Après un cancer de la prostate, les graisses tuent ou sauvent selon leur type

Une étude de McGill révèle que les survivants d’un cancer de la prostate non métastatique ne se valent pas devant leur assiette. Les graisses saturées accélèrent la rechute, les oméga-3 pourraient freiner la machine. Mais les médecins en parlent peu. Pourquoi ?

Publié le 10 septembre 2026 à 06:14
Après un cancer de la prostate, les graisses tuent ou sauvent selon leur type

En 2018, Jean-Marc, 62 ans, a eu son cancer de la prostate détecté à temps. Pas de métastases, juste une ablation chirurgicale et un suivi régulier. Aujourd’hui, il pèse 92 kg pour 1,78 m. Son médecin lui a parlé d’alimentation, mais jamais des graisses. Pourtant, une étude publiée en 2023 par des chercheurs de l’Université McGill, dont le Dr Emmanuel Caeymaex, montre que ce qu’il mange après son traitement peut faire la différence entre une rechute rapide et une survie prolongée. Le problème ? Personne ne lui a jamais dit comment choisir ses lipides.

Les graisses saturées, l’ennemi silencieux des survivants

Les chiffres sont clairs : selon l’étude de McGill, publiée dans Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, les hommes ayant consommé le plus de graisses saturées (beurre, charcuterie, viandes grasses, produits laitiers entiers) après leur traitement présentaient un risque accru de 30 % de voir leur cancer réapparaître dans les cinq ans. 30 %. Pas une estimation, pas une tendance, mais un lien statistique solide. Le Dr Caeymaex, qui a co-signé l’étude, l’explique simplement : « Les graisses saturées stimulent l’inflammation de bas grade, ce qui crée un terrain favorable à la prolifération des cellules cancéreuses résiduelles. »

Mais alors, pourquoi les oncologues ne mentionnent-ils presque jamais ce détail à leurs patients ? Une partie de la réponse se trouve dans les habitudes des cabinets médicaux. « On parle peu de nutrition parce que c’est long à expliquer, et que les patients ont déjà assez de choses à gérer », reconnaît un urologue parisien sous couvert d’anonymat. Sauf que les patients comme Jean-Marc n’ont pas le choix : soit ils se renseignent seuls, soit ils jouent à la roulette russe avec leur assiette.

Les oméga-3, le seul allié sous-estimé

À l’inverse, les graisses insaturées, notamment les oméga-3 (poissons gras, noix, huile de lin), semblent avoir un effet protecteur. L’étude de McGill montre que les hommes dont l’alimentation était riche en oméga-3 après le traitement avaient 20 % de risques en moins de rechute. Pas une baisse marginale, mais un vrai effet. « Les oméga-3 réduisent l’inflammation et pourraient même cibler certaines voies métaboliques favorisant la croissance tumorale », précise le Dr Caeymaex.

Pourtant, les recommandations officielles restent floues. Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN), référence américaine en oncologie, évoque une alimentation « équilibrée » sans préciser les types de graisses. Comme si tous les lipides se valaient. En France, les oncologues se reposent souvent sur les conseils généraux de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire), qui classe les graisses sans distinguer les survivants de cancer des autres.

Le piège des substituts industriels

Où ça coince ? Dans les alternatives proposées. Beaucoup de patients, comme Jean-Marc, remplacent les graisses saturées par des huiles végétales raffinées (tournesol, maïs) ou des margarines « allégées ». Erreur. Ces produits, riches en oméga-6, sont pro-inflammatoires en excès. « Un déséquilibre oméga-6/oméga-3 au-dessus de 10:1 favorise les rechutes », alerte le Dr Caeymaex. Or, en France, le ratio moyen dans l’alimentation est de 15:1, voire 20:1 pour les gros consommateurs de fast-food.

Pourquoi les médecins ferment les yeux ?

Plusieurs raisons expliquent ce silence. D’abord, la formation. « La nutrition n’est pas une priorité dans les cursus d’oncologie », admet un interne en urologie. Ensuite, le temps : expliquer les graisses, c’est aussi parler des calories, des sucres cachés, des additifs… « On n’a pas trois heures par patient. »

Mais il y a pire : l’industrie. Les lobbies des produits laitiers et de la viande ont historiquement freiné les recommandations strictes sur les graisses saturées, même pour les populations à risque. « Les études financées par ces secteurs minimisent souvent les risques », dénonce une diététicienne spécialisée en cancérologie, qui refuse de donner son nom. Résultat : les survivants de cancer de la prostate, comme ceux du sein ou du côlon, restent livrés à eux-mêmes.

Que faire si on a déjà été traité ?

  1. Faire un bilan sanguin : le ratio oméga-6/oméga-3, les marqueurs inflammatoires (comme la CRP ultrasensible) et le taux de PSA (antigène spécifique de la prostate) donnent des pistes. « Un PSA qui remonte brutalement après une alimentation riche en graisses saturées ? C’est un signal », insiste le Dr Caeymaex.

  2. Remplacer, ne pas supprimer : Exit le beurre, la crème fraîche et les sauces industrielles. Remplacez par de l’huile d’olive extra-vierge (riche en oméga-9), des noix, et au moins deux portions de poissons gras par semaine (saumon, maquereau, sardines). « Le saumon sauvage est bien meilleur que l’élevage, mais même en élevage, c’est mieux que rien », précise-t-il.

  3. Éviter les pièges : les barres protéinées, les plats « healthy » du commerce et les régimes cétogènes non encadrés. « Certains survivants basculent dans l’excès de protéines pour compenser, mais ça alimente aussi les cellules cancéreuses résiduelles », prévient le Dr Caeymaex.

Le vrai problème : on ne sait pas encore tout

L’étude de McGill a ses limites. Elle ne distingue pas les types de traitements (chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie), et les données proviennent surtout de populations nord-américaines et européennes. « On ignore encore comment ces graisses interagissent avec les thérapies ciblées modernes », reconnaît le Dr Caeymaex. Mais attendre des preuves parfaites, c’est condamner des milliers d’hommes à une rechute évitable.

La dernière question : et après ?

Si les survivants de cancer de la prostate doivent maintenant choisir leurs graisses comme on choisit son vin, une chose est sûre : les médecins vont devoir s’y mettre, ou laisser leurs patients se débrouiller seuls. Entre les lobbies, le manque de formation et la complexité des mécanismes, le terrain est miné. Mais une chose est claire : manger du beurre et des saucisses après un cancer de la prostate, c’est comme fumer après une BPCO. On sait. Et on s’en fout, tant que ça ne nous concerne pas directement.

Ce qui change aujourd’hui, c’est que les preuves sont là. Et que les patients, eux, ont de moins en moins envie d’attendre.

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R Galaxie Rédaction

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