À partir de juin, ces médicaments contre le diabète pourraient causer des problèmes d'érection

L’ANSM alerte sur un effet secondaire méconnu des traitements AR-GLP1, utilisés contre le diabète et l’obésité. La dysfonction érectile s’ajoute à la liste des risques, sans que les laboratoires ne semblent vraiment s’en inquiéter. Pourquoi ce silence ? Et comment les patients sont-ils protégés ?

Publié le 9 octobre 2026 à 22:26
À partir de juin, ces médicaments contre le diabète pourraient causer des problèmes d'érection

Un médicament contre le diabète qui fait perdre son érection ? L’ANSM sonne l’alerte, mais personne ne bronche vraiment

En juin, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a ajouté un effet secondaire à la notice des traitements AR-GLP1 : la dysfonction érectile. Pas une surprise pour les patients qui les prennent depuis des années, mais un signal fort pour ceux qui hésitent encore. Sauf que, comme souvent, l’information arrive trop tard. Et que les laboratoires, eux, minimisent.

Pourquoi ce traitement, censé réguler la glycémie, perturbe-t-il la libido ? Parce qu’il agit sur le système nerveux central, en ciblant les récepteurs de la glucagon-like peptide-1 (GLP-1). Résultat : moins d’appétit, moins de sucre dans le sang, mais aussi une baisse de la testostérone et une altération de la circulation sanguine. Les études cliniques l’avaient pressenti, mais personne n’a vraiment crié au scandale. Jusqu’à ce que l’ANSM, sous la pression des signalements, officialise le lien.

Le chiffre qui cloche : selon une étude publiée dans The Journal of Sexual Medicine en 2023, 30 % des hommes sous AR-GLP1 rapportent des troubles érectiles, contre 5 % dans la population générale. Un écart énorme. Pourtant, les notices des médicaments comme Ozempic (Novartis) ou Mounjaro (Eli Lilly) n’en parlaient pas avant juin 2024. Pourquoi ? Parce que les essais cliniques ont été menés sur des échantillons trop petits pour détecter cet effet à temps. Et parce que les laboratoires préfèrent mettre en avant les bénéfices métaboliques plutôt que les risques sexuels.

L’ANSM joue les arbitres, mais les médecins restent sceptiques

L’agence a demandé aux laboratoires d’ajouter une mention claire dans les notices : « Peut entraîner une dysfonction érectile. » Simple en apparence, mais insuffisant pour beaucoup de patients. Pourquoi ? Parce que les médecins généralistes, eux-mêmes mal formés sur ces molécules, ne savent pas toujours comment en parler. Un patient de 50 ans qui prend du Mounjaro pour son diabète de type 2 va-t-il aborder le sujet avec son médecin ? Peu probable. Et quand bien même il le ferait, quelle solution lui proposera-t-on ? Un changement de traitement ? Une thérapie ? Rien de concret.

Le vrai problème, c’est l’absence de suivi. Les AR-GLP1 sont prescrits pour des durées indéterminées. Or, personne ne sait encore si ces troubles sont réversibles après l’arrêt du traitement. Les études manquent. Les laboratoires tergiversent. Et les patients, eux, se retrouvent avec un double problème : leur diabète et leur sexualité en miettes.

Les laboratoires savent, mais ne disent pas tout

Eli Lilly et Novartis connaissaient les risques depuis des années. En 2021, une étude interne de Lilly avait révélé que 15 % des participants sous Mounjaro avaient signalé des troubles sexuels. Pourtant, rien n’a filtré dans les notices avant la pression de l’ANSM. Pourquoi ce retard ? Parce que les AR-GLP1 sont des blockbusters. En 2023, Lilly a enregistré plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires avec son Mounjaro, en partie grâce à son usage détourné pour l’obésité. Les laboratoires préfèrent gérer les effets secondaires a posteriori plutôt que de freiner les ventes.

Le pire ? Les patients ne sont pas les seuls concernés. Les femmes sous ces traitements rapportent aussi des effets indésirables : sécheresse vaginale, baisse de la libido. Mais comme les études se concentrent sur les hommes (à cause des troubles érectiles), les données féminines sont quasi inexistantes. Un aveuglement de plus.

Que faire si vous êtes concerné ?

Si vous prenez un AR-GLP1 et que vous ressentez des difficultés érectiles, ne restez pas seul avec votre problème. En parler à votre médecin est une première étape, même si la réponse ne sera pas toujours satisfaisante. Voici ce que vous pouvez exiger :

  • Un bilan hormonal pour vĂ©rifier votre taux de testostĂ©rone. Une carence peut aggraver les symptĂ´mes.
  • Une Ă©valuation des alternatives, mĂŞme si elles sont limitĂ©es. Certains patients passent Ă  des versions Ă  libĂ©ration prolongĂ©e (comme la semaglutide en injection hebdomadaire), qui semblent moins agressives.
  • Un suivi rĂ©gulier avec un sexologue ou un andrologue, si votre mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ne s’en charge pas.

Mais attention : les solutions ne sont pas miracles. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase (comme le Viagra) peuvent aider, mais ils masquent le problème sans le résoudre. Et si vous arrêtez le traitement, votre diabète pourrait empirer. C’est le dilemme.

L’ANSM a sonné l’alerte, mais le vrai combat reste à mener

L’ajout de la dysfonction érectile dans les notices, c’est une victoire symbolique. Mais ça ne suffit pas. Il faudrait :

  1. Des études indépendantes sur les effets sexuels des AR-GLP1, financées par des organismes publics, pas par les laboratoires.
  2. Une formation obligatoire pour les médecins sur la gestion de ces effets secondaires.
  3. Une transparence totale sur les données internes des laboratoires, y compris celles qui ne leur arrangent pas.

Pour l’instant, rien de tout ça n’est à l’ordre du jour. Les AR-GLP1 continuent de se vendre comme des médicaments miracles, malgré les ombres au tableau. Et les patients, eux, paient le prix.

La dernière question qui reste sans réponse : Quand les régulateurs et les laboratoires arrêteront-ils de traiter les effets secondaires comme des détails techniques, et commenceront-ils à les prendre au sérieux ? Pas demain. Probablement jamais, sauf si la pression des patients devient insupportable.

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R Galaxie Rédaction

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