Le mail arrive un jeudi aprĂšs-midi. Objet : Visite ce samedi 14h, prĂ©voir 1h30. SignĂ© : Jocelyn Tuccio, agent immobilier Ă Marseille. Pas de son nom sur lâaffiche, pas de logo, juste une adresse et un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. Le propriĂ©taire, lui, doit tout gĂ©rer : les horaires, les annulations, les questions des acheteurs. Et sâil se plante, câest lui qui perd du temps. Pas lâagent. Lui, il touche quand mĂȘme sa commission, 1,9 % du prix de vente, soit moins que la moitiĂ© du tarif moyen dans le secteur (4,5 % Ă 6 % en gĂ©nĂ©ral). Le reste ? Ă charge pour le vendeur, qui doit aussi sâoccuper des visites. Câest ça, le deal.
Pourquoi un agent immobilier se décharge sur ses clients ?
La rĂ©ponse est simple : parce quâil peut. Marseille, câest un marchĂ© tendu. Les prix montent (mĂȘme si moins vite quâĂ Paris), les acheteurs sont pressĂ©s, et les propriĂ©taires, eux, ont peur de rater le coche. RĂ©sultat : ils acceptent nâimporte quoi pour vendre vite. Jocelyn Tuccio mise lĂ -dessus. Son argument ? « Je fais moins cher, donc vous gagnez. Et si vous voulez des visites clĂ©s en main, allez voir ailleurs. » Sauf que « ailleurs », ça coĂ»te deux fois plus cher. Et ça ne garantit pas mieux.
Le piĂšge des commissions low-cost
Les 1,9 %, câest un chiffre qui claque. Sur un bien Ă 500 000 âŹ, ça fait 9 500 ⏠dâĂ©conomisĂ©s. Assez pour se payer un bon avocat en cas de litige, ou un mois de loyer dans un quartier moins cher. Sauf queâŠ
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Les visites, câest du temps. Un propriĂ©taire qui doit organiser des crĂ©neaux, rĂ©pondre aux mails des acheteurs, gĂ©rer les annulations de derniĂšre minute, il passe son week-end Ă faire le travail de lâagent. Et si le bien ne se vend pas ? Il a perdu son temps et sa marge de nĂ©gociation. Les acheteurs, eux, savent quâil est dĂ©sespĂ©rĂ©. Ils en profitent.
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La qualitĂ© des acheteurs baisse. Quand un agent fait les visites, il filtre. Il repĂšre les sĂ©rieux, il Ă©carte les rĂȘveurs. Lui, il nâa pas ce filtre. RĂ©sultat : des dossiers bancaires douteux, des promesses dâachat qui tombent Ă lâeau, des acheteurs qui reviennent trois fois sans jamais signer. « On me dit souvent : âMais vous, vous ne voyez pas les gens ?â Si, je les vois. Sauf que je ne les trie pas. » Admet un propriĂ©taire qui a essayĂ©. « Du coup, jâai eu deux fois plus de monde, mais zĂ©ro vente sĂ©rieuse. »
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Le marchĂ© marseillais nâest pas comme les autres. Ă Paris, un propriĂ©taire qui fait ses visites tout seul, ça se voit. Les acheteurs se disent : « Celui-lĂ , il est Ă la ramasse. » Ă Marseille, non. Ici, les prix sont encore accessibles pour certains, et la pression est moins forte. Les gens croient dur comme fer que « ça va marcher ». Spoiler : ça marche rarement.
