Le coup de force discret qui redessine l’industrie électrique
Schneider Electric va racheter PTC. Pas une info en soi, sauf que ça fait 12 milliards d’euros sur la table. Et surtout, ça transforme un acteur historique de l’industrie en un joueur de l’ombre, celui qui contrôle à la fois le matériel et les logiciels qui le pilotent. Le Financial Times l’annonce ce lundi : un accord sous silence, comme souvent pour ce genre de deals. Pourtant, cette acquisition, c’est l’histoire d’un basculement. Pas celui des énergies renouvelables, non, celui de la dépendance technologique.
PTC, c’est l’éditeur derrière Creo (le logiciel de conception 3D utilisé par Boeing, Airbus, ou même Tesla), ThingWorx (l’outil d’IoT qui fait tourner les usines connectées), et Windchill (la plateforme PLM qui gère les données techniques des grands groupes). Schneider, lui, vend des disjoncteurs, des automates industriels, et des solutions de gestion d’énergie. En gros, il fabrique la plomberie électrique du monde. Mais demain, il en contrôlera aussi les plans, les simulations, et les mises à jour logicielles. C’est ça, le vrai jeu : devenir l’Apple des infrastructures industrielles, sans que personne ne s’en aperçoive.
Pourquoi PTC ? Parce que Schneider a compris une chose simple
Les usines ne tournent plus sans logiciels. Pas seulement pour dessiner des pièces, non : pour les fabriquer, les entretenir, les connecter entre elles. PTC, c’est le ciment invisible de cette transition. En rachetant l’américain, Schneider ne s’offre pas juste un catalogue de logiciels. Il achète l’accès aux données des clients, aux algorithmes qui optimisent les réseaux électriques, et surtout, la capacité à verrouiller ses concurrents sur ses propres solutions.
Prenez Creo. Aujourd’hui, un ingénieur chez Siemens ou chez GE utilise ce logiciel pour concevoir ses machines. Demain ? Il faudra peut-être passer par Schneider Electric pour obtenir les mises à jour, les certifications, ou même les pièces détachées numériques. C’est ça, la stratégie : contrôler la chaîne entière, du dessin à l’exploitation. Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que les régulateurs regardent les prix des disjoncteurs, pas ceux des licences logicielles.
Le piège des chiffres qui mentent
12 milliards. Le montant de l’acquisition. Un record pour Schneider. Mais attention : ce n’est pas le prix réel. PTC, c’est une entreprise qui pèse 3,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires avant l’opération. Le reste ? De la dette, des synergies promises, et surtout, un pari sur l’avenir. Parce que Schneider mise sur un monde où tout sera connecté, où les usines seront pilotées à distance, où les villes géreront leur énergie en temps réel. Et pour ça, il faut des logiciels. Beaucoup de logiciels.
Sauf que. Personne ne sait si ça marchera.
PTC a déjà tenté de jouer ce rôle de plateforme tout-en-un. Résultat ? Des échecs cuisants. En 2015, l’entreprise avait racheté Kinetix (un outil de simulation) pour 1,3 milliard de dollars. Aujourd’hui ? Presque plus personne n’en parle. Même chose pour Windchill : un logiciel PLM si complexe que même ses clients les plus fidèles le contournent avec des solutions maison. Schneider prend le relais avec 12 milliards en poche. Le risque ? Se retrouver avec un portefeuille de logiciels inutilisables, comme un magasin de disques vinyles en 2024.
Ce que les actionnaires ne voient pas
Les marchés ont salué l’annonce. +3 % pour les actions Schneider. Les analystes parlent d’**