Un courriel reçu hier matin, en pièce jointe : un avis de paiement de 100 $ pour le vaccin COVID. Pas pour un aîné, pas pour un dialysé, mais pour un enseignant de 42 ans, père de deux enfants. « On m’a dit que c’était une erreur, mais non, c’est bien ça : je paie. » Il n’est pas seul. Depuis le 1er juin, l’Alberta exige 100 $ pour le vaccin contre la COVID-19, sauf pour les plus de 65 ans et les personnes à haut risque médical. Une décision qui sent le calcul politique plus que la santé publique. Le gouvernement de Jason Kenney assume ce choix. Mais à quel prix ?
Un trou dans le filet des plus vulnérables
Le 100 $, c’est le prix d’un repas dans un bon restaurant. Ou d’une journée sans chauffage si votre fournaise tombe en panne. Pour les Albertains qui vivent au jour le jour, c’est une somme qui fait mal. « Je gagne 18 $ de l’heure, explique Marie, caissière à Calgary. 100 $, c’est presque la moitié d’une semaine de travail. Alors je repousse. Et après ? Je prends le risque ? »
L’Alberta justifie cette mesure par un argument simple : « Les vaccins ne sont pas gratuits, quelqu’un doit payer. » Sauf que la gratuité était déjà en place pour les plus de 65 ans et les personnes immunodéprimées. Pourquoi cette exception ? Parce que ces groupes sont plus exposés aux complications. Mais aussi parce qu’ils votent plus. Et que les aînés, souvent propriétaires, ont des revenus stables. Les autres ? Beaucoup galèrent.
Le chiffre qui cloche : 30 % de refus dans certains quartiers
Selon une étude de l’Alberta Health Services publiée en avril 2024, les taux de vaccination chez les 18-44 ans chutent de 15 à 30 % dans les quartiers défavorisés de Edmonton et Calgary, là où les gens paient cash. « Ce n’est pas une surprise, commente le Dr. Evan Wood, chercheur à l’Université de la Colombie-Britannique. Quand vous mettez un prix sur un service essentiel, vous créez une barrière. Et les plus pauvres trinquent toujours. »
Le gouvernement albertain rétorque que les cliniques sans rendez-vous et les campagnes de sensibilisation compensent. Mais les faits sont têtus. En 2023, l’Alberta avait le quatrième taux de vaccination le plus bas du Canada chez les 20-39 ans, selon Statistique Canada. Et cette fois, c’est pire : les 100 $ ciblent ceux qui hésitaient déjà.
Ce que le gouvernement ne dit pas : la dette des hôpitaux
Officiellement, l’Alberta dépense 1,2 milliard par an en soins liés à la COVID, selon un rapport interne du ministère de la Santé. Mais les vaccins ? Ils coûtent une fraction de ça. « Le vrai problème, c’est que Kenney veut réduire les dépenses publiques, peu importe le coût social, analyse une source proche des négociations. Les vaccins, c’est facile à couper. Les hôpitaux, c’est plus compliqué. »
Résultat : les urgences albertaines sont saturées. En mai, l’hôpital de Red Deer a dû annuler 47 % de ses interventions non urgentes faute de personnel. « On voit revenir des gens avec des formes graves, des complications évitables, raconte une infirmière de Lethbridge. Et après, on nous demande de faire des économies. »
La vraie raison ? L’élection de 2027
Jason Kenney mise sur l’oubli. « La COVID, c’est fini, répétait-il en campagne. On passe à autre chose. » Sauf que les Albertains ne sont pas dupes. Le 100 $ pour le vaccin, c’est un message clair : « Vous n’êtes pas une priorité. »*
Et ça marche. Les sondages montrent que 62 % des Albertains jugent cette mesure injuste, selon un dépêche de Postmedia en mai. Mais Kenney s’en fiche. Il sait que les aînés et les malades voteront quand même. Les autres ? Ils seront trop occupés à payer leurs factures.
Ce qui se passe quand on laisse les gens payer leur santé
En Ontario, le vaccin reste gratuit. En Colombie-Britannique aussi. Pourquoi ? Parce que les gouvernements libéraux et NDP ont compris une chose simple : la santé n’est pas un produit de consommation.
L’Alberta, elle, joue à l’équilibriste. « On veut faire croire que c’est une question de choix personnel, mais c’est une question de classe, tranche une militante de la Canadian Federation of Students. Les riches se feront vacciner. Les autres ? Ils attendront. Ou ils mourront. »
Le dernier mot : et après ?
La COVID ne disparaîtra pas comme par magie. Les variants circulent toujours. Et les Albertains qui refusent le vaccin par manque d’argent seront les prochaines victimes d’une épidémie évitable.
Le gouvernement a le choix : soit il assume ses priorités et assume les conséquences. Soit il se réveille avant que les urgences ne deviennent des morgues.
Mais pour l’instant, 100 $, c’est tout ce qu’il propose.