Le business model qui fait grincer des dents
Jocelyn Tuccio nâest pas le seul Ă jouer cette carte. Dâautres agences low-cost Ă Marseille ou Ă Lyon font pareil : commissions rĂ©duites, mais services minimaux. Le problĂšme, câest que ce modĂšle repose sur un mensonge de base : « Vous Ă©conomisez sur la commission, mais vous payez en temps et en stress. »
Prenez lâexemple de Sophie, 52 ans, qui a vendu son appartement rue Saint-SĂ©bastien en 2023. Elle a mis 8 mois Ă trouver un acheteur. Huit mois Ă rĂ©pondre aux mails, Ă annuler des visites, Ă se justifier auprĂšs dâacheteurs qui lui demandaient des rĂ©ductions de prix « parce que lâagent ne fait rien pour vous ». RĂ©sultat ? Elle a vendu 12 % moins cher que le prix initial. « Jâaurais dĂ» prendre un agent normal dĂšs le dĂ©but. LĂ , jâai perdu deux fois plus : une fois sur la commission, une fois sur le prix. »
Ce que les régulateurs ne disent pas
La Chambre des Notaires de Marseille ne commente pas. Les syndicats dâagents immobiliers non plus. « Câest un choix commercial, ça ne nous regarde pas », lĂąche un responsable sous couvert dâanonymat. Pourtant, ce modĂšle pose un vrai problĂšme : qui contrĂŽle la qualitĂ© du service ? Quand un agent ne fait plus les visites, qui vĂ©rifie quâil respecte ses obligations ? Qui sanctionne sâil ment sur lâĂ©tat du bien ou sâil cache des vices cachĂ©s ?
La rĂ©ponse : presque personne. Parce quâĂ Marseille, comme ailleurs, le marchĂ© immobilier fonctionne encore sur la confiance. Et la confiance, ça se brise vite quand on rĂ©alise que son agent vous a refilĂ© son propre fardeau.
Pour qui ça peut marcher ?
Il y a deux cas oĂč cette mĂ©thode peut (peut) fonctionner :
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Si vous ĂȘtes un vendeur ultra-organisĂ©. Vous avez du temps, vous aimez gĂ©rer, et vous savez repĂ©rer un acheteur sĂ©rieux. Dans ce cas, les 1,9 % peuvent valoir le coup. Mais attention : vous devez aussi ĂȘtre prĂȘt Ă nĂ©gocier comme un pro, parce que les acheteurs sentent votre vulnĂ©rabilitĂ©.
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Si vous vendez dans un marchĂ© porteur. Ă Marseille, certains quartiers (comme le Panier ou les Goudes) attirent encore des acheteurs pressĂ©s. Dans ces zones, la demande peut compenser le manque de professionnalisme. Mais câest un pari.
Le vrai coĂ»t de lâĂ©conomie de 2 %
Le pire ? Ce nâest pas seulement le temps perdu. Câest lâeffet dâaubaine que ça crĂ©e. Quand un propriĂ©taire voit quâil peut Ă©conomiser 10 000 ⏠en faisant lui-mĂȘme les visites, il se dit : « Pourquoi payer plus ? » Sauf que le jour oĂč il rĂ©alisera quâil a perdu 20 000 ⏠à cause dâun acheteur fantaisiste ou dâun dossier bancaire qui tombe Ă lâeau, il sera trop tard.
Ă Marseille, oĂč les prix restent (pour lâinstant) abordables, cette stratĂ©gie fonctionne encore. Mais ça ne durera pas. Parce quâun jour, les acheteurs se lasseront. Et les propriĂ©taires, eux, comprendront quâils ont payĂ© deux fois : une fois pour lâagent, une fois pour leur propre nĂ©gligence.
La leçon de Marseille
Jocelyn Tuccio a trouvĂ© le moyen de rĂ©duire ses coĂ»ts en externalisant le sale boulot. Mais attention : ce nâest pas une innovation, câest une arnaque habillĂ©e en promotion. Le marchĂ© immobilier nâest pas un supermarchĂ© oĂč on choisit le moins cher. Câest un jeu oĂč la confiance, la transparence et le professionnalisme font la diffĂ©rence. Ă Marseille, certains lâont compris. Dâautres, non. Et ils vont le payer.
La prochaine fois que vous recevez un mail pour une visite, demandez-vous une chose : « Qui va vraiment sâoccuper de moi ? » Parce que dans lâimmobilier, comme ailleurs, le moins cher finit toujours par coĂ»ter plus cher.