80 ans d’institut, zéro illusion sur les miracles médicaux
L’institut Sainte-Catherine fête ses 80 ans ce jeudi. Un anniversaire qui tombe bien : ça permet de parler de progrès contre le cancer sans que personne ne s’étrangle. Pourtant, quand on creuse, les chiffres restent durs. En France, le cancer tue encore 157 000 personnes par an (INCa, 2023). Et malgré les avancées, les délais de diagnostic restent un scandale : un Français sur cinq découvre sa maladie à un stade trop avancé. À Avignon, où l’institut est implanté, les statistiques ne sont pas meilleures. Alors oui, on peut célébrer les 80 ans. Mais pas les promesses creuses.
Le président de l’institut, Jean-Marc Trélat, en a assez des demi-mesures. Lui et son équipe veulent créer un cancéropôle à Avignon. Un truc sérieux, pas une énième structure de plus qui va pomper des fonds publics sans rien changer. Sauf que… quand on regarde ce qui existe déjà, la question se pose : pourquoi Avignon, et pas ailleurs ?
Le cancéropôle, ce serpent de mer qui sent le déjà-vu
Un cancéropôle, pour ceux qui n’ont pas passé leur vie dans les couloirs de la recherche, c’est un regroupement d’hôpitaux, de labos et d’entreprises pour centraliser les moyens de lutte contre le cancer. En théorie, ça marche : Lyon a son cancéropôle, Paris aussi, et ça a permis des avancées. Sauf que… ces structures coûtent cher. Très cher. Et quand on voit comment les hôpitaux publics crèvent déjà sous les coupes budgétaires, on se demande qui va payer.
À Avignon, l’argument est simple : on a l’institut Sainte-Catherine, un des plus anciens de France, et une région sous-dotée en recherche. Sauf que… Marseille est à 1h30. Et là-bas, il y a l’AP-HM, le centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard, et des labos qui pèsent lourd. Pourquoi ne pas s’appuyer sur eux ? Parce que, comme souvent en France, les égos locaux passent avant l’intérêt général.
Le projet avignonnais mise sur trois piliers : la recherche, l’innovation et la formation. En gros, on veut attirer des labos, des startups et des étudiants. Sauf que… les startups en cancérologie, ça se monte pas comme un food-truck. Il faut des financements, des partenariats, des infrastructures. Et surtout, il faut que les acteurs locaux veuillent vraiment jouer le jeu. Parce que pour l’instant, personne ne s’est vraiment engagé.
Les financements, ce point noir que tout le monde évite
Quand on demande à Jean-Marc Trélat d’où viendra l’argent, il parle de partenariats publics-privés, de fonds européens, et de mécénat. Très bien. Sauf que… les fonds européens, ça se décroche pas en claquant des doigts. Et le mécénat, ça marche surtout quand on a déjà une structure solide. Pas quand on est en train de la construire.
Prenons l’exemple du cancéropôle de Nouvelle-Aquitaine, lancé en 2018 avec 50 millions d’euros de promesses. Trois ans plus tard, seulement 20% des fonds étaient débloqués. Pourquoi ? Parce que les collectivités tergiversent, les entreprises attendent de voir, et les labos préfèrent garder leurs budgets pour leurs propres projets.
À Avignon, on mise sur la Fondation ARC (qui finance la recherche contre le cancer) et des dons privés. Problème : l’ARC a déjà 300 millions d’euros de budget, mais ne finance que 10% des projets qui lui sont soumis. Et les dons privés ? En 2022, seulement 0,3% des Français ont donné à une association de recherche médicale. Autrement dit : on part de loin.
Ce que personne ne dit sur les rivalités locales
Il y a un truc que les porteurs du projet évitent soigneusement : Avignon n’est pas un désert médical. On a l’hôpital Joseph-Ducuing, le centre de lutte contre le cancer Claude-Bernard, et des labos à la fac de médecine. Sauf que… tout le monde se marche sur les pieds.
Prenez l’exemple des biothérapies. À Marseille, le centre de biothérapie de l’AP-HM est le plus grand de la région. À Avignon, on en est encore à se demander comment coordonner les essais cliniques entre les différents acteurs. Résultat ? Les patients doivent souvent se déplacer, les chercheurs gaspillent du temps, et les labos avignonnais restent à la traîne.
Alors oui, un cancéropôle pourrait centraliser tout ça. Sauf que… les blocages culturels sont plus forts que les bonnes intentions. À Marseille, les labos et les hôpitaux se tirent dans les pattes depuis des années. À Avignon, on n’a même pas encore commencé à se parler.
La vraie question : et si c’était une mauvaise idée ?
Voilà le truc que personne ne veut entendre : et si Avignon n’avait pas les moyens de son ambition ?
Un cancéropôle, ça ne se décrète pas. Ça se construit sur des décennies, avec des financements stables, et une vraie volonté politique. Regardez le cancéropôle Grand Ouest : lancé en 2014, il a mis 5 ans à recruter ses premiers chercheurs. Cinq ans. Pendant lesquels les patients attendaient, les labos perdaient des opportunités, et les fonds publics s’évaporaient.
À Avignon, on parle de 2025-2026 pour un premier bilan. Soit dans 3 ans. Trois ans, c’est long. Assez long pour que les priorités changent, que les budgets soient réorientés, ou que les acteurs locaux se lassent.
Le vrai risque, c’est pas que le projet échoue. C’est qu’il traîne en longueur, qu’il coûte une fortune sans rien apporter, et qu’à la fin, on se rende compte qu’on aurait dû miser sur autre chose.
Ce qu’on sait déjà, c’est que les patients n’attendent pas
Quand on parle de cancéropôle avec des oncologues avignonnais, leur réaction est la même : « On veut bien, mais donnez-nous des moyens concrets. Pas des promesses. »
Parce que voyez-vous, les patients, eux, ils n’ont pas le temps d’attendre. En 2023, 1 Français sur 2 aura un cancer d’ici 80 ans (INCa). Et aujourd’hui, seulement 30% des essais cliniques en cancérologie recrutent assez vite.
Alors oui, un cancéropôle à Avignon, ça pourrait marcher. Mais seulement si :
- Les financements sont débloqués dès maintenant (pas dans 5 ans).
- Les acteurs locaux arrêtent de se saborder entre eux.
- On arrête de vendre du rêve et qu’on passe aux actes.
Sinon, on aura encore une belle structure sur papier… et des patients qui continueront à mourir en attendant.
Dernier mot : si ce projet doit servir à quelque chose, il faut qu’il soit utile dès demain. Pas dans 10 ans.