Alice Godart présente son film *Élever au grain* à Beauraing

La réalisatrice Alice Godart a échangé avec le public lors de la projection de son film documentaire *Élever au grain*, soutenu par la RTBF et France 3. Le film, disponible sur Auvio, interroge les enjeux contemporains de l’élevage et de la filière agricole.

Publié le 1 novembre 2026 à 06:00
Alice Godart présente son film *Élever au grain* à Beauraing

Un documentaire qui interroge les fondements de l’élevage

Depuis plusieurs années, le secteur agricole fait face à des débats croissants sur ses pratiques, ses impacts environnementaux et sa place dans les modèles économiques contemporains. Ces questions, souvent polarisées entre défenseurs d’une agriculture intensive et partisans d’une transition écologique radicale, trouvent un écho dans le cinéma documentaire. Élever au grain, réalisé par Alice Godart, s’inscrit dans cette dynamique en proposant une réflexion nuancée, loin des prises de position tranchées. Le film, projeté pour la première fois à Beauraing, a offert à la réalisatrice l’occasion de discuter directement avec un public local, où les enjeux agricoles sont particulièrement sensibles.

Un mécanisme de production et de diffusion hybride

Le projet Élever au grain illustre les défis actuels de la production cinématographique documentaire, notamment en matière de financement et de diffusion. Contrairement à des formats plus grand public, les films abordant des sujets techniques ou sociétaux complexes peinent souvent à trouver des soutiens institutionnels ou commerciaux. Ici, la RTBF et France 3 ont joué un rôle clé en cofinançant le film, ce qui permet à Élever au grain de bénéficier d’une visibilité élargie, notamment via la plateforme Auvio. Ce modèle, déjà éprouvé pour des documentaires comme Demain ou La Glaneuse, repose sur une collaboration entre diffuseurs publics et plateformes numériques pour toucher à la fois un public spécialisé et grand public.

La projection à Beauraing, ville marquée par une tradition agricole forte, n’est pas anodine. Elle répond à une volonté de dialogue territorial, où les réalisateurs et les institutions culturelles cherchent à ancrer leurs œuvres dans des contextes locaux. Cependant, cette approche soulève une question : comment concilier une production documentaire exigeante, souvent coûteuse, avec une diffusion accessible, sans tomber dans le formatage ou la dilution du message ?

Qui finance et qui en profite ?

Les soutiens publics, comme ceux apportés par la RTBF et France 3, sont essentiels pour des projets comme Élever au grain. Ces institutions, financées par des contributions publiques ou des redevances, jouent un rôle de levier pour des œuvres qui ne trouveraient pas de débouchés sur le marché privé. En contrepartie, elles attendent généralement une diffusion sur leurs antennes ou plateformes associées, ce qui garantit une certaine visibilité.

Pour les réalisateurs, ce partenariat offre une légitimité et des ressources techniques, mais implique aussi des contraintes éditoriales. Alice Godart, en choisissant ce chemin, a dû composer avec les attentes des diffuseurs tout en préservant son indépendance artistique. La question des financements publics dans le cinéma documentaire reste d’ailleurs un sujet de tension : faut-il accepter des compromis pour obtenir des moyens, ou privilégier l’autofinancement au risque de limiter la portée du projet ?

Pour le public, l’accès facilité via des plateformes comme Auvio démocratise la consommation de documentaires, mais pose aussi la question de la monétisation. Les œuvres soutenues par des fonds publics sont-elles devenues des biens communs, ou leur diffusion payante (même à moindre coût) participe-t-elle à une logique marchande ?

Un film qui évite les prises de position tranchées

Élever au grain se distingue par son approche équilibrée, évitant les postures militantes pour privilégier une analyse fine des pratiques agricoles. Ce positionnement, rare dans un débat souvent clivé, interroge : comment aborder des sujets sensibles sans tomber dans la caricature ou l’angélisme ?

La réalisatrice a pu en discuter lors de la projection à Beauraing, où le public, majoritairement composé d’agriculteurs et de riverains, a réagi avec curiosité. Certains y ont vu une œuvre trop prudente, d’autres une nécessaire ouverture. Cette diversité de réactions reflète les divisions persistantes sur l’avenir de l’élevage en Belgique et en Europe : faut-il miser sur l’innovation technologique pour concilier productivité et durabilité, ou accélérer la transition vers des modèles plus sobres, voire vers une réduction de la consommation de viande ?

Le film ne tranche pas, mais il donne à voir les visages et les voix de ceux qui, chaque jour, prennent des décisions dans ce secteur. En cela, il rappelle que les enjeux agricoles ne se résument pas à des chiffres ou à des idéologies, mais relèvent aussi d’un savoir-faire, d’une histoire et d’une relation au territoire.

Une question de pérennité pour le documentaire engagé

Si Élever au grain bénéficie d’un écho favorable, son modèle de financement et de diffusion soulève une interrogation plus large : comment pérenniser des œuvres documentaires qui, par leur nature même, ne rentrent pas dans les cases des algorithmes ou des grilles de programmation télévisuelle ?

Les plateformes comme Auvio, bien que prometteuses, ne suffisent pas à garantir une rentabilité à long terme. Les diffuseurs publics, quant à eux, font face à des pressions budgétaires croissantes. Dans ce contexte, les réalisateurs doivent-ils se tourner vers des formats plus courts, plus adaptés aux réseaux sociaux, ou accepter de voir leur travail marginalisé au profit de contenus plus consensuels ?

La réponse dépendra en partie des choix des institutions culturelles, mais aussi de la capacité du public à soutenir financièrement des œuvres qui ne se limitent pas à l’entertainment. Élever au grain montre que la voie est possible, à condition de trouver un équilibre entre exigence artistique et accessibilité.

Ce qui reste à éclaircir

La diffusion de Élever au grain pose une question concrète : quels mécanismes pourraient permettre à des documentaires de ce type de perdurer, sans dépendre uniquement de subsides publics ou de plateformes numériques ?

Une piste réside dans le développement de modèles hybrides, associant financement participatif, mécénat et partenariats avec des acteurs locaux, comme les chambres d’agriculture ou les coopératives. Une autre voie serait d’intégrer davantage ces œuvres dans les programmes scolaires ou universitaires, où leur dimension pédagogique pourrait être valorisée.

Enfin, il appartiendra aux spectateurs de faire le choix de soutenir ces productions, ne serait-ce qu’en payant pour les visionner. Sans cette implication, le risque est de voir disparaître un cinéma qui donne la parole à ceux que les grands récits médiatiques oublient souvent.

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R Galaxie Rédaction

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