À Thanh Hoa, les enfants meurent encore parce qu’on attend trop

L’encéphalite ne s’efface pas avec la saison des moustiques. À l’hôpital pédiatrique de Thanh Hoa, les urgences continuent de recevoir des cas graves, souvent trop tard. Pourquoi les symptômes banalisés tuent-ils encore ? Et comment éviter que vos enfants ne deviennent des statistiques.

Publié le 10 septembre 2026 à 18:12
À Thanh Hoa, les enfants meurent encore parce qu’on attend trop

Le chiffre que personne ne veut répéter à voix haute

En 2023, l’OMS estimait que 120 000 enfants développaient une encéphalite chaque année dans le monde. Parmi eux, 20 % mouraient. Les 80 % restants gardaient des séquelles, paralysies, troubles cognitifs, épilepsie. À Thanh Hoa, au Vietnam, les chiffres ne sont pas publiés comme ça. Mais les médecins savent. Ils voient les parents arriver en urgence, le visage défait, avec un enfant fiévreux depuis deux jours. « On a cru que c’était une grippe. » « On a donné du paracétamol. » « Le médecin de famille a dit que c’était juste une gastro. »

Pourtant, l’encéphalite ne prend pas trois jours à se déclarer. Elle frappe en 24 à 48 heures. Le temps d’un week-end. D’un voyage en province. D’une nuit où personne ne surveille assez près.

À l’hôpital pédiatrique de Thanh Hoa, le Dr Nguyen Van Minh, chef du service des maladies infectieuses, le résume sans détour : « On voit trop de cas qui auraient pu être évités. Le problème n’est pas la maladie. C’est l’attente. »

Les symptômes qui trompent tout le monde

Voilà le piège. Les premiers signes ? Fièvre. Maux de tête. Nausées. Parfois, des vomissements. Rien qui cloche, en apparence. Sauf que ces symptômes, l’encéphalite les partage avec la dengue, la méningite bactérienne, même une simple gastro-entérite. Et dans un pays comme le Vietnam, où les ressources en imagerie médicale sont limitées, où les tests de PCR mettent 48 heures, où les médecins de village n’ont pas toujours les bons protocoles…

Le Dr Minh montre une radiographie d’un enfant de 7 ans. « Regardez. » Le scanner révèle un œdème cérébral avancé. « On l’a vu trois jours après le début des symptômes. Trop tard pour sauver la mémoire. » L’enfant gardera des séquelles graves. Peut-être une épilepsie. Peut-être une incapacité à marcher normalement.

Pourtant, les complications ne sont pas une fatalité. Une IRM précoce, un traitement par immunoglobulines dans les 72 premières heures, des antiviraux adaptés, tout ça change la donne. Mais pour ça, il faut reconnaître la maladie avant qu’elle ne devienne une urgence vitale.

Pourquoi on attend toujours trop ?

  1. La méfiance envers les hôpitaux. À la campagne, les familles préfèrent souvent les remèdes traditionnels ou les cliniques privées moins chères. Résultat : quand l’enfant se met à délirer ou à avoir des convulsions, c’est trop tard pour une prise en charge légère.

  2. Le manque de formation des médecins de premier recours. Une étude de l’Université de médecine de Hanoi, publiée en 2022, révélait que 68 % des médecins ruraux ne savaient pas distinguer une encéphalite virale d’une méningite bactérienne aux premiers stades. « Ils voient des fièvres, ils prescrivent des antibiotiques. Parfois, c’est utile. Parfois, c’est une perte de temps critique. », explique le Dr Minh.

  3. Les tests qui prennent trop de temps. Au Vietnam, un test PCR pour le virus de l’encéphalite japonaise (le plus fréquent dans la région) met 48 heures. 48 heures où le cerveau de l’enfant peut gonfler, où les neurones peuvent mourir. « À ce rythme-là, on soigne les séquelles, pas la maladie. »

  4. La peur des coûts. Une IRM coûte environ 150 euros dans le secteur public. Dans le privé, le prix peut doubler. Pour une famille paysanne, c’est un budget. « On préfère attendre et voir. » Sauf que « voir » peut signifier une paralysie partielle.

Ce que les parents peuvent faire, tout de suite

  • Fièvre + maux de tête + vomissements ? Pas de temps à perdre. Allez directement à l’hôpital, même si le médecin de famille a dit que c’était une grippe. À Thanh Hoa, le protocole est simple : « Si l’enfant a plus de 38,5°C et qu’il refuse de boire ou qu’il a des raideurs dans la nuque, on fait une ponction lombaire sur-le-champ. Pas d’attente. »

  • Évitez les automédications. Le paracétamol, oui. Mais pas d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, aspirine) sans avis médical. « Ces médicaments peuvent masquer les symptômes et aggraver l’infection. », prévient le Dr Minh.

  • Connaissez les signes d’alerte. Si l’enfant se met à délirer, a des convulsions, ou entre dans un état de torpeur, c’est une urgence absolue. Pas de « on verra demain ».

  • Exigez un scanner ou une IRM si les symptômes persistent plus de 24 heures. À Thanh Hoa, ils l’ont compris : « Les parents qui insistent obtiennent des réponses. Ceux qui attendent, perdent du temps. »

Le vrai problème : on ne parle pas assez de ça

Pourquoi les campagnes de prévention sont-elles si rares ? Pourquoi les médias vietnamiens ne couvrent-ils pas ces cas comme ils le feraient pour une épidémie de grippe ?

Parce que l’encéphalite, ce n’est pas une maladie spectaculaire. Pas de morts en masse. Pas d’épidémie visible. Juste des enfants qui, un à un, perdent des capacités. Des familles qui, un à un, se retrouvent avec des factures médicales et des handicaps à gérer.

Le Dr Minh secoue la tête : « On parle du cancer. On parle du VIH. Mais pour l’encéphalite ? Rien. Pourtant, dans cette province, on en voit tous les mois. »

Et puis, il y a cette idée reçue : « Ça, c’est une maladie des zones rurales. À Hanoi, on n’en a pas. » Faux. Les moustiques porteurs du virus (comme Culex tritaeniorhynchus) pullulent aussi en ville. La différence ? À la campagne, les gens connaissent les risques. À la ville, ils croient que ça ne les concerne pas.

La solution existe, mais elle passe par vous

À l’hôpital de Thanh Hoa, ils ont mis en place un protocole d’urgence : dès qu’un enfant arrive avec des symptômes évocateurs, l’équipe fait une ponction lombaire et un scanner dans l’heure. Résultat ? 30 % de réduction des séquelles graves depuis 2021. Pas miracle. Juste du bon sens appliqué.

Mais pour que ça marche ailleurs, il faut deux choses :

  1. Que les parents arrêtent d’attendre. « Trois jours. Trois jours de retard, et c’est souvent trop tard. » (Dr Minh)

  2. Que les autorités arrêtent de traiter ça comme une maladie mineure. Pas de campagne nationale ? Pas de formation renforcée des médecins ? C’est une négligence.

Ce que vous devez retenir, vraiment

L’encéphalite ne disparaît pas avec la saison des pluies. Elle est là, toute l’année. Et elle tue en silence.

Si votre enfant a de la fièvre et des maux de tête et des vomissements, allez à l’hôpital sans hésiter. Pas demain. Pas après le déjeuner. Tout de suite.

Parce que le vrai scandale, ce n’est pas la maladie. C’est qu’on laisse encore trop de gens mourir par ignorance.

Et ça, c’est inacceptable.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie