100 000 personnes vulnérables risquent une double épidémie cet hiver

La campagne de vaccination contre la grippe et le COVID-19 démarre plus tôt que prévu au Bas-Saint-Laurent. Les personnes âgées, immunodéprimées ou atteintes de maladies chroniques sont invitées à se faire vacciner dès maintenant, mais les taux de couverture restent incertains. Les conséquences d’un hiver sans protection renforcée pourraient être lourdes pour les hôpitaux régionaux.

Publié le 24 octobre 2026 à 06:06
100 000 personnes vulnérables risquent une double épidémie cet hiver

Qui est concerné par l’appel à la vaccination précoce ?

Les personnes les plus exposées aux formes graves de grippe et de COVID-19 sont explicitement visées par cette campagne anticipée. Il s’agit principalement des résidents des établissements de soins de longue durée, des personnes âgées de 65 ans et plus, ainsi que des adultes atteints de maladies chroniques (diabète, insuffisance respiratoire, maladies cardiovasculaires, etc.) ou immunodéprimés. Leur vulnérabilité est accrue en période hivernale, où les virus respiratoires circulent davantage et où les systèmes immunitaires, souvent affaiblis par le froid, peinent à résister.

La décision de lancer la campagne dès octobre, plutôt qu’en novembre comme les années précédentes, s’appuie sur l’expérience des vagues épidémiques passées. Les données historiques montrent que les pics de grippe et de COVID-19 surviennent généralement entre décembre et février, avec un risque accru de co-infections (simultanées) chez les personnes non vaccinées. Or, le délai nécessaire pour développer une immunité après la vaccination est d’environ deux semaines. Retarder la campagne jusqu’à la mi-novembre, comme cela avait été le cas en 2025, aurait pu laisser une partie de la population sans protection au moment où les virus commencent à se propager.

Pourquoi une campagne anticipée, et qui la décide ?

L’initiative revient à Santé Québec Bas-Saint-Laurent, en coordination avec les autorités provinciales. Le directeur de la santé publique, Dr Sylvain Leduc, et la directrice adjointe des opérations de vaccination, Isabelle Ouellet, justifient cette avance par la nécessité de réduire la pression sur les hôpitaux. Les services d’urgence de la région, déjà sollicités par une démographie vieillissante et des pénuries de personnel soignant, pourraient être submergés en cas de double épidémie.

Le mécanisme de décision repose sur un protocole provincial qui autorise les directions régionales de santé publique à ajuster les calendriers de vaccination en fonction des taux de circulation des virus et des capacités vaccinales disponibles. Aucune modification législative n’est requise : il s’agit d’une adaptation opérationnelle, financée par les budgets habituels alloués à la santé publique. Les vaccins contre la grippe et le COVID-19 sont gratuits pour les groupes cibles, comme c’est le cas depuis 2020, et administrés dans les cliniques mobiles, les centres de vaccination locaux ou par les équipes médicales à domicile pour les personnes moins mobiles.

Les arguments des opposants à une vaccination systématique

Malgré les recommandations, une partie de la population et certains professionnels de santé expriment des réserves, sans pour autant remettre en cause l’utilité des vaccins. Les critiques portent principalement sur trois points :

  1. L’efficacité limitée des vaccins contre le COVID-19 : depuis 2023, les souches du virus ont muté à plusieurs reprises, rendant les vaccins moins protecteurs contre les formes récentes. Certains médecins estiment que la vaccination contre la grippe devrait être priorisée, le COVID-19 étant désormais perçu comme une maladie moins sévère pour les personnes vaccinées contre les variants récents.

  2. La fatigue vaccinale : une partie de la population, notamment parmi les 65 ans et plus, a déjà reçu plusieurs doses depuis 2020. Certains rapportent des effets secondaires persistants (fatigue, douleurs articulaires) après les rappels, ce qui peut dissuader de se présenter pour une nouvelle injection. Les autorités sanitaires reconnaissent ce phénomène, mais soulignent que les risques d’une infection non vaccinée restent supérieurs à ceux des effets secondaires.

  3. Les inégalités d’accès : dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les déserts médicaux persistent, certaines personnes, notamment en milieu rural, peuvent rencontrer des difficultés logistiques pour se rendre aux centres de vaccination. Les cliniques mobiles déployées par Santé Québec visent à pallier ce problème, mais leur couverture reste inégale selon les municipalités.

Ce qui reste incertain : les taux de couverture et la circulation virale

Malgré les efforts de sensibilisation, aucun chiffre officiel n’est disponible pour mesurer l’adhésion à la campagne de vaccination dans la région.

Par ailleurs, la circulation des virus en 2026 reste imprévisible. Les modèles épidémiologiques s’appuient sur des tendances historiques, mais aucun scénario de double épidémie n’a été observé depuis la levée des mesures sanitaires en 2023. Certains virologues, comme le Dr Jean-François Girard (Université Laval), estiment que le COVID-19 pourrait se comporter comme un virus saisonnier, avec des pics moins marqués, tandis que d’autres craignent une résurgence inattendue en raison de la baisse de l’immunité collective.

Les conséquences concrètes pour les patients et le système de santé

Pour les personnes vulnérables, les risques d’une saison hivernale sans protection renforcée sont multiples :

Les lits en soins intensifs, déjà rares dans le Bas-Saint-Laurent, pourraient être saturés plus tôt que prévu.

  • Une pression accrue sur les ressources locales : les CLSC (Centres locaux de services communautaires) et les mĂ©decins de famille pourraient ĂŞtre submergĂ©s par une affluence accrue de patients atteints de symptĂ´mes respiratoires.

  • Un impact Ă©conomique indirect : les arrĂŞts maladie liĂ©s aux infections respiratoires pèsent sur les petites entreprises locales, souvent dĂ©pendantes d’une main-d’œuvre âgĂ©e. Les secteurs de l’agriculture, de la pĂŞche et du tourisme (crucial en hiver pour les stations de ski) pourraient subir des perturbations, comme cela avait Ă©tĂ© observĂ© lors de la vague de grippe de 2023.

Un désaccord persistant : vaccination obligatoire ou incitation ?

Le principal point de divergence oppose ceux qui prônent une approche incitative, comme le fait Santé Québec, à ceux qui plaident pour un retour à des mesures coercitives pour les populations à haut risque. À l’inverse, les opposants soulignent les risques de stigmatisation et l’épuisement des populations déjà fragilisées par des années de restrictions sanitaires.

Santé Québec maintient une position neutre sur ce sujet, se limitant à renforcer les campagnes d’information et à simplifier l’accès aux vaccins. Aucune mesure législative n’est envisagée pour l’instant, mais le dossier pourrait resurgir si les taux de couverture restent insuffisants d’ici novembre.

Les autorités sanitaires insistent sur un point commun : aucune stratégie ne sera pleinement efficace sans une mobilisation rapide. Les semaines à venir seront décisives pour évaluer si la région parviendra à éviter un hiver aussi difficile que ceux des années précédentes.

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R Galaxie Rédaction

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