La VRT mise sur le hasard, pas sur le talent
La décision tombe comme un couperet : plus de Eurosong. Plus de votes du public, plus de jurys, plus cette mascarade où tout le monde joue à faire semblant d’aimer la chanson du voisin. La VRT justifie ce choix par des « raisons logistiques », un euphémisme pour dire qu’ils n’ont ni le temps ni l’envie d’organiser une énième émission de télé-réalité musicale. Pourtant, derrière ce prétexte se cache un problème bien plus gros : la Belgique n’a plus les moyens de se payer une sélection à la hauteur de ses ambitions.
Prenez les chiffres : en 2023, le Eurosong belge a coûté 350 000 euros à la VRT. Un budget serré pour un diffuseur public en pleine restructuration, surtout quand on sait que la RTBF (côté francophone) dépense deux fois moins pour son Eurovision Song Contest. Résultat ? La VRT préfère économiser 100 000 euros en annulant les présélections et en laissant tomber le candidat sur le bureau de quelques décideurs. Une méthode qui sent le désamour, et le mépris pour les artistes.
Pourtant, cette décision n’est pas une surprise. Depuis des années, la Belgique traîne des pieds. En 2021, la VRT avait déjà failli boycotter l’Eurovision après le report de 2020. En 2024, elle a envoyé une chanson (Growing Pains*) qui a frôlé la dernière place. Bref, le pays n’a plus la fougue d’antan. Alors pourquoi continuer à payer pour une sélection qui ne mène nulle part ?
Sauf que voici le problème : sans sélection, pas de pression. Pas de compétition, pas de risque. Et sans risque, pas de bonne chanson. La Belgique va envoyer n’importe qui, comme en 1986 quand Sandra Kim, 13 ans, avait gagné avec J’ai déjà vu ça dans tes yeux. Une performance qui avait fait date… mais pour les mauvaises raisons.
Le vrai enjeu : Bruxelles veut un candidat politique
Derrière le voile des « raisons logistiques », il y a une autre explication, bien plus politique. L’Eurovision n’est plus qu’un concours de chanson : c’est un outil de soft power. Et la Belgique, en tant que membre de l’UE, a tout intérêt à ce que son représentant serve une ligne.
Prenez 2023 : la Suisse avait envoyé Remind Me, une chanson pacifiste en pleine guerre en Ukraine. La Belgique, elle, avait envoyé Love Like This, un hymne à l’amour universel, un message bien plus consensuel. En 2027, avec l’Europe en pleine crise migratoire et géopolitique, la VRT pourrait très bien imposer un candidat qui chante la fraternité européenne, sans même passer par une sélection. Un candidat choisi pour son image, pas pour son talent.
Et ça, les artistes le savent. Des rumeurs courent déjà : la VRT aurait approché des noms comme Sennek (l’ancien candidat de 2019, qui avait fini 25e) ou Blanck Mass (le groupe qui avait représenté la Belgique en 2021, et qui avait fini… 25e aussi). Des artistes confirmés, mais pas des tubes. Des valeurs sûres, mais pas des surprises. Bref, du déjà-vu.
Le piège ? Si la VRT impose un candidat sans sélection, elle perd tout contrôle sur le message. Parce qu’un artiste forcé de chanter ce qu’on lui dit n’a aucune légitimité. Et à l’Eurovision, la légitimité se gagne sur scène, pas dans les couloirs de la VRT.
Ce que ça signifie pour l’Eurovision
Cette décision belge pourrait faire des émules. Si la VRT s’en sort sans présélections, pourquoi pas la France ? Pourquoi pas l’Allemagne ? L’Eurovision repose sur un équilibre fragile : celui entre spectacle et sérieux. Si les grands pays commencent à envoyer des candidats par défaut, le concours perd sa crédibilité.
Déjà, les bookmakers parient que la Belgique finira dernière en 2027. Pas parce que la chanson sera mauvaise, mais parce que personne n’y croira. Et si c’est le cas, la VRT aura gagné son pari : économiser de l’argent en évitant les présélections. Mais elle aura perdu bien plus : l’Eurovision n’est plus qu’un cirque si même les petits pays comme la Belgique n’y mettent plus les formes.
Le vrai danger ? Que d’autres pays suivent. La Suède a déjà menacé de boycotter si les règles changent. La Norvège a réduit son budget de moitié. Si la Belgique montre l’exemple, l’Eurovision pourrait devenir un concours de second ordre, où les pays envoient des chansons par habitude, pas par conviction.
Et après ? La Belgique va-t-elle disparaître de l’Eurovision ?
Pas forcément. Mais elle va devenir un pays parmi d’autres : un contributeur sans influence. En 2027, si la Belgique envoie un candidat choisi à la va-vite, ce ne sera pas un scandale. Ce sera une habitude.
Et c’est ça, le vrai problème. L’Eurovision n’est plus qu’un concours de chanson : c’est un miroir. Un miroir où les pays se regardent et se jugent. Si la Belgique renonce à sa sélection, elle renonce aussi à son rôle. Elle passe du statut de participant actif à celui de figuration.
Alors oui, la VRT a raison sur un point : organiser une sélection coûte cher. Mais envoyer un candidat sans âme coûte bien plus cher à long terme. Parce qu’à l’Eurovision, comme ailleurs, ce qui ne se mérite pas ne dure pas.
Et en 2027, la Belgique va le payer cash.