Jocelyn Tuccio impose aux propriétaires de faire les visites à Marseille

À Marseille, un agent immobilier rĂ©duit ses commissions Ă  1,9 % en externalisant les visites sur les vendeurs. Une stratĂ©gie qui divise, et qui rĂ©vĂšle les failles d’un marchĂ© immobilier en crise. Pour qui ça marche ? Pour qui c’est une arnaque ?

Publié le 17 octobre 2026 à 14:07
Jocelyn Tuccio impose aux propriétaires de faire les visites à Marseille

Le mail arrive un jeudi aprĂšs-midi. Objet : Visite ce samedi 14h, prĂ©voir 1h30. SignĂ© : Jocelyn Tuccio, agent immobilier Ă  Marseille. Pas de son nom sur l’affiche, pas de logo, juste une adresse et un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. Le propriĂ©taire, lui, doit tout gĂ©rer : les horaires, les annulations, les questions des acheteurs. Et s’il se plante, c’est lui qui perd du temps. Pas l’agent. Lui, il touche quand mĂȘme sa commission, 1,9 % du prix de vente, soit moins que la moitiĂ© du tarif moyen dans le secteur (4,5 % Ă  6 % en gĂ©nĂ©ral). Le reste ? À charge pour le vendeur, qui doit aussi s’occuper des visites. C’est ça, le deal.

Pourquoi un agent immobilier se décharge sur ses clients ?

La rĂ©ponse est simple : parce qu’il peut. Marseille, c’est un marchĂ© tendu. Les prix montent (mĂȘme si moins vite qu’à Paris), les acheteurs sont pressĂ©s, et les propriĂ©taires, eux, ont peur de rater le coche. RĂ©sultat : ils acceptent n’importe quoi pour vendre vite. Jocelyn Tuccio mise lĂ -dessus. Son argument ? « Je fais moins cher, donc vous gagnez. Et si vous voulez des visites clĂ©s en main, allez voir ailleurs. » Sauf que « ailleurs », ça coĂ»te deux fois plus cher. Et ça ne garantit pas mieux.

Le piĂšge des commissions low-cost

Les 1,9 %, c’est un chiffre qui claque. Sur un bien Ă  500 000 €, ça fait 9 500 € d’économisĂ©s. Assez pour se payer un bon avocat en cas de litige, ou un mois de loyer dans un quartier moins cher. Sauf que


  1. Les visites, c’est du temps. Un propriĂ©taire qui doit organiser des crĂ©neaux, rĂ©pondre aux mails des acheteurs, gĂ©rer les annulations de derniĂšre minute, il passe son week-end Ă  faire le travail de l’agent. Et si le bien ne se vend pas ? Il a perdu son temps et sa marge de nĂ©gociation. Les acheteurs, eux, savent qu’il est dĂ©sespĂ©rĂ©. Ils en profitent.

  2. La qualitĂ© des acheteurs baisse. Quand un agent fait les visites, il filtre. Il repĂšre les sĂ©rieux, il Ă©carte les rĂȘveurs. Lui, il n’a pas ce filtre. RĂ©sultat : des dossiers bancaires douteux, des promesses d’achat qui tombent Ă  l’eau, des acheteurs qui reviennent trois fois sans jamais signer. « On me dit souvent : ‘Mais vous, vous ne voyez pas les gens ?’ Si, je les vois. Sauf que je ne les trie pas. » Admet un propriĂ©taire qui a essayĂ©. « Du coup, j’ai eu deux fois plus de monde, mais zĂ©ro vente sĂ©rieuse. »

  3. Le marchĂ© marseillais n’est pas comme les autres. À Paris, un propriĂ©taire qui fait ses visites tout seul, ça se voit. Les acheteurs se disent : « Celui-lĂ , il est Ă  la ramasse. » À Marseille, non. Ici, les prix sont encore accessibles pour certains, et la pression est moins forte. Les gens croient dur comme fer que « ça va marcher ». Spoiler : ça marche rarement.

