Les émeutes, ça se paie en Bourse aussi
Le week-end dernier, Paris a brûlé. Incendies, pillages, affrontements avec les forces de l’ordre. Les images ont fait le tour du monde. Mais ce que les marchés ont retenu, c’est autre chose : le coût. Pas celui des dégâts matériels, même s’il est loin d’être anodin (plusieurs millions d’euros, déjà ). Non, ce qui les intéresse, c’est la prime de risque. Cette petite surtaxe que les investisseurs exigent pour prêter de l’argent à la France. Et là , ça monte. Vite.
Selon les dernières données de Bloomberg, la prime de risque à 10 ans sur la dette française a dépassé 0,80 % en une semaine. C’est peu, sur le papier. Mais c’est le double de ce qu’elle était il y a un an. Et ça, les banques le voient comme un signal : la France devient un pays à risque. Pas encore la Grèce, non. Mais assez pour que les investisseurs se disent : « On nous demande de payer plus cher pour prêter à ce pays. Alors on va se faire payer aussi sur les actions. »
Résultat : les banques, qui financent une bonne partie de la dette publique française, se retrouvent prises en étau. D’un côté, elles doivent payer plus cher pour se refinancer. De l’autre, leurs actionnaires leur demandent des comptes. La Société Générale, avec ses 12 milliards d’euros de dette à court terme (source : dernier rapport annuel), est particulièrement exposée. Une hausse de la prime de risque, et hop : les coûts explosent.
Mais ce n’est pas tout. Les banques françaises sont aussi très exposées à l’immobilier commercial. Et quand les tensions sociales s’enveniment, les loyers baissent, les défauts de paiement montent. BNP Paribas, par exemple, a déjà reconnu dans son dernier rapport que 15 % de son portefeuille immobilier était sous pression. Pas de quoi paniquer. Mais assez pour que les actionnaires se demandent : « Et si ça empire ? »
Le pire ? Personne ne sait si ça va s’arrêter là .
Le vrai problème : personne ne croit plus aux réformes
Les marchés, voyez-vous, détestent l’incertitude. Et là , ils en ont à revendre. Parce que depuis des années, la France promet des réformes. Et depuis des années, rien ne change vraiment. Le gouvernement actuel ? Trop faible. Le précédent ? Trop divisé. Les syndicats ? Trop puissants. Les émeutes ? Un symptôme, pas une exception.
Prenez l’exemple de la dette. La France a 2 800 milliards d’euros de dette publique (source : INSEE, 2023). Un niveau qui fait frémir Bruxelles. Pourtant, depuis des années, les gouvernements successifs repoussent l’échéance. Pourquoi ? Parce que réformer, c’est faire mal. Et en France, faire mal, ça veut dire grèves, manifestations, émeutes. Bref, tout ce qui fait fuir les investisseurs.
Résultat : les marchés ont perdu confiance. Pas dans la France éternelle, non. Dans la France incapable de se réformer. Et quand un pays ne se réforme pas, sa dette devient toxique. Les banques, qui financent cette dette, en paient le prix. D’où la chute de la Société Générale, lundi.
Mais il y a un détail qui cloche.
Pourquoi les régulateurs ne bougent pas ?
Normalement, quand une banque prend un coup comme ça, la BCE ou l’ACPR (l’autorité de contrôle prudentiel) devraient sortir un communiqué rassurant. « Tout va bien, les fondamentaux sont solides. » Sauf que là , personne ne bronche. Pourquoi ?
Parce que personne ne veut admettre l’évidence : les banques françaises sont trop exposées. Pas seulement à la dette publique, non. À tout un système qui fonctionne à crédit. L’État emprunte pour relancer l’économie. Les banques prêtent à l’État. Les entreprises empruntent pour survivre. Les ménages s’endettent pour consommer. Tout repose sur la confiance. Et quand cette confiance s’effrite, tout s’effondre.
Prenez le cas de la Société Générale. Elle a réduit ses coûts, elle a vendu des actifs, elle a misé sur la digitalisation. Sur le papier, ça marche. Sauf que les marchés ne regardent plus le papier. Ils regardent la rue. Et quand la rue brûle, les actionnaires fuient.
Le vrai scandale ? C’est que personne ne semble surpris.
- Les analystes ? « Attendu. »
- Les traders ? « Normal. »
- Les politiques ? « On verra plus tard. »
Pourtant, il y a une question qui tue : Et si cette fois, c’était différent ?
Le piège des banques françaises : trop dépendantes de l’État
Voici le truc que personne ne veut dire : les banques françaises sont des banques publiques déguisées. Pas toutes, non. Mais assez pour que le doute s’installe.
- Crédit Agricole ? Contrôlé par des caisses régionales, elles-mêmes liées aux collectivités.
- BPCE ? Un groupe coopératif où l’État a encore la main.
- BNP Paribas ? Moins exposé, mais trop dépendant des prêts à l’État et aux collectivités.
La Société Générale, elle, se présente comme une banque « pure ». Sauf que 40 % de son chiffre d’affaires dépend des activités liées à la dette publique (source : rapport 2023). Quand l’État trébuche, la banque trébuche avec.
Le problème, c’est que personne ne veut le reconnaître. Parce que si on admet que les banques françaises sont trop liées à l’État, alors il faut choisir : soit on nationalise tout, soit on les laisse couler. Aucune des deux options n’est populaire.
Sauf que les marchés, eux, ne font pas de politique. Ils calculent. Et aujourd’hui, leur calcul est simple : « La France coûte trop cher. Les banques aussi. »
Alors, que faire ?
La France a trois mois pour réagir. Sinon, ce ne sera pas 1 %, mais 10 %
Non, je ne dramatise pas.
Regardez l’Italie. En 2011, après la crise des dettes souveraines, Monte dei Paschi a frôlé la faillite. Résultat ? Une recapitalisation de 8 milliards d’euros, payée par les contribuables. La Bourse a mis des années à s’en remettre.
La France n’est pas l’Italie. Mais elle a les mêmes problèmes : une dette qui explose, des réformes bloquées, une classe politique divisée. Sauf qu’elle, elle a une particularité : elle se croit à l’abri. « Nous, c’est différent. Nous, on est la France. »
Sauf que les marchés, eux, ne croient plus.
Alors, que se passera-t-il si rien ne change d’ici trois mois ?
- La prime de risque va continuer Ă monter.
- Les banques vont continuer Ă perdre.
- Et un jour, ce ne sera plus 1 % de moins. Ce sera 10 %.
Parce que les marchés, voyez-vous, n’aiment pas les pays qui mentent. Et la France, depuis des années, leur ment. « On va réformer. » « Ça va s’arranger. » *« Tout va bien. »
Sauf que cette fois, les marchés ne veulent plus entendre ça.
Alors, soit la France se réveille. Soit elle paiera.
**Et les banques, comme toujours, seront les premières à trinquer.