Le 13 octobre, la France relance sa campagne de vaccination grippe-Covid. Personne ne s’en réjouit vraiment.
C’est un rituel annuel, et pourtant, cette année, l’ambiance est morose. Les pharmacies et centres de vaccination ont reçu leurs doses depuis quelques jours. Les affiches sont accrochées dans les salles d’attente des médecins. Mais personne ne se bouscule. Pas même les soignants, pourtant en première ligne. Selon les derniers chiffres de Santé publique France, seulement 45 % des professionnels de santé avaient reçu leur dose de rappels Covid l’an dernier. Un score en baisse depuis 2022. La grippe, elle, a fait 13 000 morts en France en 2023, selon l’Institut de veille sanitaire. Pourtant, le gouvernement mise sur une campagne « simplifiée » pour convaincre.
Le problème n’est pas le calendrier, mais le doute.
Cette année, les deux vaccins sont combinés dans une seule injection pour les plus de 65 ans et les personnes à risque. Une bonne idée en théorie. En pratique ? Les laboratoires Pfizer et Sanofi ont livré leurs doses à temps, mais les stocks de vaccins grippaux restent justes. Pourquoi ? Parce que l’Europe a sous-estimé la demande. Résultat : certains pays, comme l’Allemagne, ont dû importer des doses en urgence. La France, elle, a joué la prudence. Trop.
Et puis, il y a le Covid. Depuis la levée de l’état d’urgence sanitaire en 2022, les Français ont tourné la page. Les masques sont rangés, les gestes barrières oubliés. Les variants circulent toujours, mais plus personne n’en parle. Pourtant, l’OMS tire la sonnette d’alarme : « Le virus n’a pas disparu, il mute et reste dangereux pour les personnes fragiles. » Traduction : si vous avez plus de 60 ans ou une maladie chronique, vous êtes dans le collimateur.
Qui doit se faire vacciner cette année ? La réponse dépend de votre âge et de votre santé.
- Les plus de 65 ans : vaccin grippe + Covid en une seule injection. Obligatoire si vous voulez éviter les complications. Les hôpitaux sont déjà saturés par les bronchiolites chez les nourrissons. Ajoutez une vague de grippe, et ce sera la galère.
- Les 12-64 ans à risque (diabète, obésité, maladies cardiaques…) : même principe. Le gouvernement élargit même la cible aux femmes enceintes et aux proches des personnes immunodéprimées. Mais attention : ces vaccins ne sont pas interchangeables. Le grippeal est pour la grippe, le Comirnaty pour le Covid. Pas de mélange.
- Les autres : si vous êtes en bonne santé et que vous ne voulez pas vous faire piquer, libre à vous. Mais sachez une chose : en 2023, la grippe a frappé 6 millions de personnes en France. Six millions. Vous avez peut-être échappé à l’épidémie l’an dernier, mais ce n’est pas une raison pour prendre des risques.
Le vrai problème, c’est la confiance.
Les Français ne font plus confiance aux vaccins. Pourquoi ? Parce que les messages ont été contradictoires. D’abord, on nous dit que le Covid est une grippe comme les autres. Ensuite, on nous annonce que les variants sont plus dangereux. Résultat : personne ne sait plus quoi croire. Les réseaux sociaux amplifient le doute : « Les vaccins grippaux donnent des AVC », « Le Covid, c’est juste un rhume ». Faux. Totalement faux. Mais ça se répand comme une traînée de poudre.
Et puis, il y a l’effet lassitude. Après trois ans de campagne de vaccination intensive, beaucoup ont baissé les bras. « À quoi bon ? » se disent-ils. « De toute façon, je vais attraper un truc cette année. » Sauf que non. Pas forcément. Le vaccin contre la grippe réduit de 40 à 60 % le risque de complications. Celui contre le Covid, de 80 % pour les formes graves. Des chiffres, pas des promesses.
Les pharmacies et les médecins sont en première ligne, mais manquent de moyens.
Cette année, les pharmacies peuvent vacciner contre la grippe et le Covid sans rendez-vous. Une avancée ? Oui, mais insuffisante. Beaucoup de pharmacies refusent encore, faute de temps ou de formation. Les médecins, eux, sont submergés. Résultat : les délais s’allongent. À Paris, certaines maisons de santé reportent les vaccinations à novembre. Trop tard pour une protection optimale.
Et puis, il y a le remboursement. Le vaccin grippe-Covid combiné est pris en charge à 100 %. Mais si vous voulez un vaccin à ARN messager (comme le Pfizer) pour le Covid seul, il faudra débourser 150 euros. Un prix prohibitif pour beaucoup. La Sécu devrait rembourser, mais les caisses sont en retard sur les dossiers. Bref, un bordel administratif.
Derrière cette campagne, un enjeu politique et économique.
Le gouvernement veut éviter une nouvelle crise sanitaire. Les hôpitaux, déjà en tension, ne peuvent pas se permettre une nouvelle vague. Mais au-delà, il y a l’économie. Une épidémie de grippe coûte cher : arrêts maladie, consultations, médicaments. En 2023, le coût direct et indirect a été évalué à 1,5 milliard d’euros par l’Institut de recherche en santé publique. Un chiffre qui fait mal à un ministère des Finances déjà sous pression.
Et puis, il y a l’Europe. Bruxelles surveille. Si la France rate sa campagne de vaccination, elle pourrait se faire rappeler à l’ordre. Pas pour les morts, non. Pour les coûts.
Alors, vous vous faites vacciner ?
Si vous avez plus de 60 ans, oui. Si vous avez une maladie chronique, oui. Si vous êtes en bonne santé et que vous voulez prendre votre chance, non. Mais sachez une chose : en 2023, 80 % des décès liés à la grippe concernaient des personnes non vaccinées. Quatre-vingts pour cent. Ce n’est pas une statistique, c’est un avertissement.
La campagne commence mardi. Les doses sont là. Les médecins aussi. Mais la vraie bataille, ce n’est pas contre les virus. C’est contre le doute. Et là, la France a perdu d’avance.
La dernière question reste entière : et si cette campagne était la dernière ?
Depuis 2020, on nous promet que les vaccins sont la solution. Mais les Français ne marchent plus. Les politiques non plus. Peut-être que cette année, pour la première fois, la grippe et le Covid frapperont fort. Peut-être que les hôpitaux satureront. Peut-être que le gouvernement réalisera enfin que la prévention, ça ne marche que si tout le monde y croit. En attendant, les aiguilles sont prêtes. À vous de jouer.