L’arthrose, ce fléau silencieux qui attend qu’on bouge pour guérir
En 2023, près de 3 millions de Français déclarent souffrir d’arthrose. Un sur deux ignore qu’il pourrait soulager ses douleurs en perdant 5 % de son poids. Cinq pour cent. Pas 20, pas 10. Cinq. Le chiffre est sorti des laboratoires de l’ULiège, mais il claque comme un diagnostic. Pourtant, dans les salles d’attente, on attend toujours plus souvent un Doliprane qu’un plan de marche. « Les patients ont peur de la douleur. Ils croient que bouger va empirer les choses. En réalité, c’est l’inverse », explique le professeur. L’arthrose, c’est comme un feu qui gronde sous la cendre : plus vous restez immobile, plus il grossit. Mais personne ne vous le dit clairement. On vous donne des anti-inflammatoires, des infiltrations, des corticoïdes. On vous parle rarement de la solution la plus efficace : vous lever et bouger.
Et puis il y a le piège des spécialistes. Les rhumatologues, souvent submergés, ont tendance à traiter les symptômes plutôt que les causes. « On voit trop de patients qui reviennent après des années de traitements inefficaces parce qu’on n’a jamais abordé le poids », lance un médecin généraliste liégeois qui refuse l’anonymat. « Les anti-inflammatoires masquent la douleur, mais ne résolvent rien. Le mouvement, lui, répare. » Sauf que réparer prend du temps. Et que les assurances remboursent mieux une boîte de médicaments qu’un abonnement à la salle de sport.
# Le poids, ce facteur invisible que les médecins sous-estiment
Une étude publiée dans The Lancet en 2021 l’avait déjà montré : pour chaque kilo perdu, la pression sur les articulations diminue de 4 kilos. Quatre. Comme si vous portiez soudainement un sac à dos de moins sur le dos. « Les gens ne réalisent pas à quel point leur surpoids écrase leurs genoux ou leurs hanches », reprend le professeur. « On leur prescrit des anti-douleurs, mais on ne leur dit pas : ‘Arrêtez de charger vos articulations comme si c’était des camions.’ »
Pourtant, les preuves s’accumulent. Une méta-analyse de l’American College of Rheumatology confirme que la perte de poids réduit l’inflammation mieux que 75 % des traitements médicamenteux. Mais les patients, eux, restent sceptiques. « J’ai essayé de marcher, ça m’a fait encore plus mal », entend-on souvent. Erreur. « La douleur initiale, c’est juste le corps qui proteste parce qu’il a oublié comment fonctionner. Mais après trois semaines, les endorphines prennent le relais », précise le spécialiste. Le problème ? Personne ne leur explique ça. On leur donne une ordonnance, pas un mode d’emploi.
Et puis il y a le temps. Trois mois d’anti-inflammatoires, c’est rapide. Perdre 5 kilos en bougeant, c’est long. « Les gens veulent des solutions immédiates. Le mouvement, c’est un investissement », soupire un kiné bruxellois qui voit défiler des patients en surpoids. « On leur dit : ‘Marchez 30 minutes par jour.’ Ils répondent : ‘Mais je n’ai pas le temps.’ Pourtant, ils trouvent le temps pour une séance de kiné à 60 euros. »
# Pourquoi les médecins préfèrent-ils les pilules ?
La réponse est simple : ça se vend mieux. Une boîte de médicaments, c’est une recette, un remboursement, une relation patient-médecin qui dure. Un plan de perte de poids, c’est du conseil, de l’accompagnement, du suivi. « Les assurances ne paient pas pour qu’on parle de nutrition ou de sport. Elles paient pour qu’on prescrive », dénonce un ancien cadre de l’INAMI. « Résultat : on traite la conséquence, pas la cause. »
Et puis, il y a la peur. « Si je dis à un patient de 90 kg qu’il doit maigrir, il va me détester », avoue un rhumatologue namurois. « Les gens ont honte. Ils ont peur du jugement. Alors on leur donne une pilule et on passe à autre chose. » Pourtant, les chiffres sont là : une étude de l’OMS estime que 30 % des cas d’arthrose pourraient être évités ou atténués par une simple perte de poids. 30 %. Pas 5, pas 10. Trente.
Mais le système ne pousse pas à cette solution. « Les hôpitaux n’ont pas de diététiciens intégrés. Les kinés sont sous-payés. Les rhumatologues n’ont pas le temps », résume un médecin. « Alors on fait ce qu’on sait faire : on prescrit. »
# Le mouvement, ce médicament qu’on oublie
Pourtant, les preuves sont accablantes. Une étude finlandaise publiée en 2022 a suivi 2 000 patients souffrant d’arthrose du genou. Ceux qui avaient perdu 5 à 10 % de leur poids présentaient une réduction de la douleur équivalente à celle obtenue avec des anti-inflammatoires forts. « Mais personne ne leur a dit », regrette une physiothérapeute liégeoise. « On leur a juste dit : ‘Prenez ça.’ »
Le pire ? Beaucoup de patients ne savent même pas que leur arthrose pourrait s’améliorer. « Je croyais que c’était une fatalité. Que je devrais vivre avec cette douleur jusqu’à la fin », témoigne Marie, 58 ans, qui a perdu 8 kilos en un an après avoir entendu parler de cette étude. « Aujourd’hui, je marche 10 km par semaine. Je prends moins de médicaments. Et je me sens plus forte. »
Pourtant, son parcours reste une exception. La plupart des patients continuent d’attendre leur ordonnance, comme s’ils avaient le droit d’ignorer que le meilleur médicament contre l’arthrose se trouve dans leurs baskets.
# Alors, que faire ?
Si vous souffrez d’arthrose et que vous avez quelques kilos en trop, voici ce que vous devez savoir :
- Marchez. Même 10 minutes par jour. L’idéal ? Une activité qui ne charge pas vos articulations : natation, vélo, aquagym. « Le corps est fait pour bouger. Si vous ne le forcez pas, il se rebelle », rappelle le professeur.
- Perdez du poids lentement. 0,5 à 1 kilo par mois. Trop vite, et vous risquez les carences ou l’effet yo-yo. « La régularité vaut mieux que la vitesse », insiste un nutritionniste.
- Exigez un suivi. Si votre médecin ne vous parle pas de poids, demandez-le. « C’est votre santé. Si on ne vous donne pas les outils, trouvez-les ailleurs », lance un kiné bruxellois.
- Arrêtez de croire que la douleur est une fatalité. « L’arthrose, ça se soigne. Pas avec une pilule, mais avec du mouvement et de la discipline », conclut le professeur de Liège.
# La dernière vérité, celle qu’on ne veut pas entendre
Le système a intérêt à ce que vous restiez dépendant des médicaments. Les laboratoires, les assurances, une partie du corps médical : tout le monde y gagne si vous continuez à avaler des comprimés plutôt qu’à marcher. « Le vrai scandale, ce n’est pas l’arthrose. C’est qu’on ne vous dit pas comment la battre », assène le spécialiste.
Alors la prochaine fois que votre médecin vous tend une ordonnance, demandez-lui : « Et si je perdais 5 kilos ? » Vous pourriez bien lui répondre : « Trois mois de traitement, c’est cher. Moi, je préfère courir. »