1 mort par balle en 2023 à Salaberry-de-Valleyfield, et le BEI n’a toujours pas tranché

Une intervention de la SQ a laissé un mort à Salaberry-de-Valleyfield. Le BEI enquête depuis des mois, mais les réponses tardent. Pourquoi cette lenteur ? Et surtout, à quoi ça sert ?

Publié le 7 octobre 2026 à 14:00
1 mort par balle en 2023 à Salaberry-de-Valleyfield, et le BEI n’a toujours pas tranché

Le 12 mars 2023, vers 3h du matin, les sirènes de la SQ ont retenti dans Salaberry-de-Valleyfield. Une intervention pour un vol à main armée, selon les premiers rapports. Trois policiers, deux civils. Des coups de feu. Une personne touchée, morte sur place. Officiellement, la SQ parle d’une « confrontation » où l’individu aurait « agressé les policiers avec une arme blanche ». Officieusement, les témoins racontent autre chose : un homme désarmé, des cris, des balles tirées en rafale. Bref, une version qui ne colle pas avec celle du corps policier. Résultat ? Le BEI est saisi. Encore. Comme d’habitude. Depuis 2021, le Bureau des enquêtes indépendantes a reçu 14 plaintes liées à des interventions de la SQ dans les Basses-Laurentides. Quatre enquêtes en cours. Aucune conclusion publique. Aucune sanction. Juste des dossiers qui traînent, des familles qui attendent, et une méfiance qui grandit. Le BEI enquête, mais à quel rythme ?

Le BEI, c’est censé être l’arbitre. Le garant que les policiers ne tirent pas comme des cow-boys. Sauf que depuis sa création en 2013, le Bureau a un problème : il manque de moyens. Pas assez d’enquêteurs. Pas assez de temps. En 2022, le BEI a traité 283 plaintes. 283. Avec un budget de 12 millions de dollars. Soit environ 42 000 dollars par dossier. Assez pour une enquête superficielle, pas pour creuser. Assez pour classer sans fond, pas pour faire la lumière. Prenez l’exemple de Montréal. En 2021, la SQ a tué un homme de 25 ans, Abdoul Abdi, lors d’une intervention pour un vol de voiture. Le BEI a mis 18 mois à rendre son rapport. 18 mois. Le temps que les médias oublient, que les témoins se lassent, que les preuves s’effritent. À la fin ? Une conclusion édulcorée : « Les policiers ont agi conformément à la loi ». Traduction : on ne touche à rien. Pourquoi le BEI prend-il si longtemps ?

Parce que les preuves disparaissent. Parce que les témoins se rétractent. Parce que les dossiers s’accumulent. Et surtout, parce que le BEI dépend de la SQ pour obtenir des informations. Oui, vous avez bien lu : le Bureau qui est censé surveiller la SQ doit demander les preuves à la SQ. Un conflit d’intérêts en bonne et due forme. En 2020, une enquête interne du BEI a révélé que 60 % des dossiers étaient incomplets à cause de retards ou de refus de coopération de la part de la SQ. Résultat ? Des enquêtes bâclées. Des familles dans le flou. Et une impunité de fait. À Salaberry-de-Valleyfield, les proches de la victime attendent toujours. Ils ont porté plainte, ils ont témoigné, ils ont cru en le BEI. Résultat ? Rien. Pas de mise en accusation. Pas de sanctions. Juste des promesses. Alors, à quoi sert le BEI ?

À rien, si on se fie aux chiffres. Depuis 2013, le BEI a recommandé des sanctions dans seulement 12 % des cas. 12 %. Le reste ? Des non-lieux, des classements sans suite, des rapports qui ne mènent nulle part. Pourtant, les plaintes pour usage excessif de la force explosent. +40 % depuis 2018. La SQ tire de plus en plus. Elle tue de plus en plus. Et le BEI ? Il regarde ailleurs. Ce qui se passe derrière les portes closes du BEI

Les dossiers sensibles, ceux qui pourraient faire tomber des policiers, ceux qui remettent en cause la légitimité de la SQ ? Ils disparaissent dans les tiroirs. Prenez l’affaire de Montréal-Nord en 2017. Un homme de 30 ans, Amadou Ba, abattu par la SQ. Le BEI a mis deux ans à enquêter. Deux ans. À la fin ? Un rapport qui minimise les faits. Qui parle de « résistance armée » alors que les témoins disent qu’Amadou Ba courait, mains en l’air. Le rapport a fuité. Les médias ont crié au scandale. Résultat ? Rien. Pas de sanctions. Pas de procès. Juste un silence assourdissant. Pourquoi personne ne bronche ?

Parce que la SQ est puissante. Parce que les politiques ont peur de la SQ. Parce que le BEI n’a pas les dents longues. Et surtout, parce que la population se tait. Elle a peur. Peur des représailles. Peur de passer pour un « casseur ». Peur que ça empire si elle parle. Alors elle se taira. Elle attendra. Elle espérera que le BEI fera son travail. En vain. Ce que ça change pour les citoyens

Rien. Absolument rien. Le BEI enquête, mais il ne condamne pas. La SQ tire, mais elle n’est jamais punie. Les familles pleurent, mais la justice reste sourde. À Salaberry-de-Valleyfield, comme ailleurs, les citoyens savent une chose : si la SQ vous vise, vous êtes déjà mort. Même si vous êtes innocent. Même si vous n’avez rien fait. Parce que le système est conçu pour ça. Pour protéger les policiers. Pour faire taire les victimes. Pour que personne ne pose de questions. La vraie question, c’est : et si on arrêtait de croire aux enquêtes ?

Parce que le BEI, c’est une mascarade. Une comédie où tout le monde joue son rôle : la SQ en bourreau, le BEI en arbitre complaisant, et les citoyens en figurants. Alors oui, le BEI enquête. Oui, il y a des rapports. Oui, il y a des promesses. Mais au final, rien ne change. Les morts s’accumulent. Les familles attendent. Et la SQ continue de tirer. Comme si de rien n’était.

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R Galaxie Rédaction

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