Un plan social qui passe comme une lettre à la poste
Le chiffre est sec : 2 400 suppressions de postes. Derrière, il y a des visages, des familles, des villes qui tremblent. Roubaix, Lille, Strasbourg… Les entrepôts et magasins d’Auchan, c’est souvent le dernier employeur debout dans des zones déjà fragilisées. Et là, le Conseil d’État balaye d’un revers de main les recours des syndicats. Comme si la loi, parfois, se pliait aux intérêts des grands groupes plutôt qu’aux travailleurs.
Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un plan social d’une telle ampleur est validé. Mais cette fois, la CGT a sorti l’artillerie lourde : recours, manifestations, menaces de blocages. Rien n’y a fait. Alors oui, la justice a ses limites. Mais quand elle se met au service des actionnaires, ça pose question.
Auchan joue et gagne, encore
L’enseigne se frotte les mains. Officiellement, c’est la « compétitivité » qui justifie ces licenciements. Moins de main-d’œuvre, plus de marges. La recette est connue, elle marche depuis des années. Mais à quel prix ?
Prenez l’exemple de l’entrepôt de Sarreguemines, où 300 emplois sont menacés. La ville compte déjà 15 % de chômage. Supprimer des postes chez Auchan, c’est creuser un peu plus le trou. Pourtant, le tribunal administratif de Strasbourg avait d’abord bloqué le plan, estimant qu’Auchan n’avait pas assez cherché des alternatives. Trop lent, trop mou. Le Conseil d’État a cassé cette décision. Pourquoi ? Parce que la justice, parfois, se laisse convaincre par les arguments des cabinets d’avocats payés en or.
Les syndicats dans l’impasse
La CGT dénonce une « justice à double vitesse ». Elle n’a pas tort. Quand un plan social touche des cadres ou des employés qualifiés, les tribunaux regardent de plus près. Mais quand c’est la base, les ouvriers, les employés de logistique, les recours traînent. Ou ils échouent.
Pourtant, les syndicats ne baissent pas les bras. Ils préparent déjà de nouvelles actions. Grèves, blocages, pression médiatique. Mais face à un géant comme Auchan, qui pèse plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, les moyens sont inégaux. La justice, elle, reste souvent sourde.
Ce que ça dit de notre économie
Ce qui se passe chez Auchan, c’est le miroir grossissant de ce qui arrive partout. Les entreprises licencient, les tribunaux valident, et l’État regarde ailleurs. La compétitivité ? Bien sûr. Mais à quel coût social ?
En 2022, selon l’INSEE, les licenciements économiques ont augmenté de 12 % par rapport à 2019. 2023 a suivi la même tendance. Les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) sont devenus la norme. Pourtant, personne ne semble vraiment vouloir en débattre. Comme si, au fond, on avait déjà accepté que l’emploi soit une variable d’ajustement.
La vraie question : qui paiera l’addition ?
Auchan s’en sortira. Les actionnaires toucheront leurs dividendes, les dirigeants garderont leurs bonus. Mais qui paiera pour ces emplois détruits ? Les villes, avec leurs budgets sociaux qui explosent ? Les salariés, avec des aides au chômage qui ne suffisent pas à vivre ?
Le Conseil d’État a rendu son verdict. Mais la vraie bataille, elle, ne fait que commencer. Et cette fois, ce ne sera pas devant les tribunaux qu’elle se gagnera.