An Giang dépiste le cancer gynécologique avant tout le monde
En 2023, une femme vietnamienne sur cinq ne se fait jamais dépister pour un cancer gynécologique. Pourtant, dans la province d’An Giang, au sud du pays, les choses bougent. Depuis quelques mois, des kits de dépistage sont distribués gratuitement dans les centres de santé communaux. Pas de campagne médiatique, pas de discours officiel. Juste des tests, des résultats, et l’espoir d’attraper la maladie à temps. An Giang est la première localité à tester le programme EVA SIGNAL, une initiative qui pourrait bien devenir un modèle. Mais pour l’instant, personne ne sait si ça marche.
Un programme qui tombe à pic, mais pas assez connu
Le cancer du col de l’utérus tue plus de 6 000 femmes chaque année au Vietnam. Le problème ? La plupart des cas sont détectés trop tard. À An Giang, les autorités ont décidé de contourner le système. Au lieu d’attendre que les femmes viennent se faire dépister, elles leur apportent les tests. Dans les villages, les centres de santé distribuent des kits de prélèvement à faire soi-même. Résultat : en quelques mois, des milliers de femmes ont été testées, alors qu’avant, beaucoup évitaient même d’en parler.
Pourtant, le programme reste confidentiel. Les médias locaux en parlent à peine. Les associations de santé reproductive, elles, se demandent pourquoi d’autres provinces ne suivent pas. « An Giang a pris les devants, mais si personne ne reproduit leur modèle, ça ne sert à rien », souligne une source proche du ministère de la Santé. Le gouvernement vietnamien a bien un plan national de dépistage, mais il stagne. Entre les retards administratifs et le manque de moyens, les femmes attendent encore.
La technologie arrive, mais les habitudes résistent
EVA SIGNAL n’est pas qu’un simple kit de dépistage. C’est un système qui combine prélèvement, analyse rapide et suivi médical. À An Giang, les résultats sont disponibles sous 48 heures. Pas besoin d’attendre des semaines, comme dans les hôpitaux publics surchargés. Sauf que… beaucoup de femmes ne comprennent pas encore l’intérêt. « Elles savent que c’est gratuit, mais elles ne voient pas pourquoi faire le test si elles n’ont rien », raconte un médecin local. La méfiance envers les examens gynécologiques reste forte, surtout dans les zones rurales. Et puis, il y a le tabou. Parler de cancer, c’est parler de mort. Beaucoup préfèrent ignorer.
Mais le vrai problème, c’est l’après. Même si le dépistage est efficace, que se passe-t-il quand un résultat est positif ? Les centres de santé d’An Giang sont équipés pour orienter les femmes vers des soins, mais dans d’autres régions, les hôpitaux manquent de moyens. « Un dépistage sans suivi, c’est comme un diagnostic sans traitement », résume une spécialiste. Pour l’instant, An Giang assume. Mais si le programme se généralise, il faudra aussi généraliser les solutions.
Ce que personne ne dit sur les limites du programme
Les chiffres sont encourageants : plus de 3 000 femmes ont été dépistées en six mois. Mais personne ne publie les résultats des tests positifs. « On ne communique pas sur les cas détectés, car ça pourrait créer de la panique », explique un responsable local. Problème : sans transparence, comment savoir si le programme fonctionne vraiment ?
Et puis, il y a la question des coûts. EVA SIGNAL est financé par des partenariats publics-privés, mais si d’autres provinces veulent l’adopter, il faudra des fonds. Or, le budget santé du Vietnam est déjà serré. « An Giang a eu de la chance, mais ce n’est pas reproductible à grande échelle sans investissements massifs », estime un économiste de la santé.
Un modèle qui pourrait tout changer… ou rien du tout
An Giang a prouvé qu’un dépistage de masse était possible. Reste à savoir si les autres provinces suivront. Pour l’instant, le silence règne. Les autorités locales ne communiquent pas assez. Les médias ne relaient pas assez l’information. Et les femmes, elles, attendent toujours.
Le vrai test ne sera pas dans les chiffres, mais dans les actes. Si An Giang arrive à réduire les décès par cancer gynécologique, alors peut-être que le reste du pays comprendra enfin l’urgence. Sinon, ce ne sera qu’une expérience de plus, oubliée dans les rapports officiels.
Et si personne ne regarde ?