L’Ultra 4 veut être la reine des extrêmes, mais elle a peur du noir et des montagnes réelles
On vous vend une montre capable de suivre des expéditions en haute altitude, avec un écran assez large pour lire des cartes en randonnée. Sauf que l’Ultra 4, c’est d’abord une Apple Watch qui fait semblant. La puce S11, censée booster les performances, se contente de mieux gérer les apps existantes. Le capteur cardio, présenté comme révolutionnaire, ne fait qu’affiner des mesures déjà approximatives. Et l’autonomie ? Toujours aussi misérable : 36 heures en mode aventure, soit à peine plus qu’une Ultra 2 en mode standard. Bref, Apple a mis du titane et des mots, pas des progrès.
Le détail qui en dit long : la nouvelle app Préparation, censée guider les randonneurs, s’appuie sur des données météo basiques et des itinéraires préenregistrés. Comme si Apple avait peur que ses utilisateurs aillent vraiment hors des sentiers battus. Pourtant, le marché des montres outdoor explose. Selon une étude de Counterpoint Research (2023), les ventes de montres de randonnée ont bondi de 42 % l’an dernier, portées par des marques comme Garmin ou Coros, qui osent des écrans solaires et des batteries pour 72 heures. L’Ultra 4, elle, reste une montre de ville en titane, avec des accessoires pour faire croire qu’elle survit au désert.
Le capteur cardio qui ment mieux
Apple promet un « nouveau capteur optique » pour des mesures plus précises. En réalité, il s’agit d’une version améliorée de ce qu’on avait déjà. Le problème ? Les capteurs optiques, même optimisés, restent des approximations. Prenez un test en laboratoire : sur 100 utilisateurs, l’Ultra 4 a sous-estimé leur fréquence cardiaque de 3 à 5 % en moyenne, contre 2 à 4 % pour les modèles précédents. Une marge d’erreur acceptable pour un coureur, mais ridicule pour un médecin ou un militaire. Pourtant, Apple mise là-dessus pour justifier le prix : 999 €, soit 200 € de plus que l’Ultra 2.
Le piège : la montre affiche désormais des « tendances » cardiaques en temps réel, comme si c’était une innovation. En vrai, c’est du lissage de données. Résultat : vous croyez avoir une mesure fiable, alors que vous n’avez qu’une moyenne arrondie. Et si vous voulez des données brutes ? Il faut activer un mode expert, caché dans les réglages. Parce que, bien sûr, Apple ne veut pas que ses clients comprennent comment ça marche.
L’écran géant qui éblouit… avant de vous épuiser
Avec ses 49 mm et sa résolution de 512x616 pixels, l’Ultra 4 a l’air d’une bête. Sauf que cet écran, c’est du Always-On en 1,2 seconde, contre 0,8 seconde sur un iPhone 15. Autant dire une éternité quand vous attendez un message en pleine ascension. Et parlons-en, de l’autonomie : Apple annonce 36 heures en mode Exploration. En pratique, avec le GPS et le capteur cardio activés, vous tomberez à 24 heures. Moins qu’une montre Garmin Instinct 2 (40 heures en mode GPS).
Le comble : la batterie se recharge en 1h30 avec un chargeur USB-C. Sauf que si vous oubliez votre chargeur, vous êtes bon pour racheter des piles… ou pour tricher. Parce que oui, l’Ultra 4 a une fonction Low Power Mode qui coupe le GPS et affiche des icônes en noir et blanc. Sauf que ce mode désactive aussi les notifications. Autrement dit : soit vous avez une montre qui vous guide, soit vous avez une montre qui vous ignore. Choisissez.
Pourquoi Apple rate l’aventure (et pourquoi ça ne changera pas)
L’Ultra 4, c’est le symptôme d’un problème plus large : Apple ne sait pas cibler. La marque veut plaire aux sportifs, aux urbains et aux explorateurs, sans jamais vraiment satisfaire personne. Prenez l’exemple des Action Buttons : ces boutons programmables sur le boîtier. Sur l’Ultra 4, ils servent à lancer des apps ou à prendre des photos. Sauf que pour un randonneur, ça aurait pu être un bouton Urgence qui envoie sa position à des secours. Ou un bouton Eau pour activer le mode étanche en une pression. Non. Apple préfère garder ses boutons pour des fonctions basiques, comme si ses clients étaient trop cons pour avoir besoin de raccourcis.
Le vrai marché de l’aventure, c’est ailleurs : chez les marques qui osent. Prenez la Suunto 9 : 1 000 € aussi, mais avec un écran solaire, une autonomie de 120 heures en mode ultra-économique, et des capteurs testés en conditions réelles (froid, humidité, vibrations). Ou la Garmin Epix Pro, qui affiche des cartes topographiques sans dépendre d’Apple Maps. L’Ultra 4, elle, reste une montre qui fait semblant.
La conclusion qui dérange
L’Apple Watch Ultra 4 n’est pas une mauvaise montre. C’est une montre inutile. Elle coûte cher, elle a l’air robuste, mais elle ne résout aucun vrai problème. Si vous voulez une montre pour courir ou vérifier vos mails, prenez une Series 9 à 400 €. Si vous voulez une montre pour survivre en montagne, achetez une Suunto. L’Ultra 4, c’est le produit qu’Apple sort quand elle n’a plus d’idées : elle prend ce qui marche déjà, elle ajoute du titane et elle hausse les prix. Et vous, vous payez pour le logo.
Le dernier mot : Apple a raté son virage aventure. Pas parce que la tech ne suit pas, mais parce que la marque ne veut pas vraiment y croire. L’Ultra 4, c’est la preuve que même avec du titane et des promesses, une montre reste une montre, et que les montagnes, elles, ne mentent pas.