Le Vietnam allège les impôts pour relancer les petites entreprises
R Galaxie Rédaction · 3 novembre 2026 à 20:09 · 4 min de lecture
Les allègements fiscaux ciblent les petites entreprises et commerçants, mais leur efficacité dépendra des réformes structurelles à venir. Les experts divergent sur la capacité de ces mesures à stimuler l’innovation et la compétitivité à long terme.
Un contexte fiscal déjà marqué par des réformes internationales
Ce cadre, négocié sous l’égide de l’OCDE, vise à limiter l’optimisation fiscale des grands groupes. Cette réalité crée un déséquilibre : les petites entreprises et les commerçants, majoritaires dans l’économie nationale, subissent une pression fiscale relative plus forte, sans bénéficier des avantages liés aux investissements étrangers ou aux chaînes de valeur globales.
Parallèlement, le gouvernement vietnamien a renforcé ces derniers mois son soutien aux PME, via des exonérations partielles ou des reports de paiement. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de relance post-pandémie, où la trésorerie des ménages et des micro-entreprises a été mise à mal par les confinements et la chute de la consommation. Le défi reste de concilier ces soutiens ponctuels avec les obligations internationales, sans étouffer la compétitivité des acteurs locaux.
Qui décide, qui paie, qui en profite ?
Les allègements fiscaux annoncés relèvent principalement de deux leviers :
- Les commerçants individuels bénéficient quant à eux d’un abattement sur le revenu imposable, sous conditions de déclaration.
Les bénéficiaires directs sont donc les petites entreprises et les commerçants, dont la trésorerie s’améliore mécaniquement. Selon lecourrier.vn, cette injection de liquidités permet déjà à certains secteurs, comme l’artisanat ou la restauration, de reconstituer leurs stocks ou d’embaucher des saisonniers. Cependant, les gains restent inégaux : les micro-entreprises sans comptabilité formalisée, souvent informelles, en sont exclues par définition.
Le coût pour l’État est difficile à chiffrer précisément, faute de données consolidées. Ces sommes sont compensées en partie par le renforcement du contrôle sur les grandes entreprises et les flux financiers transfrontaliers, mais le solde reste un arbitrage entre court terme et investissements futurs.
Un mécanisme qui soulage, mais ne transforme pas
Les allègements actuels agissent comme un stimulant conjoncturel, sans modifier les règles du jeu structurel. Trois limites majeures émergent :
- L’absence de contrepartie en innovation : Les exonérations fiscales ciblent la survie des entreprises, pas leur modernisation. Or, la compétitivité du Vietnam sur les marchés régionaux dépend de plus en plus de sa capacité à intégrer des technologies numériques ou des chaînes logistiques durables. Sans accompagnement spécifique (crédits d’impôt recherche, formations ciblées), le risque est une croissance molle, centrée sur le bas de gamme.
- La persistance des charges administratives : Même allégées, les démarches fiscales au Vietnam restent complexes pour les petites structures. Les délais de traitement des dossiers, variables selon les provinces, découragent les investissements.
- L’effet d’aubaine limité : Une partie des entreprises bénéficiaires n’investira pas ses gains supplémentaires, mais les redistribuera sous forme de salaires ou de dividendes. Les ménages commerçants, souvent en famille, réinvestiront une fraction dans leur activité, mais les marges de manœuvre restent étroites sans accès au crédit.
Les experts divisés sur la suite à donner
Deux visions s’affrontent quant à l’orientation des prochaines politiques publiques.
Les partisans d’un soutien prolongé estiment que les allègements doivent être maintenus, voire étendus, jusqu’à ce que le tissu productif local se soit suffisamment densifié. Ils s’appuient sur l’exemple de la Corée du Sud dans les années 1980, où des mesures similaires ont permis aux PME de devenir des sous-traitants clés pour les champions nationaux (Samsung, Hyundai). Pour eux, l’enjeu n’est pas seulement fiscal, mais éducatif : former les entrepreneurs à la gestion financière et à la conformité réglementaire doit accompagner les exonérations.
Les tenants d’une réforme structurelle rejettent en revanche l’idée d’un soutien permanent. Ils soulignent que les pays asiatiques ayant connu une croissance durable (Taïwan, Thaïlande) ont combiné allègements ciblés avec des investissements massifs dans les infrastructures et l’enseignement supérieur. Au Vietnam, le décalage entre les coûts de production locaux et les standards internationaux (normes environnementales, salaires) pèse sur l’attractivité. Pour eux, les ressources publiques devraient être recentrées sur l’amélioration du cadre juridique (simplification des procédures, lutte contre la corruption) et l’accès au capital risque pour les start-up.
Un accord paradoxal : la fiscalité n’est pas le seul levier
Malgré leurs divergences, les économistes s’accordent sur un point : les allègements fiscaux actuels ne suffiront pas à eux seuls à faire du Vietnam un hub industriel compétitif. La vraie question n’est pas de savoir si ces mesures sont justes ou efficaces, mais bien comment les articuler avec une stratégie industrielle claire.
Le gouvernement doit arbitrer entre deux priorités : soit il mise sur une croissance extensive, en soutenant massivement les petites structures existantes, au risque de reproduire les déséquilibres actuels. Soit il parie sur une transformation qualitative, en sélectionnant des secteurs porteurs (énergies renouvelables, agroalimentaire haut de gamme) et en acceptant de laisser certaines entreprises disparaître. Les prochains mois seront décisifs pour trancher.
Dans l’immédiat, les commerçants et petites entreprises vietnamiennes respirent. Mais leur développement dépendra moins des réductions d’impôts que de leur capacité à s’adapter à un environnement en mutation.