30 % des patients asthmatiques ignorent leur lien avec l’intestin

Les médecins prescrivent des corticoïdes pour les crises d’asthme, mais ils oublient souvent de chercher du côté du microbiote. Pourtant, les preuves s’accumulent : un intestin déséquilibré peut déclencher ou aggraver les problèmes respiratoires. Et si la prochaine révolution thérapeutique passait par là ?

Publié le 12 octobre 2026 à 14:25
30 % des patients asthmatiques ignorent leur lien avec l’intestin

Pourquoi les poumons et l’intestin sont-ils si proches ?

Parce que le système respiratoire et digestif partagent une histoire commune. Au début de la vie, les deux organes se développent à partir de la même couche embryonnaire. Même après la naissance, ils restent connectés par des voies indirectes : le nerf vague, par exemple, relie l’intestin au cerveau, qui module ensuite la respiration. Et puis, il y a les cytokines, ces molécules inflammatoires produites par l’intestin en cas de déséquilibre. Elles voyagent dans le sang et finissent par atteindre les poumons, où elles déclenchent des réactions allergiques ou des crises d’asthme.

Bref, un intestin en ébullition, c’est un terrain fertile pour les maladies respiratoires. Pourtant, les protocoles médicaux actuels en tiennent rarement compte. À l’hôpital Cochin, à Paris, une équipe de gastro-entérologues et de pneumologues a tenté une approche intégrée sur 150 patients asthmatiques. Résultat : 30 % d’entre eux présentaient une dysbiose intestinale avérée, sans que personne ne les ait jamais orientés vers un suivi digestif.

Le problème ? Les spécialistes ne se parlent pas.

Un pneumologue soigne les bronches. Un gastro-entérologue, le côlon. Rarement les deux se coordonnent, sauf dans les centres de référence pour les maladies rares. Pourtant, les preuves s’accumulent : une étude de l’Inserm en 2021 a montré que les patients asthmatiques sous antibiotiques à répétition (ce qui perturbe le microbiote) voient leur état s’aggraver plus vite. Autre exemple : les personnes atteintes de maladie de Crohn, une pathologie inflammatoire chronique de l’intestin, ont un risque accru de développer une BPCO.

Pourtant, dans la pratique quotidienne, on prescrit des inhalateurs, des corticoïdes, et on envoie le patient chez lui. Personne ne lui dit : « Et si on regardait aussi ce qui se passe dans vos boyaux ? »

Ce qui bloque, c’est le dogme.

Les pneumologues sont formés pour voir les poumons. Point. Les gastro-entérologues, eux, ont leur propre champ d’action. Résultat : une cécité partagée. Pourtant, les outils existent. Les tests de perméabilité intestinale, par exemple, coûtent quelques centaines d’euros et peuvent identifier des patients à risque. Les probiotiques ciblés (comme certains souches de Lactobacillus ou Bifidobacterium) commencent même à montrer leur efficacité dans certaines formes d’asthme.

Mais changer les habitudes, c’est long. Trop long, peut-être. En 2023, une enquête de The Lancet Respiratory Medicine a révélé que seulement 12 % des pneumologues français interrogent leurs patients sur leurs antécédents digestifs. Pourtant, les signes sont là : ballonnements, diarrhées chroniques, intolérances alimentaires… Autant de signaux d’alerte qu’on ignore systématiquement.

L’industrie pharmaceutique, elle, a déjà compris le parti à tirer.

Les laboratoires comme Sanofi ou Pfizer misent sur les biothérapies ciblant l’axe intestin-poumon. En 2022, Sanofi a racheté une startup spécialisée dans les probiotiques respiratoires pour la modique somme de 250 millions de dollars. Pas par philanthropie : parce que le marché est là. D’ici 2030, le secteur des thérapies microbiotes devrait peser plus de 6 milliards de dollars, selon McKinsey.

Le problème, c’est que ces innovations restent accessibles seulement aux plus riches. Dans les hôpitaux publics, on continue de soigner avec des molécules vieilles de 50 ans, parce que c’est moins cher. Et parce que personne ne veut bousculer l’ordre établi.

Ce qui se joue derrière, c’est une question de pouvoir.

Les pneumologues contrôlent les inhalateurs. Les gastro-entérologues, les endoscopies. Personne ne veut lâcher son territoire. Pourtant, les patients, eux, paient le prix de cette guerre des ego. Un patient asthmatique sous corticoïdes à long terme a 40 % de risques de développer un diabète ou une ostéoporose. Un patient dont on aurait traité la dysbiose intestinale en amont aurait peut-être évité ces complications.

Alors, que faire ?

D’abord, exiger. Les associations de patients commencent à le faire : l’Association Asthme & Allergies, par exemple, demande désormais un bilan digestif systématique avant toute prise en charge respiratoire. Ensuite, former. Les facultés de médecine devraient intégrer l’axe intestin-poumon dans leurs cursus, comme elles l’ont fait pour le microbiote et le cerveau. Enfin, financer. Parce que sans moyens, aucune recherche ne verra le jour.

La vraie question n’est pas « Est-ce que ça marche ? » Mais « Qui va payer pour que ça marche ? »

Parce que, au final, le système a déjà tranché : mieux vaut prescrire un inhalateur à 20 euros qu’un test de microbiote à 300 euros. Même si, au bout du compte, c’est l’intestin qui décide de la santé des poumons.

Et ça, personne ne veut en entendre parler.

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R Galaxie Rédaction

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