturels. Pour le Maroc, les dernières projections datent de juin 2026, et leur mise à jour s’inscrit dans le cadre des cycles semestriels de la BERD, institution dont le rôle est d’évaluer les perspectives économiques des pays en transition ou émergents. Les critères retenus incluent la production agricole, les investissements étrangers, la consommation intérieure et la stabilité des prix, parmi d’autres variables.
La BERD ne décide pas seule de ces révisions : ses analyses s’appuient sur des sources officielles, comme les données de Bank Al-Maghrib (la banque centrale marocaine) ou les rapports du Haut-Commissariat au Plan. Une fois les données consolidées, la banque publie ses prévisions, qui servent de référence pour les investisseurs, les États et les organisations internationales. Ces ajustements ne sont pas une surprise en soi, mais leur ampleur, ici, une hausse de 0,4 point en six mois, mérite d’être analysée.
Un rebond agricole inattendu, mais temporaire
Le Maroc a connu en 2026 une performance agricole supérieure aux attentes. Après des années marquées par des sécheresses récurrentes et une dépendance accrue aux importations de céréales, les précipitations de l’hiver 2025-2026 et les politiques de soutien à l’irrigation ont permis une récolte céréalière en hausse. Selon les estimations préliminaires, la production de blé et d’orge a progressé de près de 15 % par rapport à 2025, réduisant le déficit commercial du secteur. Cette amélioration a directement bénéficié à la croissance du PIB agricole, qui représente environ 14 % de l’économie nationale.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large : depuis 2023, le gouvernement marocain a multiplié les mesures pour sécuriser l’approvisionnement alimentaire, notamment via des subventions aux engrais et des programmes de modernisation des exploitations. Ces efforts ont porté leurs fruits à court terme, mais la BERD souligne que cette amélioration reste fragile. Les réserves en eau restent critiques, et les rendements dépendent fortement des conditions météorologiques.
Un ralentissement anticipé en 2027 : quels risques pour l’économie ?
Si la croissance atteint 4,8 % en 2026, la BERD table sur un tassement à 3,9 % en 2027. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs structurels. D’abord, le secteur agricole, bien que dynamique cette année, devrait retrouver un rythme de croissance plus modéré, proche de la moyenne historique (autour de 3 %). Ensuite, l’industrie et les services, qui représentent ensemble plus de 80 % du PIB, pourraient pâtir d’un ralentissement de la demande extérieure, notamment en Europe, où les tensions inflationnistes persistent.
Un autre point de vigilance concerne l’emploi. Le Maroc reste un pays où le chômage des jeunes dépasse 20 %, et la création d’emplois stables dépend largement des investissements industriels et des exportations. Or, ces secteurs peinent à accélérer leur transformation, malgré les efforts de diversification économique portés par des zones franches comme Tanger Med ou les parcs solaires du sud.
Enfin, la dette publique, qui a franchi le seuil des 70 % du PIB en 2025, limite la marge de manœuvre du gouvernement pour relancer l’économie par des mesures keynésiennes. La BERD rappelle que la soutenabilité de cette dette dépendra en partie de la capacité du Maroc à attirer des investissements étrangers directs, notamment dans les énergies renouvelables et les technologies vertes.
Quels enseignements tirer de cette révision ?
Cette révision à la hausse interroge sur la résilience de l’économie marocaine face aux chocs climatiques et aux fluctuations internationales. D’un côté, le rebond agricole démontre que des politiques ciblées peuvent avoir un impact rapide, même dans un contexte de stress hydrique. De l’autre, il confirme que la croissance reste vulnérable aux aléas extérieurs, comme le montrent les prévisions en baisse pour 2027.
Un débat émerge également sur la diversification économique. Depuis des années, les autorités marocaines misent sur l’industrie et les services pour réduire la dépendance aux matières premières. Pourtant, ces secteurs progressent moins vite que l’agriculture cette année, ce qui soulève la question des blocages structurels : manque d’infrastructures, bureaucratie, ou encore difficulté à attirer des talents qualifiés. Sans progrès sur ces fronts, le pays pourrait peine à maintenir un rythme de croissance supérieur à 4 % sur le long terme.
Ce que les citoyens et les investisseurs peuvent vérifier concrètement
Pour évaluer la solidité de ces prévisions, plusieurs indicateurs méritent d’être suivis. Les ménages peuvent s’intéresser à l’évolution des prix des denrées alimentaires, notamment des céréales, dont les stocks dépendent directement des récoltes. Une hausse durable des cours pourrait peser sur le pouvoir d’achat, malgré les subventions.
Les investisseurs, quant à eux, devraient examiner les projets en cours dans les secteurs porteurs : énergies renouvelables, automobile (notamment avec l’implantation de Tesla à Kénitra), et agroalimentaire. La BERD souligne que ces filières offrent les meilleures perspectives de création d’emplois et de valeur ajoutée.
Enfin, les citoyens peuvent consulter les rapports trimestriels de Bank Al-Maghrib, disponibles sur son site officiel, ainsi que les données du Haut-Commissariat au Plan. Ces documents permettent de croiser les prévisions de la BERD avec les réalités économiques locales, et d’anticiper d’éventuels ajustements futurs.