Un câble volé, une borne inutilisable pour des mois
Imaginez : vous arrivez en voiture électrique, vous branchez votre chargeur, et là , le câble a disparu. Pas de panique, vous pensez. Il doit y en avoir un autre. Sauf que non. La borne est vide. Comme un distributeur de billets en panne, sauf que là , c’est un vol. Un vol organisé, méthodique, et qui se généralise. À Québec, ça devient la norme.
45 % des vols de câbles de recharge dans la province ont été recensés dans la grande région de Québec cette année, selon les données compilées par Hydro-Québec et relayées à des municipalités comme Saint-Laurent. Un chiffre qui saute aux yeux, surtout quand on sait que ces vols ne sont pas des actes isolés. Ce sont des démontages : les voleurs coupent les câbles, parfois même les boîtiers électroniques, pour revendre le cuivre sur le marché noir. À 10 $ le kilo, le cuivre se vend bien. Et les câbles des bornes en sont pleins.
Pourtant, personne ne bronche vraiment. Pas les municipalités, pas les fournisseurs d’énergie, pas même les régulateurs. Pourquoi ? Parce que remplacer un câble, c’est rapide et peu coûteux. Une borne de recharge, c’est 1 500 $ à 3 000 $ l’unité. Un câble, c’est 200 $. Alors on attend. On attend que ça se calme. On attend que les voleurs se lassent.
Sauf que ça ne se calme pas.
Le marché noir a trouvé son nouveau filon
Le cuivre, c’est l’or des récupérateurs. Et les câbles des bornes de recharge, c’est du cuivre facile à voler. Pas besoin de casse, pas besoin de forcer les serrures. Un tournevis, un peu de patience, et hop : le câble est à vous. Sauf qu’aujourd’hui, les voleurs ne se contentent plus des bornes en bordure de route. Ils ciblent les parkings des centres commerciaux, les stations-service, même les bornes résidentielles. À Gatineau, un promoteur immobilier a dû fermer 12 bornes en deux mois après des vols répétés. À Montréal, c’est une borne sur cinq qui est touchée dans certains quartiers.
Et le pire ? Les bornes volées ne sont pas toujours signalées. Pourquoi ? Parce que beaucoup de propriétaires ignorent même qu’elles existent. Une borne, c’est un investissement, mais c’est aussi un fardeau : entretien, maintenance, et maintenant, vols. Alors on fait semblant de ne pas voir.
Pourtant, le problème, c’est que ces vols ralentissent la transition électrique. Une borne inutilisable, c’est une voiture qui ne charge pas. Une voiture qui ne charge pas, c’est un propriétaire qui râle, qui menace de déménager, ou pire : qui abandonne l’électrique. Et ça, personne ne le calcule.
Québec tourne la tête
Hydro-Québec, c’est le géant. Celui qui gère le réseau, qui installe les bornes, qui devrait protéger l’infrastructure. Sauf qu’Hydro-Québec, ça ne les intéresse pas vraiment. Officiellement, ils disent surveiller le problème. Officieusement, ils savent que c’est un mal nécessaire. Parce que remplacer un câble, c’est simple. Et parce que les budgets sont serrés ailleurs.
Prenez l’exemple de la Ville de Québec. En 2023, 18 bornes ont été vandalisées ou vidées de leurs câbles. La réponse de la ville ? Installer des caméras supplémentaires dans certains parkings. Une solution partielle, coûteuse, et qui ne résout pas le fond du problème : le cuivre reste une cible trop lucrative.
Et puis il y a les municipalités qui ferment les yeux. À Longueuil, par exemple, les vols se multiplient dans le secteur de la Pointe-aux-Trembles. Pourtant, aucune campagne de sensibilisation, aucun renforcement des sanctions. Pourquoi ? Parce que les voleurs, souvent, ne sont pas des inconnus. Ce sont des habitants du quartier. Des voisins. Des gens que la ville ne veut pas embêter.
Bref, on préfère laisser faire plutôt que de s’attaquer à un problème qui dérange.
Le vrai coût : celui qu’on ne voit pas
Les chiffres officiels, c’est joli. 45 % des vols en grande région de Québec. Mais en réalité, personne ne sait vraiment combien de bornes sont touchées. Parce que beaucoup de propriétaires ne déclarent pas les vols. Parce que certaines municipalités ne comptent pas. Parce qu’Hydro-Québec ne publie pas de données précises.
Ce qu’on sait, c’est que le coût indirect est bien plus élevé que le coût direct. Une borne inutilisable pendant trois mois, c’est :
- Un client mécontent qui menace de partir.
- Une image dégradée pour la ville ou le promoteur.
- Un frein à l’adoption de la voiture électrique, alors que le Québec mise tout sur cette transition.
Et puis il y a l’aspect sécurité. Un câble volé, c’est une borne qui peut être détournée. Des cas ont été signalés où des voleurs ont branché des appareils électriques non autorisés sur les bornes pour voler de l’électricité. Résultat ? Des risques d’incendie, des coupures de courant, et des factures salées pour les propriétaires.
Pourtant, aucune loi spécifique ne cible ces vols. Le Code criminel du Canada traite du vandalisme, mais pas du vol de câbles spécifiquement. Alors les voleurs savent qu’ils peuvent agir en toute impunité, tant qu’ils évitent les caméras.
Et maintenant ?
Alors, que faire ?
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Arrêter de faire semblant que ça va se régler tout seul. Les câbles vont continuer à être volés tant qu’il y aura du cuivre à prendre. Et tant qu’il n’y aura pas de sanctions dissuasives.
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Investir dans des solutions concrètes : bornes avec verrous anti-vol, câbles encastrés ou blindés, surveillance automatisée (pas juste des caméras, mais des systèmes qui alertent en temps réel).
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Cesser de traiter les voleurs comme des petits malins inoffensifs. À Montréal, un homme a été condamné à 90 jours de prison pour avoir volé des câbles dans trois bornes différentes. Ça reste rare. La plupart du temps, les voleurs écopent d’une amende symbolique ou d’un travail d’intérêt général. Résultat ? Ils recommencent.
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Faire pression sur les régulateurs. Pourquoi le Québec n’a-t-il pas une loi spécifique contre le vol de câbles de bornes ? Parce que ça prend du temps, des débats, des compromis. Pendant ce temps, les voleurs continuent.
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Arrêter de sous-estimer l’impact. Ces vols, ce n’est pas qu’un problème technique. C’est un symptôme : celui d’une société qui laisser-faire plutôt que d’agir. Et ça, ça pose question.
Le pire, c’est que ça pourrait empirer
Le Québec mise gros sur l’électrique. D’ici 2030, on vise 1,5 million de voitures électriques sur les routes. Sauf que si les bornes continuent à être vandalisées, les conducteurs vont se lasser. Et quand un conducteur se lasse, il retourne au diesel. Ou il va charger chez lui. Ou il abandonne tout.
Pour l’instant, personne ne semble s’en soucier. Parce que c’est moins médiatisé qu’un braquage. Parce que c’est moins violent qu’un cambriolage. Parce que, au fond, on préfère regarder ailleurs.
Sauf que le problème, lui, ne disparaîtra pas tout seul.
Et quand il explosera, ce ne sera pas les voleurs qu’on blâmera. Ce sera ceux qui ont laissé faire.