Le Tec joue avec les chiffres comme d’autres avec des allumettes
Le 1er janvier 2025, les abonnements Letec vont bondir. Jusqu’à +30 % pour les étudiants, +20 % pour les travailleurs, +15 % pour les seniors. « Une hausse moyenne de 18 %, mais c’est pire pour ceux qui roulent le moins », explique Lutgen en tapant du poing sur la carte. Prenez l’exemple d’un étudiant en stage à Bouillon : aujourd’hui, il paie 20 €/mois pour son abonnement. Demain, ce sera 26 €. « Avec un SMIC à 1 800 €, ça fait 1,4 % de son salaire. Pour un retraité à 1 200 €, c’est 2 %. Vous appelez ça équitable ? »
Le pire ? Le Tec justifie cette hausse par « l’entretien du réseau ». « Entretien ? » Lutgen éclate de rire. « Ils ont dépensé 12 millions d’euros en 2023 pour des études de faisabilité sur des tramways à Liège. 12 millions. Pendant ce temps, les rails de Bastogne pourrissent. » Il sort un rapport de l’IBGE (Institut bruxellois de Gestion de l’Environnement) : « 40 % des lignes wallonnes ont plus de 50 ans. Le Letec a injecté 3 millions d’euros dans des rénovations… en 10 ans. »
Le piège des « externalités positives »
Le Tec, c’est la société publique qui gère les transports en Wallonie. Officiellement, elle est « neutre ». Officieusement, elle a un problème : ses comptes. « Ils perdent 50 millions par an », résume Lutgen. « Alors ils répercutent. Toujours sur le dos des usagers. »
Leur argument ? « Les transports, ça crée de la richesse. » Traduction : « Vous payez pour que Liège ait des tramways, même si vous habitez à Bastogne. » « C’est du vol à l’étalage », lance Lutgen. « On est en train de financer un projet politique, le Grand Liège, avec l’argent des gens qui n’en veulent pas. »
Pire : le Tec refuse de détailler comment sera répartie la hausse. « On sait juste que les abonnements vont monter. Pas pourquoi. Pas comment. » Un porte-parole du Tec (qui demande l’anonymat) concède : « La réforme est complexe. » « Complexe ? » Lutgen imite une voix de fausset. « Non, c’est simple : on vous saigne. »
Les étudiants, toujours les boucs émissaires
À l’athénée royal de Bastogne, on a déjà calculé. « Un étudiant qui prend le bus tous les jours dépensera 300 € de plus par an », explique Élise, 20 ans, déléguée des élèves. « Et encore, c’est si on ne nous coupe pas les réductions. »
Le problème ? Les subventions étudiantes sont gelées depuis 2020. « Le gouvernement wallon nous dit : ‘Vous avez des aides, ça va’. Sauf que ces aides, elles ne montent pas avec l’inflation », ajoute Lutgen. « Résultat : les étudiants paieront deux fois. Une fois dans leur poche, une fois dans leur facture de transport. »
Pourquoi le Tec n’a pas réagi plus tôt ?
Parce que personne ne les force. « Les régulateurs ? Ils dorment », soupire Lutgen. « La Commission wallonne pour l’énergie (CWE) a validé la hausse sans même organiser de concertation publique. » Un rapport interne du Tec (obtenu par Le Soir en 2023) révèle que seulement 3 % des usagers wallons ont été consultés avant le vote. « Trois pour cent. Vous appelez ça une démocratie ? »
Le Tec invoque « l’équilibre économique ». Lutgen, lui, parle de *« racket ». « Ils savent que les gens n’ont pas le choix. Alors ils serrent. »
Ce qui se joue vraiment à Bastogne
Derrière la hausse des tarifs, il y a une guerre. Celle des communes contre le Tec. « On nous traite comme des colonies », gronde Lutgen. « On paie pour un réseau qui ne nous dessert pas. »
À Liège, le bourgmestre Olivier Deleuze (PS) a déjà annoncé un plan pour « socialiser » les transports. « Chez nous, les tarifs restent stables. Parce qu’on a dit non. » À Bastogne, on n’a pas ce luxe. « On est une petite ville. On n’a pas les moyens de se battre. Alors on se tait. »
Sauf que cette fois, Lutgen ne se taira pas. « On va porter l’affaire devant le Parlement. Et devant les tribunaux, si besoin. » Il sort un dossier épais : « Voici les preuves. Voici les mails. Voici les promesses non tenues. »
La vraie question, personne ne la pose
Pourquoi le Tec peut-il faire ça ? Parce que les Wallons ont peur de la voiture. « Ils préfèrent subir plutôt que de se rebeller », analyse Lutgen. « Mais à un moment, il faut choisir : soit on paie pour un réseau qui nous dessert, soit on se bat pour en avoir un qui nous ressemble. »
À Bastogne, on a choisi de se battre. Même si ça coûte cher.
Ce qui va changer, personne ne vous le dira
Le Tec promet « un réseau plus moderne ». Lutgen, lui, voit autre chose : « Une fuite en avant. Demain, ce sera +25 %. Après-demain, +30 %. Jusqu’à ce qu’on n’ose plus prendre le bus. »
La prochaine fois que vous verrez un étudiant hésiter devant son abonnement Letec, demandez-lui s’il préfère marcher 20 minutes sous la pluie… ou payer 6 € de plus par mois pour un service qui pourrit.
Le mot de la fin (et il est court)
Le Tec a le choix : soit il écoute Bastogne. Soit il écrase. Jusqu’ici, il a écrasé. Alors aujourd’hui, on se demande : jusqu’où ira-t-il ?