Un résultat net divisé par trois, et personne ne s’en émeut vraiment
Les comptes de Sapmer pour le premier semestre 2024 sont là : un résultat net de 2,6 millions d’euros, contre 8,1 millions sur la même période en 2023. Soit une chute de 68%. Le chiffre d’affaires, lui, recule de 12%, à 145,3 millions d’euros. Rien de dramatique en apparence ? Détrompez-vous. Parce que Sapmer, c’est l’histoire d’une entreprise qui misait tout sur sa croissance à l’international, sur sa capacité à digérer les coûts de la transition énergétique, et sur l’effet de levier de ses acquisitions. Sauf que les chiffres montrent que rien ne se passe comme prévu.
Prenez l’Allemagne, par exemple. Le marché phare de Sapmer, où l’entreprise a investi des dizaines de millions pour racheter des concurrents locaux. Résultat ? Le CA en Allemagne recule de 15% sur un an. Pourtant, la direction jurait encore en 2023 que ce marché était « résilient ». Aujourd’hui, même les analystes les plus optimistes admettent que la demande faiblit. Et personne ne sait quand elle repartira.
Pourtant, Sapmer continue de parier sur l’international. Problème : les coûts explosent. Les marges se réduisent comme peau de chagrin. Le résultat opérationnel avant amortissements (l’Ebitda) s’effondre, lui aussi : , 25% sur un an, à 30,5 millions d’euros. Autrement dit, l’entreprise gagne de moins en moins, et dépense de plus en plus pour essayer de compenser. La stratégie ? Acheter encore plus.
Les acquisitions, ce piège sans fin
En 2023, Sapmer a dépensé 120 millions d’euros pour racheter des sociétés spécialisées dans les énergies renouvelables. L’idée ? Devenir un acteur majeur du marché en plein boom. Sauf que les comptes du premier semestre 2024 révèlent une réalité moins glorieuse : ces acquisitions pèsent sur les résultats comme une pierre.
Prenez l’exemple de Sapmer Énergies, la filiale dédiée aux solutions pour les professionnels. Depuis son rachat en 2022, cette branche accumule les pertes. En 2023, elle a brûlé 18 millions d’euros. Et cette année, rien ne laisse penser que la tendance va s’inverser. Pourquoi ? Parce que les marchés cibles, les PME, les collectivités, ne suivent pas.
La direction explique ces difficultés par « un environnement économique incertain ». Traduction : les clients reportent leurs investissements. Sauf que Sapmer, elle, ne peut pas reporter les siens. Elle doit rembourser ses dettes, payer ses acquisitions, et faire face à une concurrence qui, elle, ne s’endette pas à outrance. Résultat : une trésorerie qui se tend, et des créanciers qui regardent de plus près.
La dette, ce boulet que personne n’ose mentionner
Sapmer a un secret bien gardé : sa dette nette a dépassé les 200 millions d’euros en 2023. Un niveau qui commence à inquiéter. Pourtant, la direction évite soigneusement d’en parler dans ses communiqués. Pourquoi ? Parce que les ratios de dette/Ebitda frôlent les 7. Autrement dit, l’entreprise doit générer 7 fois son résultat opérationnel pour rembourser tranquillement. Or, avec un Ebitda en chute libre, ce ratio se dégrade.
Les investisseurs institutionnels, eux, commencent à s’agiter. Les fonds d’investissement qui détenaient encore 30% du capital il y a un an ont réduit leurs positions de moitié. Les petits actionnaires, eux, n’ont plus le choix : ils vendent avant que la valeur ne s’effondre davantage. Et les rumeurs vont bon train sur Euronext : une OPA hostile, un rachat par un concurrent, ou pire, une restructuration douloureuse.
Pourtant, la direction tient bon. « Nous restons confiants sur le second semestre », a déclaré le PDG dans un entretien récent. Sauf que les chiffres du premier semestre ne mentent pas : la confiance, ça ne se mesure pas en millions d’euros perdus.
Ce que les marchés ignorent encore
Il y a un détail que les analystes financiers passent sous silence : les contrats en cours de Sapmer sont de plus en plus risqués.
L’entreprise mise sur des projets longs et coûteux, notamment dans le solaire et l’éolien. Sauf que les délais s’allongent, et les coûts aussi. Un exemple ? Le parc éolien de Saint-Nazaire, dont Sapmer a pris la direction en 2022. Initialement budgété à 80 millions, il en coûtera 120. Et les retards s’accumulent. Les banques commencent à poser des questions.
Autre point noir : la dépendance aux subventions publiques. Sapmer compte de plus en plus sur les aides de l’État pour compenser ses marges. Problème : ces subventions sont aléatoires, et souvent retardées. En 2023, l’entreprise a dû provisionner 5 millions d’euros pour couvrir des retards de paiement de la part de Bpifrance. En 2024, le risque est encore plus grand.
Pourtant, personne ne parle de ce qui pourrait arriver si les subventions disparaissaient. Parce que c’est ça, le vrai danger : Sapmer a construit son modèle sur du sable.
Pourquoi les régulateurs ne bougent pas ?
VoilĂ le vrai scandale : personne ne force Sapmer Ă assumer ses choix.
L’entreprise cotée, avec une dette qui explose, des marges qui s’effondrent, et des actionnaires qui fuient. Pourtant, la Commission européenne et l’AMF ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que Sapmer est un « champion national », parce qu’elle emploie des milliers de personnes, parce que personne ne veut assumer la responsabilité de la faire tomber.
Résultat : la direction a les mains libres pour continuer à jouer avec l’argent des autres. Les petits actionnaires paient le prix fort. Les créanciers, eux, attendent encore. Mais jusqu’à quand ?
La vraie question n’est pas « Sapmer va-t-elle rebondir ? », mais « à quel prix ? »
Les comptes du premier semestre 2024 sont là . Ils sont mauvais. Très mauvais.
Pourtant, les rumeurs de rachat ou de restructuration restent rares. Parce que personne ne veut ĂŞtre celui qui sonnera la fin de la partie.
Sauf que les chiffres, eux, ne mentent pas. Et quand les chiffres mentent, c’est souvent parce que la vérité est trop dure à entendre.
Alors oui, Sapmer pourrait encore se relever. Mais à quel prix pour les actionnaires, pour les employés, pour les créanciers ?
Une chose est sûre : si vous détenez encore des actions ALMER, il est temps de vous poser les bonnes questions.
Parce que dans l’histoire de Sapmer, le pire n’est peut-être pas encore arrivé.