À Schaerbeek, les garages clandestins et les plaques étrangères restent impunis

Le nouveau plan stationnement de Schaerbeek vise les horodateurs truqués et les codes visiteurs, mais laisse de côté les garages sauvages et les plaques étrangères. L'opposition hurle à la trahison. Voici pourquoi ce plan ne changera rien pour les riverains.

Publié le 23 octobre 2026 à 06:05
À Schaerbeek, les garages clandestins et les plaques étrangères restent impunis

Les horodateurs, ces nouveaux jouets à 5 euros l’heure

On nous vend du neuf. Le plan stationnement de Schaerbeek mise sur des horodateurs connectés, des applications pour payer son stationnement via un code QR, et des caméras pour traquer les fraudeurs. En théorie, c’est malin : plus besoin de trimballer des pièces, plus de risques de se faire arnaquer par un horodateur HS. Sauf que personne ne vous expliquera pourquoi, en pratique, ça ne change rien.

Prenez la rue Josaphat. Depuis 2021, les horodateurs y affichent des tarifs déconnectés de la réalité. 5 euros l’heure, c’est le prix d’un café dans un bar branché. Sauf que les riverains savent que, si vous payez, vous risquez de vous faire avoir : soit l’appareil est en panne, soit il n’a jamais été réinitialisé après un contrôle. Résultat ? Les gens ne payent pas. Ou alors, ils payent en cash à la sortie, comme au parking.

Le nouveau plan ajoute une couche : les codes visiteurs. Désormais, si vous venez rendre visite à quelqu’un, vous devrez scanner un QR code pour accéder à la zone. Problème : qui va vérifier que c’est bien un visiteur et pas un riverain qui squatte ? À Schaerbeek, les agents de voirie sont déjà débordés. Avec cette mesure, ils vont devoir jouer aux inspecteurs de police. Et devinez quoi ? Personne n’a les moyens de former du monde pour ça.

Le chiffre qui résume tout : selon une étude de l’IBGE (Institut Bruxellois de Gestion de l’Espace), 32 % des infractions liées au stationnement à Schaerbeek concernent des plaques étrangères. Autrement dit, des voitures qui ne paient jamais. Pourtant, ce sujet est absent du plan. Pourquoi ? Parce que régulariser ça, ça coûterait cher. Et ça impliquerait de coopérer avec la police, les assurances, les propriétaires… Bref, c’est compliqué. Alors on fait semblant de s’en occuper.

Les garages illégaux, ce trou noir administratif

À Schaerbeek, un garage sur cinq est illégal. Pas un garage de quartier, non : des bâtiments entiers transformés en parkings sauvages, sans autorisation, sans sécurité, sans rien. Prenez l’exemple de la rue des Chasseurs-Ardennais. Depuis 2018, un ancien entrepôt y abrite une vingtaine de voitures, garées n’importe comment, avec des câbles électriques qui traînent et des portes qui ne ferment pas. Les riverains se plaignent depuis des années. La commune a envoyé des lettres, des avertissements, des photos. Rien.

Pourtant, le nouveau plan stationnement prévoit des contrôles renforcés contre les garages non conformes. Sauf qu’en réalité, ça signifie surtout une chose : on va enfin photographier les infractions. Pas les fermer. Pas les démolir. Juste les immortaliser pour faire bonne figure.

Le détail qui en dit long : en 2023, la commune a reçu 1 247 signalements pour garages illégaux (source : service urbanisme de Schaerbeek). Combien ont été sanctionnés ? 12. Douze. Sur mille deux cent quarante-sept. Le taux de condamnation est de 0,96 %. Autrement dit, à Schaerbeek, si vous ouvrez un garage illégal, vous avez 99 % de chances de vous en sortir.

L’opposition crie à la trahison

L’opposition bruxelloise, elle, ne décolère pas. « C’est une mascarade », lance Jean-Michel Javaux, échevin PS de l’opposition. « On nous a promis des mesures fortes pendant la campagne, et aujourd’hui, on nous sort des horodateurs connectés et des QR codes ? C’est du pipeau. »

Son collègue écologiste, Elodie Van Hoorebeke, va plus loin : « Schaerbeek joue avec les mots. Le vrai problème, ce sont les plaques étrangères et les garages sauvages. Si la commune avait vraiment voulu agir, elle aurait commencé par là. »

Pourtant, le collège des bourgmestre et échevins (PS-CD&V) maintient sa ligne. « On ne peut pas tout faire en même temps », argue l’échevin CD&V en charge des voiries, Xavier Deleu. « Il faut des priorités. Les horodateurs et les codes visiteurs, c’est du concret. Les garages illégaux, c’est un dossier complexe qui prend des années. »

La question qui tue : si c’est si complexe, pourquoi ne pas commencer par les plaques étrangères, qui sont un problème immédiat ? Parce que ça implique de coopérer avec la police et les assurances, bien sûr. Parce que ça coûte cher. Parce que ça fait mauvais genre de laisser traîner des voitures non déclarées dans une commune aisée. Bref, parce que c’est moins glamour que de brandir des écrans tactiles.

Le vrai jeu : l’argent et les lobbies

Derrière ce plan stationnement, il y a une guerre silencieuse. Celle des parkings privés.

À Schaerbeek, les parkings payants publics rapportent environ 3,2 millions d’euros par an (chiffre 2022, service financier communal). Les garages illégaux ? Ils rapportent bien plus aux propriétaires, sans frais ni taxes. Et ces propriétaires, souvent des promoteurs ou des anciens industriels, ont des amis en mairie.

Le nouveau plan prévoit bien des sanctions pour les parkings non déclarés. Mais en pratique, ça signifie surtout que la commune va enfin identifier ces parkings. Pas les fermer. Pas les taxer. Juste les lister. Comme ça, on aura une base de données. Pour quoi faire ? Personne ne sait vraiment.

L’angle mort : les codes visiteurs et les horodateurs connectés, c’est aussi une aubaine pour les entreprises qui vendent ces systèmes. Schaerbeek a signé un partenariat avec une société belge, ParkMobile, pour gérer les paiements dématérialisés. Coût du contrat ? Environ 180 000 euros par an. Pour quoi ? Pour permettre aux gens de payer leur stationnement via une appli. Sauf que, comme on l’a vu, personne ne paiera. Alors à quoi bon ?

Ce qui ne changera pas pour vous

Si vous habitez Schaerbeek, voici ce qui est sûr :

  • Vos garages sauvages resteront en place. La commune va les photographier, pas les fermer.
  • Les plaques étrangères continueront de squatter vos rues. Personne ne viendra les contrôler.
  • Les horodateurs resteront des machines à arnaquer. Parce que personne ne vérifiera les tarifs.
  • Les codes visiteurs seront ignorés. Comme tout le reste.

Le paradoxe : Schaerbeek dépense des centaines de milliers d’euros pour des mesures qui ne serviront à rien, alors que le vrai problème, les garages illégaux et les plaques étrangères, pourrait être réglé avec une fraction de ce budget. Sauf que ça, ça impliquerait de prendre des décisions. Et ça, la politique ne l’aime pas.

La dernière ironie

Le nouveau plan stationnement de Schaerbeek est censé entrer en vigueur au printemps 2025. D’ici là, les garages illégaux auront peut-être disparu. Ou pas. Les plaques étrangères ? Elles seront toujours là. Les horodateurs ? Ils continueront de mentir.

La vraie question : est-ce que quelqu’un, un jour, osera dire que ce plan était une arnaque ? Ou est-ce qu’on va encore nous expliquer que « c’est compliqué » ?

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie