SantéLa HAS évalue une extension des vaccins du voyageur aux officines
R Galaxie Rédaction · 7 novembre 2026 à 10:07 · 4 min de lecture
La ministre de la Santé a saisi la Haute Autorité de santé pour examiner l’élargissement des vaccinations réalisables en pharmacie, incluant celles liées aux déplacements internationaux. Une réforme qui pourrait simplifier l’accès aux soins pour les voyageurs, mais soulève des questions sur la formation et le financement.
La décision en cours d’étude par la HAS
Cette saisine, annoncée par une lettre de cadrage adressée aux syndicats professionnels, intervient alors que les vaccinations du voyageur restent aujourd’hui principalement réalisées par les médecins généralistes ou les centres de vaccination spécialisés.
Cependant, l’extension aux vaccins du voyageur, comme ceux contre la fièvre jaune, l’encéphalite japonaise ou la typhoïde, pose des questions spécifiques, tant sur le plan technique qu’économique.
Qui sera concerné par cette mesure ?
Pour les voyageurs
Les voyageurs internationaux, qu’ils soient des particuliers en partance pour des destinations exotiques ou des professionnels fréquents (humanitaires, expatriés, travailleurs humanitaires), pourraient bénéficier d’un gain de temps et de commodité. Aujourd’hui, obtenir un vaccin du voyageur nécessite souvent un rendez-vous avec un médecin, avec des délais variables selon les régions. Si les officines étaient habilitées à les administrer, l’accès serait potentiellement plus rapide et moins contraignant, notamment pour les vaccins à dose unique comme celui contre la fièvre jaune.
Cependant, cette simplification pourrait aussi entraîner une hausse des coûts pour les assurés. Les vaccins du voyageur ne sont pas systématiquement remboursés par l’Assurance maladie, sauf dans certains cas précis (comme les vaccins obligatoires pour l’entrée sur un territoire). Les patients devraient donc souvent avancer les frais, puis demander un remboursement partiel à leur mutuelle, selon les contrats souscrits. Une consultation en pharmacie, bien que moins chère qu’un passage chez un médecin, pourrait ainsi alourdir légèrement leur reste à charge.
Pour les professionnels de santé
Les pharmaciens, infirmiers et sages-femmes concernés devront suivre une formation complémentaire pour maîtriser les spécificités des vaccins du voyageur, notamment les contre-indications, les schémas vaccinaux adaptés aux différents pays et les précautions à prendre. Cette formation, dont le contenu et la durée ne sont pas encore précisés, pourrait représenter un investissement en temps et en ressources pour les professionnels.
Par ailleurs, l’intégration de ces nouvelles compétences dans leur activité quotidienne soulève des questions organisationnelles. Les officines, déjà sollicitées pour des missions variées (dispense de médicaments, conseils santé, vaccinations courantes), devront-elles consacrer un espace dédié à ces vaccinations ? Le temps nécessaire pour réaliser ces actes pourrait aussi peser sur leur charge de travail, alors que certaines pharmacies sont déjà sous pression en raison de la désertification médicale dans certaines zones.
Pour les pouvoirs publics
En déléguant une partie de ces vaccinations aux officines, les pouvoirs publics pourraient aussi contribuer à une meilleure couverture vaccinale, notamment pour les populations moins sensibilisées aux risques sanitaires liés aux voyages.
Cependant, le coût de cette extension reste une variable incertaine. Si les vaccins eux-mêmes sont généralement achetés par les patients, leur administration en pharmacie pourrait générer des revenus supplémentaires pour les officines, mais aussi des coûts indirects (formation, matériel, gestion des stocks). Aucune estimation financière n’a été communiquée à ce stade.
Quels sont les précédents et les limites ?
L’idée d’élargir les compétences vaccinales des pharmaciens n’est pas nouvelle. Depuis 2016, ces professionnels peuvent administrer une vingtaine de vaccins, dont ceux contre la grippe saisonnière ou certains vaccins obligatoires pour les enfants.
Cependant, les vaccins du voyageur présentent des particularités qui les distinguent des vaccins courants. Leur prescription dépend souvent d’un bilan préalable (antécédents médicaux, destination, durée du séjour) et de recommandations spécifiques, parfois actualisées en fonction des alertes sanitaires internationales. Par exemple, les vaccins contre l’encéphalite japonaise ou la méningite ne sont pas recommandés pour tous les voyageurs se rendant dans des zones à risque, mais seulement pour ceux dont le séjour ou les activités (travail en laboratoire, randonnée prolongée) les exposent davantage.
Par ailleurs, certains vaccins du voyageur, comme celui contre la fièvre jaune, sont soumis à des règles strictes de conservation (température contrôlée) et de traçabilité, en raison de leur statut de vaccin obligatoire pour l’entrée dans certains pays. Leur administration en pharmacie nécessitera donc des protocoles rigoureux, comparables à ceux appliqués dans les centres de vaccination agréés.
Les questions qui divisent encore
Si le principe d’une extension des compétences vaccinales des pharmaciens est globalement soutenu par les acteurs de santé publique, son application aux vaccins du voyageur reste sujette à débat. Les syndicats de pharmaciens, bien que favorables à une meilleure reconnaissance de leur rôle, soulignent la nécessité d’une formation adaptée et d’un cadre réglementaire clair. Certains craignent aussi une surcharge de leur activité, déjà dense.
À l’inverse, une partie des médecins généralistes voit dans cette mesure une dilution de leurs prérogatives, alors qu’ils assurent déjà un rôle central dans le suivi médical des voyageurs. Ils rappellent que les vaccins du voyageur s’inscrivent souvent dans une stratégie de santé globale, incluant des conseils personnalisés (prophylaxie du paludisme, précautions alimentaires) qui dépassent le cadre d’une simple injection.
Enfin, la question du financement persiste. Si les officines pourraient être incitées à proposer ces vaccinations pour élargir leur offre de services, leur tarification devra être encadrée pour éviter une hausse excessive des coûts pour les patients, déjà confrontés à des dépenses imprévues en matière de santé.
La HAS dispose désormais de plusieurs semaines pour rendre son avis. Son rapport déterminera si cette extension est envisageable, sous quelles conditions et avec quels garde-fous. Une chose est sûre : cette réforme, si elle aboutit, marquera une étape supplémentaire dans la médicalisation des officines, tout en posant la question de l’équilibre entre accessibilité des soins et qualité de la prise en charge.
Photo : US Army Africa, CC BY 2.0, via Openverse.
Un premier cas de rage du raton laveur détecté chez une vache au Québec
Un étudiant français décédé en Asie après une infection à la dengue