AMF et ACPR élargissent leurs listes noires aux sites de trading non régulés

Trente-six plateformes de trading en devises et crypto-actifs, non autorisées par les régulateurs, ont été ajoutées aux listes noires de l'Autorité des marchés financiers et de l'Autorité de contrôle prudentiel. Comment les épargnants peuvent-ils vérifier la légalité d'un intermédiaire avant d'investir ?

Publié le 28 octobre 2026 à 22:06
AMF et ACPR élargissent leurs listes noires aux sites de trading non régulés

Un dispositif de contrôle renforcé par les régulateurs financiers

L’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publient régulièrement des listes noires de plateformes non autorisées à proposer des services d’investissement en France. Cette mise à jour, intervenue le 22 octobre 2026, concerne 36 sites supplémentaires, dont 26 spécialisés dans le trading de devises (Forex) et 10 dans les produits dérivés sur crypto-actifs. Ces acteurs, absents de tout registre officiel, ne disposent d’aucune agrément pour opérer sur le territoire national. Leur inscription sur ces listes interdit aux intermédiaires financiers agréés de leur transmettre des fonds ou de collaborer avec eux.

Les régulateurs s’appuient sur des signalements d’épargnants, des enquêtes internes ou des alertes émanant d’autres autorités européennes. Une fois un site identifié comme illégal, il est retiré des circuits bancaires et des passerelles de paiement, ce qui limite, mais n’élimine pas, les risques pour les investisseurs.

Quels sont les critères d’inscription sur ces listes ?

L’ajout d’un site à la liste noire repose sur trois critères cumulatifs :

  1. L’absence d’agrément : ni l’AMF, ni l’ACPR, ni une autorité européenne équivalente (comme la CySEC à Chypre ou la FCA au Royaume-Uni) ne l’a autorisé à opérer.
  2. L’activité illégale en France : le site cible explicitement des résidents français, via des publicités en langue française, des numéros de téléphone locaux ou des références à des régulateurs européens pour donner une apparence de légitimité.
  3. Le manque de transparence : les conditions générales sont rédigées en anglais, les coordonnées du siège social sont floues, ou les témoignages d’utilisateurs évoquent des difficultés pour retirer ses fonds.

Ces listes ne sont pas exhaustives : un site non répertorié peut tout de même être illégal. Elles visent avant tout à dissuader les épargnants en rendant visible l’illégalité de ces plateformes, tout en protégeant les intermédiaires agréés contre des collaborations involontaires.

Pourquoi ce secteur attire-t-il autant d’arnaques ?

Les arguments en faveur d’une régulation stricte

Le trading de devises et de crypto-actifs présente des risques structurels qui en font un terrain propice aux abus :

  • L’effet de levier : ces produits permettent d’investir avec un capital bien supĂ©rieur Ă  son dĂ©pĂ´t initial, multipliant les gains… mais aussi les pertes. Un Ă©pargnant peut ainsi perdre l’intĂ©gralitĂ© de son investissement en quelques heures.
  • La complexitĂ© des instruments : les contrats Ă  terme (CFD) ou les options sur crypto-actifs reposent sur des mĂ©canismes financiers peu connus du grand public, souvent mal expliquĂ©s par les plateformes.
  • L’absence de protection : contrairement aux actions ou aux obligations, ces produits ne bĂ©nĂ©ficient pas des garanties du Fonds de garantie des dĂ©pĂ´ts (FGD) en cas de faillite de l’intermĂ©diaire.

La régulation vise à limiter l’exposition des épargnants en imposant aux plateformes agréées des obligations strictes : transparence sur les frais, information précontractuelle claire, et séparation des fonds clients. Les listes noires complètent ce dispositif en signalant les acteurs qui contourne ces règles, souvent basés dans des juridictions à faible supervision (Chypre, Belize, Seychelles).

Les limites de l’approche actuelle

Malgré ces mesures, des failles persistent :

  • Les dĂ©lais de rĂ©action : entre la dĂ©tection d’une plateforme illĂ©gale et son inscription sur la liste noire, des Ă©pargnants peuvent avoir dĂ©jĂ  perdu leur argent. Aucune procĂ©dure d’urgence n’existe pour retirer immĂ©diatement un site.
  • L’évasion gĂ©ographique : certains opĂ©rateurs modifient lĂ©gèrement leur nom ou leur URL pour Ă©chapper aux listes, ou se rĂ©installent dans un autre pays peu regardant.
  • Le manque de sanctions pĂ©nales : si les listes noires privent les sites de moyens de paiement, elles ne prĂ©voient pas de poursuites contre leurs dirigeants, qui peuvent simplement lancer une nouvelle plateforme sous un autre nom.

À ce jour, aucune de ces propositions n’a été retenue.

Comment un épargnant peut-il se protéger ?

Avant d’investir, trois vérifications s’imposent :

  1. Consulter les listes noires : l’AMF et l’ACPR publient leurs mises à jour sur leurs sites respectifs. Un simple copier-coller du nom du site permet de vérifier son statut.
  2. Examiner les avis indépendants : les forums spécialisés (comme Trustpilot ou Forex Peace Army) recensent les retours d’utilisateurs, même si ces plateformes peuvent être manipulées par les sites eux-mêmes.

En cas de doute, les épargnants sont invités à contacter l’AMF via son service de signalement des fraudes (signal-spam@amf-france.org). Cependant, cette démarche ne garantit pas un remboursement, car les fonds versés sur une plateforme illégale relèvent de la responsabilité exclusive de l’investisseur.

Ce que les régulateurs ne peuvent pas résoudre

Malgré ces outils, deux questions majeures restent sans réponse :

  • Comment lutter contre les deepfakes et les clones de sites agréés ? Aucune solution technique ne permet aujourd’hui de les distinguer systĂ©matiquement.
  • Faut-il Ă©tendre les listes noires aux influenceurs et aux mĂ©dias complices ? Certains crĂ©ateurs de contenu promouvant ces plateformes sans mentionner leur illĂ©galitĂ© pourraient-ils ĂŞtre sanctionnĂ©s ? Ă€ ce jour, ni l’AMF ni l’ACPR ne disposent de pouvoirs en la matière.

Une réponse claire à ces interrogations nécessiterait une harmonisation européenne des sanctions contre les acteurs illégaux, ainsi qu’une coopération renforcée entre régulateurs et plateformes de paiement pour bloquer les flux vers ces sites. Sans cela, les épargnants resteront exposés à des risques difficiles à anticiper.

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R Galaxie Rédaction

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