Le business model qui fait grincer des dents

Jocelyn Tuccio n’est pas le seul Ă  jouer cette carte. D’autres agences low-cost Ă  Marseille ou Ă  Lyon font pareil : commissions rĂ©duites, mais services minimaux. Le problĂšme, c’est que ce modĂšle repose sur un mensonge de base : « Vous Ă©conomisez sur la commission, mais vous payez en temps et en stress. »

Prenez l’exemple de Sophie, 52 ans, qui a vendu son appartement rue Saint-SĂ©bastien en 2023. Elle a mis 8 mois Ă  trouver un acheteur. Huit mois Ă  rĂ©pondre aux mails, Ă  annuler des visites, Ă  se justifier auprĂšs d’acheteurs qui lui demandaient des rĂ©ductions de prix « parce que l’agent ne fait rien pour vous ». RĂ©sultat ? Elle a vendu 12 % moins cher que le prix initial. « J’aurais dĂ» prendre un agent normal dĂšs le dĂ©but. LĂ , j’ai perdu deux fois plus : une fois sur la commission, une fois sur le prix. »

Ce que les régulateurs ne disent pas

La Chambre des Notaires de Marseille ne commente pas. Les syndicats d’agents immobiliers non plus. « C’est un choix commercial, ça ne nous regarde pas », lĂąche un responsable sous couvert d’anonymat. Pourtant, ce modĂšle pose un vrai problĂšme : qui contrĂŽle la qualitĂ© du service ? Quand un agent ne fait plus les visites, qui vĂ©rifie qu’il respecte ses obligations ? Qui sanctionne s’il ment sur l’état du bien ou s’il cache des vices cachĂ©s ?

La rĂ©ponse : presque personne. Parce qu’à Marseille, comme ailleurs, le marchĂ© immobilier fonctionne encore sur la confiance. Et la confiance, ça se brise vite quand on rĂ©alise que son agent vous a refilĂ© son propre fardeau.

Pour qui ça peut marcher ?

Il y a deux cas oĂč cette mĂ©thode peut (peut) fonctionner :

  • Si vous ĂȘtes un vendeur ultra-organisĂ©. Vous avez du temps, vous aimez gĂ©rer, et vous savez repĂ©rer un acheteur sĂ©rieux. Dans ce cas, les 1,9 % peuvent valoir le coup. Mais attention : vous devez aussi ĂȘtre prĂȘt Ă  nĂ©gocier comme un pro, parce que les acheteurs sentent votre vulnĂ©rabilitĂ©.

  • Si vous vendez dans un marchĂ© porteur. À Marseille, certains quartiers (comme le Panier ou les Goudes) attirent encore des acheteurs pressĂ©s. Dans ces zones, la demande peut compenser le manque de professionnalisme. Mais c’est un pari.

Le vrai coĂ»t de l’économie de 2 %

Le pire ? Ce n’est pas seulement le temps perdu. C’est l’effet d’aubaine que ça crĂ©e. Quand un propriĂ©taire voit qu’il peut Ă©conomiser 10 000 € en faisant lui-mĂȘme les visites, il se dit : « Pourquoi payer plus ? » Sauf que le jour oĂč il rĂ©alisera qu’il a perdu 20 000 € Ă  cause d’un acheteur fantaisiste ou d’un dossier bancaire qui tombe Ă  l’eau, il sera trop tard.

À Marseille, oĂč les prix restent (pour l’instant) abordables, cette stratĂ©gie fonctionne encore. Mais ça ne durera pas. Parce qu’un jour, les acheteurs se lasseront. Et les propriĂ©taires, eux, comprendront qu’ils ont payĂ© deux fois : une fois pour l’agent, une fois pour leur propre nĂ©gligence.

La leçon de Marseille

Jocelyn Tuccio a trouvĂ© le moyen de rĂ©duire ses coĂ»ts en externalisant le sale boulot. Mais attention : ce n’est pas une innovation, c’est une arnaque habillĂ©e en promotion. Le marchĂ© immobilier n’est pas un supermarchĂ© oĂč on choisit le moins cher. C’est un jeu oĂč la confiance, la transparence et le professionnalisme font la diffĂ©rence. À Marseille, certains l’ont compris. D’autres, non. Et ils vont le payer.

La prochaine fois que vous recevez un mail pour une visite, demandez-vous une chose : « Qui va vraiment s’occuper de moi ? » Parce que dans l’immobilier, comme ailleurs, le moins cher finit toujours par coĂ»ter plus cher.

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R Galaxie Rédaction

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