Elle n’avait jamais enfilé une paire de baskets pour autre chose que le métro. Pourtant, Alexandrine Mottet a décidé de marcher 300 km. Pas pour le plaisir. Pas pour la performance. Pour parler. Des cancers gynécologiques, ceux qu’on évoque à voix basse, quand on les évoque tout court.
300 km, c’est long. C’est surtout une sacrée distance quand on n’a pas l’habitude de marcher plus de dix minutes d’affilée. Mais Alexandrine, elle, assume. Elle assume de ne pas être une athlète. Elle assume de ne pas avoir de réponse toute faite. Elle assume, surtout, de poser des questions qui dérangent. Parce que les cancers gynécologiques, voyez-vous, c’est un peu le parent pauvre de la prévention. On en parle moins que du cancer du sein. On en parle moins que du cancer de la prostate. Comme si, quelque part, ces organes-là méritaient moins d’attention.
Le chiffre qui claque : 1 femme sur 20
1 femme sur 20. C’est la probabilité de développer un cancer gynécologique au cours de sa vie. Un chiffre qui vient de l’Institut National du Cancer. 1 sur 20, ça paraît peu. Sauf que quand on creuse, on se rend compte que ces cancers-là tuent. Beaucoup. Le cancer de l’ovaire, par exemple, c’est 3 500 décès par an en France. 3 500. Presque autant que le cancer du col de l’utérus, qui, lui, bénéficie d’un dépistage organisé. Alors oui, il y a des progrès. Oui, il y a des traitements. Mais non, ça ne suffit pas. Parce que quand on regarde les chiffres de près, on voit que le taux de survie à cinq ans pour un cancer de l’ovaire, c’est 45%. 45%. Pas brillant.
Pourtant, on pourrait faire mieux. Beaucoup mieux. Si on dépistait plus tôt. Si on parlait plus. Si on arrêtait de considérer que ces cancers-là, c’est tabou. Alexandrine, elle, a décidé de prendre le problème à bras-le-corps. Littéralement. En marchant. En discutant. En forçant les gens à écouter. Parce que le silence, voyez-vous, c’est ce qui tue le plus.
Marcher pour forcer l’oreille
300 km, c’est une sacrée trotte. Surtout quand on n’a pas l’habitude. Mais Alexandrine, elle, a transformé cette marche en machine de guerre. À chaque étape, elle s’arrête. Elle discute. Elle écoute. Elle raconte son histoire, ou celle des autres. Parce que les cancers gynécologiques, c’est souvent une histoire de femmes qui se taisent. Qui ont honte. Qui ont peur. Qui ne savent même pas que ça existe.
Et puis, il y a les hommes. Ceux qui détournent les yeux quand on parle d’utérus. Ceux qui rigolent quand on évoque les règles. Ceux qui ne veulent pas entendre parler de frottis. Parce que, voyez-vous, ces cancers-là, ils touchent des organes qu’on préfère ignorer. Des organes qu’on associe à la sexualité, à la féminité, à tout ce qu’on a du mal à aborder en société. Alors Alexandrine marche. Pour que les gens comprennent que non, ce n’est pas sale. Non, ce n’est pas honteux. Non, ce n’est pas un sujet de blague.
Ce que les médecins ne vous disent pas
Les médecins, ils font ce qu’ils peuvent. Vraiment. Mais ils sont pris dans un système qui ne facilite pas les choses. D’abord, il y a le manque de moyens. Les centres de dépistage sont saturés. Les délais pour un frottis, parfois, c’est des mois. Ensuite, il y a le manque d’information. Beaucoup de femmes ne savent même pas qu’il existe un dépistage pour le cancer du col de l’utérus. Beaucoup ignorent les symptômes des autres cancers gynécologiques. Et puis, il y a les préjugés. Ceux des médecins, parfois, qui minimisent les douleurs. Ceux des patientes, qui n’osent pas en parler.
Alexandrine, elle, a rencontré des femmes qui ont attendu des années avant de consulter. Des années. Parce qu’elles avaient mal, mais qu’on leur disait que c’était normal. Parce qu’elles saignaient, mais qu’on leur disait que c’était dans leur tête. Parce qu’elles sentaient une boule, mais qu’on leur disait de ne pas s’inquiéter. Alors oui, les médecins font ce qu’ils peuvent. Mais le système, lui, est en train de lâcher.
Pourquoi on en parle si peu ?
Parce que c’est gênant. Parce que ça touche à l’intime. Parce que, quelque part, on considère encore que ces organes-là, c’est secondaire. Le cancer du sein, on en parle. On en parle beaucoup. Trop, peut-être. Parce que le sein, c’est visible. C’est esthétique. C’est socialement acceptable. Mais l’utérus ? Les ovaires ? Le vagin ? Non. Ça, c’est tabou. Ça, c’est sale. Ça, c’est honteux.
Et puis, il y a l’argent. Les cancers gynécologiques, ils rapportent moins. Moins de recherches. Moins de financements. Moins de campagnes de prévention. Parce que, voyez-vous, quand on compare les budgets alloués aux différents cancers, on se rend compte que ceux qui touchent les femmes sont souvent les parents pauvres. Alors oui, il y a des associations. Oui, il y a des bénévoles. Mais non, ça ne suffit pas. Parce que sans argent, sans moyens, sans visibilité, on ne peut pas avancer.
Alexandrine, ou l’art de déranger
Alexandrine, elle, dérange. Parce qu’elle marche. Parce qu’elle parle. Parce qu’elle force les gens à écouter. Et ça, voyez-vous, ça ne plaît pas à tout le monde. Il y a ceux qui trouvent ça inutile. Ceux qui trouvent ça trop militant. Ceux qui préféreraient qu’elle se taise. Mais Alexandrine, elle, s’en fiche. Elle continue. Parce qu’elle sait que chaque kilomètre parcouru, chaque discussion engagée, chaque regard croisé, c’est une petite victoire.
Et puis, il y a les autres. Ceux qui la soutiennent. Ceux qui marchent avec elle. Ceux qui, grâce à elle, osent enfin en parler. Parce que oui, les cancers gynécologiques, c’est un sujet qui fait peur. Mais c’est aussi un sujet qui sauve des vies. Quand on en parle. Quand on dépiste. Quand on soigne.
Ce qui manque, au fond
Ce qui manque, c’est une vraie prise de conscience. Pas juste des campagnes de prévention une fois par an. Pas juste des slogans creux. Mais une vraie volonté politique. Des moyens. De la recherche. De l’information. Parce que les cancers gynécologiques, ils ne vont pas disparaître comme par magie. Ils vont continuer à tuer. À détruire des vies. À briser des familles. Tant qu’on ne fera rien.
Alexandrine, elle, a décidé de faire sa part. 300 km, c’est peu. C’est même dérisoire, face à l’ampleur du problème. Mais c’est un début. Un début qui montre que oui, on peut agir. Que oui, on peut changer les choses. Même quand on n’est pas sportif. Même quand on n’a pas de réponse toute faite. Même quand on marche seul.
Alors oui, 300 km, c’est long. Mais le chemin pour briser le silence, lui, est encore plus long. Et Alexandrine, elle, est bien décidée à le parcourir. Jusqu’au bout.