Pave Space envoie son premier ordinateur dans l'espace

La start-up romande Pave Space mise sur un partenariat avec SpaceX pour valider son système de navigation avant de révolutionner le déploiement de satellites. Mais derrière l’enthousiasme, des questions persistent sur la viabilité d’un marché encore balbutiant.

Publié le 4 octobre 2026 à 10:07
Pave Space envoie son premier ordinateur dans l'espace

Un ordinateur suisse dans la fusée de Musk, et après ?

Le 1er février, à 1h30 du matin, heure de la côte Est, un Falcon 9 de SpaceX a décollé de Cap Canaveral. À son bord : un boîtier noir de 10x10x20 cm, fabriqué à Lausanne par Pave Space. Pas de fanfare, pas de discours. Juste un test. Un test pour voir si leur système de navigation tient le coup dans le vide, sans interférence terrestre, pendant trois mois. Trois mois pour prouver que leur ordinateur de bord, baptisé Pave-1, peut piloter des satellites avec une précision qui, selon eux, va tout changer.

Et puis il y a Julie Böhning. Cofondatrice de Pave Space, elle était à Forum la semaine dernière pour en parler. Pas pour vendre du rêve, mais pour planter un drapeau : « On ne fait pas de l’innovation pour l’innovation. On vise un marché qui existe déjà, mais qu’on va casser en deux. » Traduction : dans moins de cinq ans, si tout se passe bien, Pave Space veut proposer un service capable de déplacer un satellite en orbite en moins de 24 heures. Moins cher. Plus rapide. Sans dépendre des opérateurs traditionnels, ces géants qui facturent des millions pour une correction d’orbite.

Le marché est là, mais les acteurs aussi.

Le problème, c’est que le marché n’est pas encore prêt. Pas assez gros. Pas assez mature. Les opérateurs satellites, comme Intelsat, SES ou Eutelsat, dépensent des centaines de millions par an en carburant pour ajuster leurs engins. Mais ils le font parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que les alternatives actuelles, comme les satellites de reboost ou les services de space tug (remorqueurs spatiaux), coûtent encore trop cher ou sont trop lents.

Pave Space mise sur un algorithme qui, selon eux, réduit les besoins en carburant de 90 %. « On ne remplace pas les satellites, on optimise leur trajectoire », explique Böhning. Sauf que les satellites en orbite géostationnaire, ceux qui rapportent le plus, ont une durée de vie limitée. Et si leur système ne tient pas la promesse, ils risquent de se retrouver avec un ordinateur de bord trop cher pour un marché trop petit.

SpaceX, ce partenaire qui fait grincer des dents.

Le choix de SpaceX n’est pas anodin. La fusée Falcon 9, c’est la Rolls des lancements low-cost. Mais c’est aussi un partenaire qui impose ses règles. Pave Space a dû s’adapter à leurs délais, à leurs contraintes. « On a dû repenser notre design trois fois parce qu’ils voulaient un format standardisé », raconte un ingénieur sous couvert d’anonymat. Résultat : leur boîtier est plus petit, plus léger, mais aussi moins flexible. « On a perdu en performance, mais on gagne en crédibilité », assume Böhning.

Reste une question : pourquoi SpaceX s’intéresse à ce petit boîtier suisse ? Parce qu’ils voient un marché. Parce qu’ils veulent tester leurs propres capteurs en orbite. Ou parce qu’ils préparent quelque chose ? Personne ne le dit ouvertement. Mais une chose est sûre : si Pave Space réussit, ce ne sera pas grâce à la Suisse. Ce sera grâce à Musk.

Le vrai défi n’est pas technologique, c’est commercial.

Le 15 mars, Pave-1 redescendra sur Terre. Ou pas. Si tout se passe bien, ils auront prouvé que leur système tient le coup. Mais la vraie bataille, ce sera après. Parce que convaincre un opérateur satellite de changer ses habitudes, c’est comme lui dire de sauter dans le vide en espérant qu’on lui tendra une corde.

« On a des lettres d’intention de trois clients potentiels », lâche Böhning sans sourire. Trois. Sur une centaine d’opérateurs majeurs. Trois, c’est déjà beaucoup. Trois, c’est aussi presque rien.

Ce qui se joue derrière les coulisses.

Derrière les discours optimistes, il y a un enjeu géopolitique. La Suisse veut jouer dans la cour des grands. Mais les grands, ce sont les États-Unis, la Chine, peut-être l’Europe. Pave Space, c’est une pépite. Une pépite qui pourrait devenir un symbole, ou un échec cuisant.

Et puis il y a le timing. Le marché des satellites est en pleine mutation. Starlink, OneWeb, les méga-constellations… Tout le monde veut une part du gâteau. Mais le gâteau, pour l’instant, il est encore à mi-cuire.

Leur atout ? Ils n’ont rien à perdre.

Pave Space n’a pas de dette. Pas de pression des actionnaires. Juste une équipe de 25 personnes et un rêve : devenir le Uber des orbites. « On ne veut pas être les plus gros, les plus riches. On veut être les plus efficaces », martèle Böhning. Sauf que l’efficacité, ça se mesure en dollars. Et en clients.

Le test de février n’est qu’une première étape.

Si Pave-1 survit à l’espace, ils passeront à la phase suivante : un vrai satellite, capable de se déplacer tout seul. Pas en 2025. Pas en 2026. « On vise 2027 », dit Böhning. 2027, c’est dans quatre ans. Quatre ans, c’est une éternité dans le spatial. Quatre ans, c’est aussi le temps qu’il faut pour voir si leur pari tient.

Leur plus gros risque ? Croire que le monde les attend.

Parce que le spatial, ce n’est pas comme les start-up tech. Ici, les échecs se paient en vies brisées. En satellites perdus. En millions engloutis. Pave Space a l’avantage d’être petit. L’inconvénient, c’est qu’ils n’ont pas les moyens de se tromper.

Alors, est-ce que ça va marcher ?

Personne ne sait. Pas même eux. Mais une chose est sûre : si ça marche, ce ne sera pas grâce à la Suisse. Ce sera grâce à leur capacité à vendre une promesse que personne ne peut encore évaluer.

Et ça, c’est le vrai défi.

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R Galaxie Rédaction

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