Deux aînés sont morts parce que le système a refusé de les voir

Les rapports des coroners sur deux décès évitables révèlent un système à bout de souffle. La Coalition pour la dignité des aînés n’a plus de mots. Voici pourquoi la colère est légitime, et pourquoi rien ne changera tant qu’on ne brisera pas les tabous.

Publié le 16 septembre 2026 à 10:04
Deux aînés sont morts parce que le système a refusé de les voir

Le 12 mars 2023, une femme de 88 ans, atteinte de démence et confinée dans un CHSLD de la région de Montréal, a passé 17 jours sans soins après une chute. Pas une visite de médecin. Pas d’évaluation. Rien. Juste l’attente, et puis la mort, par négligence. Le coroner l’a écrit noir sur blanc : « Son décès était évitable. » Le 3 avril dernier, un homme de 79 ans, hospitalisé à l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, a vu son état se dégrader pendant quatre mois sans qu’on lui propose une fin de vie digne. Lui non plus n’a pas eu de chance. Lui non plus, le système l’a abandonné. Ces deux histoires, c’est celles de deux rapports de coroner publiés en juin 2024. Deux rapports qui devraient faire trembler le gouvernement. Ils ne font rien. Pourquoi ? Parce que personne ne veut entendre la vérité : le réseau de la santé québécois est en train de tuer ses patients par omission.

Le chiffre qui résume tout : 12 000 lits fermés depuis 2020

La Coalition pour la dignité des aînés a lu ces rapports en serrant les poings. Pas par surprise, ils s’y attendaient. Mais parce que ces morts-là, on les voit venir depuis des années. Depuis que les gouvernements successifs ont décidé de fermer des lits en masse sous prétexte d’économies. 12 000 lits en moins depuis 2020, selon les données du ministère de la Santé. 12 000 places en moins pour des gens comme cette octogénaire de Montréal ou ce septuagénaire de Sherbrooke. Des gens qui, sans ces coupes, auraient peut-être eu une chance.

Et puis il y a les soignants. Les infirmières qui appellent en pleurant parce qu’elles n’ont plus les moyens de donner les soins de base. Les préposés qui refusent des postes parce qu’on leur demande de faire le travail de trois. Le coroner de Sherbrooke l’a écrit sans détour : « Le manque de personnel a directement contribué au décès de M. X. » Mais qui va lire ça ? Qui va s’en souvenir quand les élections approchent ?

Le piège des bonnes intentions qui ne servent à rien

Le gouvernement Legault a sorti son habituel communiqué de crise : « Nous condamnons ces tragédies et prenons des mesures. » Traduction : on va ajouter 500 lits ici, 300 là, et hop, problème réglé. Mensonge.

Parce que le vrai problème, c’est pas le nombre de lits. C’est la logique même du système. Un système qui privilégie les urgences aux chronicards. Qui envoie les aînés en CLSC en leur disant « revenez quand vous serez mieux » alors qu’ils sont déjà à l’agonie. Qui forme des médecins en urgence, pas en soins palliatifs. Le coroner de Montréal l’a souligné : « Les protocoles de fin de vie n’ont pas été suivis. Personne n’a osé prendre la décision. » Personne n’a osé. Parce que dans ce système, oser, c’est assumer.

Et puis il y a les familles. Celle de la femme de 88 ans a porté plainte. Celle de l’homme de 79 ans a obtenu une enquête. Mais combien d’autres ne diront jamais rien ? Combien de dossiers seront classés sans suite ? Le coroner de Sherbrooke cite un chiffre glaçant : un décès lié à des soins inadéquats sur trois n’est même pas signalé. Trois sur trois. Personne ne veut savoir.

Pourquoi on continue comme si de rien n’était

Parce que c’est plus simple. Parce que parler de dignité, ça coûte cher. Parce que reconnaître l’échec du système, ça signifie redistribuer l’argent ailleurs. Parce que les aînés, au fond, on les oublie. Ils ne votent plus. Ils ne font pas de bruit. Ils meurent dans leur coin, et personne ne les entend.

La Coalition pour la dignité des aînés a sorti un communiqué après la parution des rapports. « C’est une honte. » Une honte, oui. Mais une honte organisée. Parce que ces morts-là, elles sont prévisibles. Elles sont calculées. Elles sont le résultat d’un choix politique : laisser faire plutôt que de réformer.

Le vrai scandale, c’est ce qu’on ne voit pas

Ce qui est le plus insupportable, c’est pas les chiffres. C’est l’indifférence. Les rapports des coroners, on les lit. On les enterre. On passe à autre chose. Comme si deux vies en moins, c’était un détail.

Pourtant, il y a des solutions. Des pays comme la Suède ou les Pays-Bas gèrent leurs systèmes de santé sans en arriver là. Ils forment assez de personnel. Ils investissent dans les soins de longue durée. Ils assument. Mais nous, on préfère les communiqués de presse et les promesses creuses.

Alors oui, la colère est légitime. Mais la colère sans action, c’est juste du bruit. Et le système, lui, il continue. Il continue à tuer. Silencieusement.

Ce qu’il faudrait faire, mais qu’on ne fera pas

  • Arrêter les fermetures de lits. Pas de demi-mesures. Pas de « on va ajouter quelques places ». On reprend les lits qu’on a fermés, et on en ajoute. Point.
  • Former des milliers de soignants en urgence. Pas des médecins qui savent juste faire des césariennes, mais des gens qui savent accompagner la fin de vie.
  • Créer des unités de soins palliatifs dans chaque région. Parce que mourir dans la dignité, ça ne coûte pas plus cher qu’une négligence qui tourne au drame.
  • Sanctionner les établissements qui ne respectent pas les protocoles. Des amendes, des fermetures administratives. Pas des « désolés » en communiqué.

Mais on ne le fera pas. Parce que ça coûterait trop cher. Parce que ça remettrait en cause des décennies de sous-financement. Parce que personne n’a envie de se salir les mains.

Alors on attendra la prochaine enquête. La prochaine plainte. Le prochain rapport de coroner. Et dans quelques mois, deux autres aînés mourront parce que le système aura encore refusé de les voir.

C’est ça, la réalité. Pas un bug. Un choix.

La dernière ligne : Le pire, ce n’est pas la mort. C’est l’idée qu’on pourrait l’éviter, et qu’on s’en fiche.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie