1 cancer infantile sur 3 pourrait être évité

La toxicologue Laurence Huc démonte dans sa BD les liens entre pesticides et cancers chez les enfants. Les preuves existent, mais les politiques tergiversent. Voici pourquoi ça ne bouge pas.

Publié le 18 septembre 2026 à 06:11
1 cancer infantile sur 3 pourrait être évité

En 2019, à Saint-Brieuc, un enfant de 4 ans meurt d’une leucémie. Un an plus tôt, un autre enfant, 6 ans, décède du même cancer dans la même ville. Rien d’anormal, sauf que les cas se multiplient. Trop. Les parents se regroupent, questionnent. Les médecins restent vagues. Les autorités locales font semblant d’enquêter. Personne ne veut assumer. Pourtant, les liens entre pesticides et cancers infantiles sont documentés depuis des décennies. Laurence Huc, toxicologue et autrice de la BD « Pesticides, Leurs ravages sur la santé des enfants », résume en 100 pages ce que les rapports officiels évitent soigneusement de dire : on sait. On sait depuis longtemps. Et on ne fait rien.

Les chiffres qu’on ne veut pas voir

L’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC) classe le glyphosate comme « probablement cancérigène » depuis 2015. En France, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a recensé 1 500 cas de cancers pédiatriques par an, dont une partie significative liée à l’exposition aux pesticides. Mais qui s’en soucie vraiment ?

En 2022, une étude de Santé publique France a confirmé que les enfants vivant à moins de 500 mètres d’un champ traité aux pesticides avaient un risque accru de leucémie. Résultat ? Les parents râlent, les associations crient au scandale, et les préfets signent des arrêtés… pour rien. Parce qu’au final, les lobbies agricoles et les industriels de la chimie ont toujours un coup d’avance. En 2023, la France a autorisé 12 nouveaux pesticides. Douze de plus. Pendant ce temps, les cancers infantiles continuent de monter.

La BD qui dérange parce qu’elle dit vrai

Laurence Huc ne fait pas dans la demi-mesure. Sa BD, « Pesticides », c’est pas une prise de tête intellectuelle. C’est un coup de poing. Dessins crus, témoignages brutaux, chiffres qui claquent. Elle part d’un constat simple : les enfants ne sont pas des adultes en miniature. Leur corps est plus vulnérable, leur système immunitaire en construction. Et pourtant, on les expose aux mêmes cocktails chimiques qu’on tolérerait à peine pour un adulte.

Elle cite le cas de Thomas, 8 ans, diagnostiqué avec une tumeur cérébrale en 2018. Sa famille a déménagé trois fois en deux ans pour fuir les zones agricoles. Trop tard. Thomas est mort en 2020.

Huc ne cherche pas à faire pleurer. Elle veut faire réagir. Elle explique comment les néonicotinoïdes, ces pesticides « miracles » vantés par les géants comme Bayer ou Syngenta, détruisent les systèmes nerveux des enfants. Elle montre les études, les rapports enterrés, les experts muselés. Et elle balance tout sur la table.

Pourquoi les politiques ferment les yeux ?

Parce que l’agriculture, c’est sacré. Parce que les subventions de la PAC (Politique agricole commune) dépendent des lobbies. Parce que les maires ont peur de perdre des voix aux élections. Parce que les préfets préfèrent signer des arrêtés symboliques plutôt que d’affronter les agriculteurs.

En 2021, le gouvernement a lancé un « plan écophyto » pour réduire les pesticides. Résultat ? Une baisse de 1,5 % en trois ans. Pendant ce temps, la Chine et l’Inde interdisaient déjà des centaines de molécules. La France, elle, traîne.

Huc ne propose pas de solutions miracles. Elle dit juste : arrêtez de mentir. Arrêtez de dire que « les preuves ne sont pas suffisantes ». Arrêtez de faire semblant d’étudier le problème pendant que les enfants meurent.

Ce qu’on pourrait faire, mais qu’on ne fera pas

  • Interdire les pesticides près des écoles et des crèches. Certains départements l’ont fait. D’autres non. Pourquoi ? Parce que ça coûte cher. Parce que ça dérange.
  • Former les médecins à reconnaître les symptômes liés aux pesticides. Aujourd’hui, beaucoup de pédiatres ignorent même l’existence de ces liens. Pourquoi ? Parce que les facultés de médecine ne forment pas assez sur l’environnement.
  • Sanctionner les industriels qui mentent. En 2020, Bayer a été condamné pour avoir caché les dangers du glyphosate. Combien de fois faut-il condamner une entreprise avant qu’elle ne change ?

Rien ne bouge. Parce que personne n’a vraiment intérêt à ce que ça bouge.

La vraie question n’est pas scientifique

On sait. On sait depuis 30 ans que les pesticides tuent. Le problème, ce n’est pas le manque de preuves. C’est le manque de courage.

Laurence Huc le résume en une phrase : « On préfère attendre que les enfants tombent malades plutôt que de prendre des décisions impopulaires. »

Alors oui, sa BD est en colère. Elle devrait l’être. Parce que les enfants, eux, ne peuvent pas se défendre. Et que les adultes, eux, ont le choix.

Le dernier mot ?

Ce n’est pas une question de science. C’est une question de priorités. Vous choisissez. Soit vous protégez les enfants. Soit vous protégez les profits.

La BD de Laurence Huc, c’est un miroir. Vous y verrez ce que vous voulez voir.

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R Galaxie Rédaction

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