MBDA valide un missile français, l'Europe reste en retard

La France, l’Allemagne et l’Espagne ont validé un effecteur déporté pour le SCAF. Un succès technique, mais un projet qui traîne depuis des années. Pendant ce temps, les États-Unis et la Chine accélèrent. Pourquoi l’Europe peine-t-elle encore à aligner ses priorités ?

Publié le 11 octobre 2026 à 08:09
MBDA valide un missile français, l'Europe reste en retard

Un missile français validé, mais un calendrier qui dérape

Le 12 mars dernier, la France, l’Allemagne et l’Espagne ont officiellement validé la revue de conception initiale d’un effecteur déporté développé par MBDA pour le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). En clair : un missile, ou plutôt une arme capable de frapper des cibles à longue distance, intégrée à un avion qui n’existe pas encore. Et dont on ne sait toujours pas quand il volera.

MBDA, filiale commune de Airbus, BAE Systems et Leonardo, a présenté son Metropolis (oui, le nom est aussi prétentieux que le projet). Un système de missiles air-air et air-sol, censé équiper le futur avion européen. Sauf que le SCAF, lui, n’est même pas encore en phase de prototype. Les trois pays partenaires ont quand même validé la conception. Pourquoi ? Parce que sans armes, un avion de combat, c’est un jouet.

Le SCAF, un projet qui traîne depuis 2017

Officiellement lancé en 2017, le SCAF devait être l’avion européen qui rattraperait son retard face aux F-35 américains et aux Su-57 russes. Sauf que cinq ans plus tard, on en est toujours au stade des études. Pendant ce temps, les États-Unis ont déjà livré plus de 400 F-35, et la Chine fait voler son J-20 depuis 2017. L’Europe, elle, n’a même pas encore choisi entre deux concepts d’avion : le Système de Combat Aérien du Futur français (avec Dassault) et le Tempest britannique (avec BAE Systems), auquel l’Allemagne et l’Espagne pourraient bientôt se joindre.

Et puis il y a le problème des coûts. Le budget initial du SCAF était de 6 à 8 milliards d’euros. Aujourd’hui, les estimations tournent autour de 15 à 20 milliards, selon des sources industrielles proches du dossier. Sans compter les retards accumulés. En 2023, l’Allemagne a même menacé de quitter le projet si les délais n’étaient pas respectés. Spoiler : ils ne le sont pas.

Pourquoi l’Europe peine-t-elle à se décider ?

  1. Les États membres ne sont pas alignés. La France veut un avion supersonique, capable de rivaliser avec les F-35. L’Allemagne et l’Espagne préféreraient un appareil plus économique, moins performant, mais moins cher. Résultat : on tergiverse.

  2. Les industriels jouent les arbitres. Airbus et Dassault se tirent la couverture depuis des années. Pendant ce temps, MBDA, lui, avance sur les armes, parce que c’est moins politique. Un missile, ça se teste. Un avion, ça se dispute.

  3. L’OTAN et l’Ukraine compliquent tout. Avec la guerre en Ukraine, les besoins en avions de combat ont explosé. La Pologne, la République tchèque et la Slovénie ont tous commandé des F-35. L’Europe n’a plus les moyens de se payer un avion révolutionnaire. Elle doit d’abord survivre.

Le vrai problème : l’Europe n’a plus les moyens de ses ambitions

En 2014, l’Union européenne a lancé son Fonds européen de défense avec l’idée de mutualiser les coûts. Cinq ans plus tard, on en est toujours au stade des promesses. Pendant ce temps, les États-Unis investissent 70 milliards de dollars par an dans leur défense, et la Chine 250 milliards. L’Europe, elle, dépense 200 milliards d’euros au total pour la défense de ses 27 membres. Soit 7,4 milliards par an et par pays. À ce rythme, le SCAF sera obsolète avant même d’être livré.

MBDA avance, mais à quoi bon ?

Le missile Metropolis de MBDA est une belle réussite technique. Il peut frapper des cibles à plus de 100 km, avec une précision chirurgicale. Sauf que si le SCAF ne vole jamais, à quoi servira-t-il ?

La réponse est simple : il sera vendu à d’autres pays. L’Arabie saoudite, l’Australie, peut-être même l’Inde. Parce que l’Europe, quand elle a un produit qui marche, le vend à qui veut bien l’acheter. Même si c’est pour équiper des avions qui ne seront jamais européens.

Conclusion : l’Europe a validé un missile, mais pas un avion. Et ça, c’est un problème.

Le SCAF était censé être le symbole de la souveraineté européenne en matière de défense. Aujourd’hui, il ressemble à un projet fantôme. Pendant ce temps, les États-Unis et la Chine continuent d’avancer. Et l’Europe ? Elle valide des revues de conception. Comme si ça changeait quelque chose.

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R Galaxie Rédaction

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