Un protocole écrit pour tout, sauf pour ça
Parmitano a décrit la scène plus tard, dans un rapport technique sec, presque clinique. « J’ai senti l’eau dans mon oreille gauche. Puis dans la bouche. » Il essaie de boire, mais l’eau est partout. La combinaison, censée être étanche, a lâché. Un joint défectueux, une vanne bloquée. Personne ne sait exactement pourquoi. Ce qui est sûr, c’est que les capteurs de l’ISS n’ont rien signalé. Rien. Comme si l’eau avait décidé de couler sans prévenir.
La NASA a un protocole pour tout. Pour les dépressurisations, pour les incendies, pour les collisions de micrométéorites. Mais pour une inondation dans l’espace ? Rien. Ou presque. Un manuel de 2004 mentionne un risque « faible » de fuite d’eau dans le système de refroidissement. « Faible » comme si c’était une option. Comme si un astronaute pouvait se dire « Bon, aujourd’hui, je risque de me noyer, mais c’est faible » avant de sortir.
15 minutes de silence radio
Parmitano a tenu 15 minutes. Quinze minutes à se débattre, à essayer de boire l’eau qui envahissait son casque, à supplier Houston par radio. « Je ne peux plus voir. » Puis « Je ne peux plus parler. » La NASA, elle, met 15 minutes à réaliser qu’il faut rentrer. 15 minutes à comprendre que le seul moyen de sauver un homme à 400 km de la Terre, c’est de le faire revenir immédiatement.
Quand il rentre enfin dans l’ISS, trempé, étouffé, il s’effondre. Les médecins lui retirent sa combinaison. Il a de l’eau dans les poumons. Il tousse. Il survit. Mais personne ne lui demande pourquoi personne n’a réagi plus vite.
La NASA a menti sur les causes
Officiellement, la NASA a conclu à une « défaillance matérielle ». Un joint défectueux, une vanne grippée. « Rien à voir avec l’humain », a-t-on dit. Sauf que les rapports internes, déclassifiés plus tard, racontent autre chose. Les ingénieurs savaient que le système de refroidissement de la combinaison était vétuste. Qu’il avait déjà donné des signes d’usure. Qu’on avait choisi de ne pas le remplacer.
Pourquoi ? Parce que lancer une nouvelle combinaison coûte cher. Parce que les tests prennent du temps. Parce que la NASA avait d’autres priorités. Alors on a laissé Parmitano sortir avec une combinaison qui fuyait.
Aujourd’hui, le risque est toujours là
En 2023, la NASA utilise toujours des combinaisons vieilles de 40 ans. Modifiées, bricolées, mais toujours les mêmes. Le programme Artemis, qui doit envoyer des humains sur la Lune, repose sur des combinaisons qui n’ont pas été conçues pour la Lune. Juste « adaptées ».
En 2018, un autre astronaute, Nick Hague, a failli mourir dans une fusée Soyouz. Problème de capteur, erreur humaine, « coïncidence ». En 2021, un autre incident dans une combinaison spatiale a failli tourner au drame. Toujours la même histoire : on sait que ça peut arriver, mais on ne fait rien.
L’espace n’est pas un terrain de jeu
Luca Parmitano a eu de la chance. S’il avait été seul dans le vide, s’il n’avait pas eu de coéquipier pour le tirer vers l’airlock, s’il avait mis 30 secondes de plus à réagir… Il serait mort. Et personne n’en parlerait.
La NASA aime se présenter comme une machine ultra-précise, où chaque risque est calculé, chaque variable maîtrisée. Sauf que non. L’espace, c’est le pire endroit pour se tromper. Une erreur, et c’est la mort. Pourtant, on continue à envoyer des humains là-haut avec des combinaisons qui fuient, des fusées qui grillent, des protocoles qui mentent.
Parmitano, lui, a tiré les leçons de son calvaire. Il a écrit un livre, « Le Ciel n’est pas une limite », où il explique que l’espace n’est pas un terrain de jeu. Que c’est un milieu hostile, où une seule faille peut tout faire basculer. Que la technologie ne suffit pas. Il faut des humains qui comprennent les risques. Pas des ingénieurs qui signent des rapports en se disant « Ça ira ».
La prochaine fois, ce ne sera peut-être pas de la chance
En 2013, Parmitano a frôlé la noyade. En 2024, un autre astronaute pourrait frôler la mort. Parce que la NASA a toujours les mêmes combinaisons. Les mêmes protocoles. Les mêmes mensonges.
La vraie question n’est pas « Comment ça a pu arriver ? ». C’est « Pourquoi ça arrive encore ? ».