Le test sanguin d'Alzheimer ne résout rien à part un problème : qui va le payer ?
En mai 2026, Roche et Eli Lilly ont obtenu le feu vert pour commercialiser leur test sanguin de dépistage de la maladie d'Alzheimer. Un flacon de sang, une analyse, et hop : on sait si vous allez développer la maladie dans 10 ou 20 ans. Sauf que personne ne vous dira quoi en faire. Pas encore.
Le problème ? Ce test ne guérit pas. Il ne ralentit même pas la progression. Il vous informe juste que vous allez perdre la mémoire, peut-être, un jour. Et après ? Vous attendez sagement que les laboratoires sortent enfin un médicament efficace ? Ceux-là mêmes qui viennent de vous vendre un test à 300 euros ?
Les neurologues se battent entre eux
À Paris, au CHU de la Pitié-Salpêtrière, le Dr. Sophie Moreau refuse catégoriquement d’en parler. « On dépiste déjà trop de choses inutiles. Maintenant, on va dépister l’anxiété de devenir Alzheimer ? » Elle n’est pas la seule. Une étude de l’Inserm publiée en 2025 montre que 68 % des neurologues français estiment que ce test n’a aucune utilité clinique immédiate. Pourquoi ? Parce qu’il ne change rien au traitement. « On a des médicaments qui soulagent les symptômes, point. Pas de prévention, pas de cure. Alors à quoi bon savoir ? »
Pourtant, à Lyon, le Pr. Jean-Luc Dubois, chef du service de gériatrie, voit les choses autrement. « C’est une première étape. Si on sait que quelqu’un va développer Alzheimer, on peut lui proposer un suivi plus strict, une hygiène de vie adaptée… » Sauf que personne ne sait encore si ça marche. « Hygiène de vie », c’est vague. Manger des noix, faire du sport, éviter le stress ? Très bien. Mais ça ne marche pas pour tout le monde. Et puis, qui va payer pour ce suivi ?
Le vrai business, c’est la prévention… qui n’existe pas encore
Roche et Eli Lilly ne vendent pas un test. Ils vendent une promesse. « Prendre les devants », « agir tôt », « protéger son cerveau ». Sauf que leurs propres médicaments, l’aducanumab et le donanemab, ont des effets limités et des effets secondaires lourds. En 2025, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a rappelé que ces traitements « ne doivent être prescrits qu’en milieu hospitalier spécialisé ». Traduction : même si vous savez que vous allez développer Alzheimer, vous n’aurez peut-être pas accès au traitement.
Alors pourquoi dépister ? Pour que les labos puissent dire : « Regardez, on a anticipé ! » pendant que les patients attendent. Et pendant ce temps, les assurances refusent déjà de prendre en charge le test. « C’est un dépistage expérimental, pas un acte médical validé », argue la CPAM. Résultat : ceux qui peuvent se le payer le feront. Les autres, non.
Ce que les patients ne vous diront pas
Marie, 62 ans, a fait le test en mai. « Je savais que je risquais Alzheimer, ma mère en avait. Mais savoir, c’est une autre histoire. » Elle a pleuré après avoir reçu les résultats. « On m’a dit : ‘Surveillez-vous, restez actif.’ Comme si c’était une fatalité. » Elle n’a pas de traitement. Pas de suivi. Juste une ordonnance pour des antidépresseurs, « au cas où ».
Le pire ? Personne ne lui a expliqué que ce test ne lui donnerait pas plus de temps. Juste moins d’illusions.
La vraie question, personne ne la pose
Si ce test ne sert à rien aujourd’hui, à quoi servira-t-il demain ? Quand les labos auront enfin un vrai traitement ? Est-ce qu’on va obliger les gens à se faire dépister ? Est-ce que les employeurs vont exiger ce test pour les postes à responsabilité ? (Déjà, certaines mutuelles proposent des tarifs préférentiels pour ceux qui se font dépister…)
Le vrai problème, ce n’est pas le test. C’est qu’on n’a toujours pas de réponse. Et que les labos misent sur votre peur pour vendre.
Ce qui va changer ? Rien. Pas avant 2030, peut-être. Et encore.
Si vous avez 50 ans et que vous vous posez la question, attendez. Attendez que les neurologues se mettent d’accord. Attendez que les assurances couvrent le test. Attendez que les médicaments fonctionnent. Parce que là, tout de suite ? Ce test ne vous donne rien. Juste une certitude : vous allez devoir vivre avec.