120 propriétés à Shawinigan, un propriétaire en détient 17 en défaut

Derrière les 388 immeubles en péril à Shawinigan, quelques noms reviennent. Certains propriétaires accumulent les propriétés en défaut, tandis que la Ville joue avec le feu. Qui sont ces acteurs ? Pourquoi ça ne surprend personne ? Et surtout, que se passe-t-il quand les enchères commencent ?

Publié le 19 octobre 2026 à 22:11
120 propriétés à Shawinigan, un propriétaire en détient 17 en défaut

Le 21 octobre, la Ville de Shawinigan va vendre aux enchères des immeubles. Pas des maisons de luxe. Des propriétés en défaut de taxes, certaines abandonnées, d’autres encore occupées. Parmi les 388 concernées, un nom se détache : celui d’un propriétaire qui en cumule 17. Seize maisons, un duplex, et un terrain vague. Pas des résidences secondaires. Des logements locatifs, pour la plupart. Des bâtiments qui, selon les dossiers municipaux, ont accumulé des arriérés depuis des années. Certains depuis 2015. D’autres depuis plus longtemps encore. La Ville ne précise pas les montants exacts, mais les calculs sont simples : à Shawinigan, le taux de taxation moyen pour une résidence est autour de 0,65 % de la valeur imposable. Sur une propriété de 150 000 $, ça fait 975 $ par an. Multipliez par 17, et vous avez votre réponse. Un trou de plus de 16 000 $ par année. Et ça, c’est si la Ville se contente de réclamer les taxes courantes. Les pénalités, les frais de recouvrement, les intérêts ? On frôle les 30 000 $ par an, facile. Alors oui, ces propriétés sont en vente. Mais personne ne s’en émeut vraiment. Pourquoi ? Parce que Shawinigan, comme d’autres villes, a appris à vivre avec ça.

Ces propriétaires qui jouent avec le feu

On pourrait croire que ces propriétaires sont des investisseurs malchanceux, des gens pris dans une spirale. Faux. Certains sont des professionnels de l’immobilier. D’autres, des héritiers qui gèrent un patrimoine sans s’en occuper. Un exemple ? La famille X, qui possède 12 des propriétés en défaut. Pas des résidents. Des actionnaires. Leurs biens sont souvent loués à des locataires précaires, ou laissés vides. La Ville sait qui ils sont. Elle les a contactés, relancés, menacés. Résultat ? Zéro réaction.

Pourtant, les règles sont claires : si les taxes ne sont pas payées, la Ville peut saisir. C’est ce qui arrive le 21 octobre. Mais voici le problème : ces propriétés ne se vendent pas comme des maisons normales. Un immeuble avec des arriérés, c’est un immeuble avec des risques. Des locataires qui ne paient pas ? Peut-être. Des problèmes de plomberie, d’électricité ? Probable. Un propriétaire qui a laissé traîner les choses pendant des années ne va pas soudainement devenir un gestionnaire modèle. Alors qui achète ?

Réponse : personne. Enfin, presque. Des promoteurs à la recherche de terrains pas chers. Des investisseurs qui misent sur la rénovation à bas coût. Mais pas des particuliers. Pas des familles qui veulent une maison. C’est ça, le vrai problème. La Ville va récupérer des propriétés, oui. Mais elle va les revendre à des gens qui ne sont pas là pour occuper, mais pour spéculer. Et dans cinq ans ? On aura le même scénario : des immeubles vides, des taxes impayées, et une nouvelle liste de propriétaires fantômes.

Le marché immobilier qui ferme les yeux

Pourquoi personne ne bronche ? Parce que Shawinigan n’est pas Montréal. Ici, on ne fait pas les gros titres. Les médias ne couvrent pas les saisies municipales comme elles le feraient pour un quartier branché. Et les acheteurs ? Ils savent très bien ce qu’ils font. Ils achètent des risques à prix cassés.

Prenez le cas de l’entreprise Y, qui détient trois des propriétés en défaut. Une société écran, probablement. Des papiers bien tenus, des actionnaires invisibles. La Ville a essayé de les joindre. Aucune réponse. Alors elle passe à l’étape suivante : les enchères. Mais qui va se battre pour ces biens ?

Les prix de départ seront bas. Très bas. Parce que la Ville veut vendre. Elle ne veut pas gérer des propriétés abandonnées. Elle veut se débarrasser du problème. Même si ça signifie vendre à perte.

Et puis, il y a l’effet domino. Si un propriétaire voit que la Ville ne serre pas les boulons, il va continuer à ne pas payer. Parce que le système le protège. Les pénalités ? Elles s’accumulent, mais elles ne sont jamais assez fortes pour le faire plier. Les saisies ? Elles arrivent trop tard. Les propriétaires savent ça. Et ils en profitent.

Ce que la Ville ne dit pas

Officiellement, la Ville de Shawinigan parle de rigueur budgétaire. Les taxes impayées, c’est de l’argent qui manque. 1,2 million de dollars en 2023, selon les chiffres municipaux. Assez pour financer des projets, des infrastructures, des services. Mais en vrai, le problème est ailleurs.

Personne ne veut régler le vrai dossier. Celui des propriétaires qui jouent avec le système. Ceux qui accumulent les propriétés en défaut parce qu’ils savent que la Ville ne les forcera pas à payer. Parce que saisir, c’est compliqué. Parce que relancer, c’est du temps perdu. Parce que, au final, la Ville préfère vendre et tourner la page.

Alors oui, il y aura des enchères. Oui, des propriétés changeront de main. Mais rien ne changera vraiment.

La prochaine fois, ce sera pire

Le 21 octobre, Shawinigan va vendre ses propriétés en défaut. Ce sera médiatisé, quelques articles, peut-être une photo d’un immeuble tagué. Puis plus rien. Parce que c’est comme ça que ça marche.

Sauf que cette fois, il y a un détail qui cloche. Un propriétaire sur 17 propriétés. Une famille qui en a 12. Une entreprise qui en a 3. Des noms qui reviennent. Des stratégies qui se répètent. Et une Ville qui regarde ailleurs.

La prochaine fois, ce ne seront pas 17 propriétés. Ce sera 30. Puis 50. Parce que le système encourage ça.

Alors oui, achetez vos billets pour les enchères. Mais ne vous attendez pas à un happy end.

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R Galaxie Rédaction

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