Un matin de juin, à Casablanca, un entrepôt frigorifique tourne au ralenti. Pas à cause des pannes, mais des effectifs. Le responsable logistique, parti en burn-out il y a trois mois, n’a toujours pas été remplacé. Le frigoriste expérimenté, lui, a quitté l’entreprise pour un salaire 20 % plus élevé chez un concurrent. Résultat : les camions attendent, les stocks gonflent, et les clients commencent à râler. Pourtant, Aiguebelle recrute. Quatre postes, en CDI. Un chargé des achats locaux, une assistante achats, un responsable logistique, et un frigoriste. Des profils qui, sur le papier, devraient tomber sous le sens. Sauf que non. Pourquoi ? Parce que le marché du froid industriel et de la logistique à Casablanca n’est pas un marché comme les autres. Il est tendu, opaque, et souvent ignoré par les chasseurs de tête. Les chiffres ? Selon une étude de la Chambre de Commerce Marocaine (CCI), 38 % des entreprises du secteur agroalimentaire signalent des difficultés de recrutement dans les métiers techniques, et seulement 12 % des candidats formés en froid industriel trouvent un emploi stable dans les six mois. Les raisons ? Des salaires qui ne suivent pas l’inflation, des conditions de travail sous-estimées, et une méconnaissance crasse des réalités du terrain. Pourtant, Aiguebelle mise sur ces postes. Pourquoi ? Parce que le groupe a un problème : sa croissance. En cinq ans, le chiffre d’affaires a doublé, mais les capacités logistiques et les achats locaux peinent à suivre. Le directeur général, un ancien de Danone, l’a dit sans détour lors d’un entretien interne : « On ne peut pas grandir sans des gens qui comprennent les enjeux du froid et les rouages des achats sur le terrain. Les consultants en RH nous sortent des CV de commerciaux ou d’anciens banquiers. Ça ne marche pas. » Le vrai défi ? Trouver des profils qui ont les deux pieds sur terre.
Pourquoi les frigoristes et les logisticiens se font rares
Le froid industriel, c’est un monde à part. Les frigoristes expérimentés, ceux qui connaissent les groupes froids, les systèmes de régulation, et les normes sanitaires, ne poussent pas comme des champignons. Selon l’Office National de la Formation Professionnelle et de l’Apprentissage (ONFP), seulement 450 nouveaux techniciens en froid sont formés chaque année au Maroc, alors que le secteur en absorberait 800. Résultat : les entreprises se battent pour les mêmes profils. À Casablanca, un frigoriste avec cinq ans d’expérience peut exiger entre 18 000 et 22 000 MAD brut, selon les données de Michael Page. Mais les PME et les ETI, qui représentent 70 % des besoins, ne peuvent pas suivre. Aiguebelle, elle, propose 25 000 MAD brut pour le poste, plus des primes de performance. Assez pour attirer ? Peut-être. Assez pour combler le fossé entre l’offre et la demande ? Non. Parce que le problème, c’est aussi la culture. Dans les entrepôts frigorifiques, les horaires sont décalés, les conditions physiques exigeantes, et les salaires souvent versés avec un décalage. « Les gens veulent du fixe, des horaires normaux, et un peu de reconnaissance », explique Samir, un ancien responsable logistique chez une grande surface. « Personne ne te parle de ça dans les offres d’emploi. »
Côté logistique, le tableau n’est pas plus rose. Le responsable logistique d’Aiguebelle devra gérer des flux entre Casablanca, Kenitra, et même l’Europe. Un poste stratégique, mais qui demande une connaissance fine des douanes, des transporteurs locaux, et des aléas des chaînes du froid. Or, 60 % des responsables logistiques au Maroc viennent de l’automobile ou de la grande distribution, des secteurs où les enjeux sont différents. Les candidats formés spécifiquement à la logistique agroalimentaire ? Ils sont rares. Et ceux qui existent ont souvent un pied dans la porte… chez la concurrence.
Les achats locaux, un casse-tĂŞte administratif
Les deux postes en achats sont peut-être les plus sous-estimés. Pourtant, c’est là que le bât blesse. Aiguebelle achète des produits frais, des ingrédients surgelés, et des équipements spécifiques. Le problème ? Les fournisseurs locaux ne sont pas toujours à la hauteur.
Prenez les normes sanitaires. Un fournisseur de viande hachée à Rabat peut très bien respecter les règles européennes, mais pas celles d’Aiguebelle, qui exige des traçabilités poussées et des délais de livraison serrés. Résultat : le chargé des achats locaux devra passer son temps à négocier, auditer, et parfois rejeter des commandes. « C’est un métier de terrien », résume un ancien acheteur chez Nestlé. « Pas de glamour, mais une responsabilité énorme. Si tu foires, c’est toute la chaîne qui cale. »
L’assistante achats, elle, sera en première ligne pour gérer les commandes, les devis, et les litiges. Un poste technique, mais qui demande aussi un sens aigu des relations. Parce qu’au Maroc, les achats, c’est souvent du relationnel. « Tu peux avoir le meilleur contrat, si le fournisseur ne te doit pas un service, tu es dans la merde », confie un acheteur dans l’anonymat. Aiguebelle, elle, mise sur des profils avec au moins trois ans d’expérience dans les achats B2B, et une connaissance des spécificités marocaines. Le hic ? Les candidats avec ce profil sont souvent déjà en poste, et bien payés.
Ce que ça dit du secteur à Casablanca
Ces recrutements en cours révèlent trois choses sur le marché du froid et de la logistique à Casablanca.
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Le secteur est en tension, mais personne ne veut en parler. Les médias et les cabinets de recrutement se focalisent sur les métiers du digital ou du tourisme. Pourtant, c’est dans l’industrie agroalimentaire et le froid que les pénuries sont les plus criantes. « On a des métiers qui pourrissent, et des entreprises qui ne savent pas comment les rendre attractifs », analyse un consultant en RH.
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Les salaires ne suffisent pas à attirer les talents. Même avec des offres à 25 000 MAD brut, Aiguebelle galère. Pourquoi ? Parce que le problème n’est pas seulement financier. C’est aussi l’image du secteur. Le froid, la logistique, ce sont des métiers de l’ombre. Pas de visibilité, pas de reconnaissance, et souvent, un sentiment d’être invisible.
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Les entreprises qui grandissent se heurtent à des murs. Aiguebelle n’est pas la seule dans ce cas. D’autres groupes, comme Sodial ou Lesieur Cristal, recrutent aussi massivement dans ces domaines. Mais le vivier est limité. « On est dans une logique de guerre des talents, mais sans les outils pour gagner », reconnaît un directeur des ressources humaines.
La vraie question : et après ?
Aiguebelle va-t-elle trouver ses quatre profils ? Peut-être. Mais le vrai problème, c’est que ces postes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Dans cinq ans, quand l’entreprise aura besoin de doubler ses effectifs en logistique, où ira-t-elle chercher les talents ?
La réponse, c’est simple : il faudra former. Ou importer. Les deux options ont un coût. Et aucun des deux ne résout la racine du problème : un secteur qui ne se prend pas au sérieux, et des métiers qui n’attirent plus.
Alors, si vous êtes frigoriste, responsable logistique, ou acheteur avec des tripes, Aiguebelle vous tend la main. Mais attention : ce n’est pas un job comme les autres. C’est un métier où il faut aimer la pression, les horaires chiants, et les défis sans gloire. Le salaire est correct. La reconnaissance, par contre, reste à construire.