Le projet de transformation du Comarché suscite des oppositions à Sambreville
L’enquête publique concernant la démolition du Comarché, situé au centre d’Auvelais dans la commune de Sambreville, s’est achevée en septembre dernier. Le projet prévoit la construction d’un immeuble mixte combinant un magasin Okay au rez-de-chaussée et 32 appartements.
Un modèle de reconversion commerciale discuté
La transformation d’un magasin de proximité en un espace mixte, associant commerce et logements, n’est pas une nouveauté en Belgique. Plusieurs communes ont déjà expérimenté ce type de reconversion, souvent pour répondre à des enjeux de revitalisation des centres-villes. Cependant, ces initiatives ont parfois donné lieu à des débats sur l’équilibre entre préservation des emplois locaux et attractivité immobilière.
Les opposants y voyaient une perte pour le tissu économique local, tandis que les promoteurs défendaient une modernisation nécessaire. À Sambreville, la question centrale porte sur la capacité du projet à maintenir une offre commerciale suffisante pour les habitants, alors que le Comarché employait plusieurs personnes et servait une clientèle fidèle.
Qui décide et selon quelles règles ?
En Belgique, les décisions relatives à l’urbanisme relèvent des communes. Le conseil communal de Sambreville a donc la responsabilité de trancher sur le sort du projet, après avoir pris en compte les réclamations et les avis émis lors de l’enquête publique. La loi belge impose une évaluation des impacts sur l’environnement et le cadre de vie, mais ne fixe pas de règles strictes sur la préservation des commerces de proximité. Les communes disposent ainsi d’une marge de manœuvre importante, ce qui explique les divergences observées d’une ville à l’autre.
Les promoteurs du projet, probablement des acteurs privés en collaboration avec la commune, avancent que cette reconversion permettrait de dynamiser le quartier en attirant de nouveaux résidents et en modernisant l’offre immobilière. Cependant, les opposants soulignent que la disparition du Comarché prive les habitants d’un lieu de vie central, tout en réduisant les emplois disponibles dans le secteur commercial.
Quelles compensations pour les clients et les commerçants ?
L’un des points les plus sensibles du dossier concerne l’absence, à ce stade, de solutions concrètes pour compenser la perte du Comarché. Les réclamations enregistrées lors de l’enquête publique pourraient porter sur plusieurs aspects : l’accès limité à des commerces de proximité pour les nouveaux résidents, la perte d’emplois, ou encore l’absence de garanties sur la pérennité du futur magasin Okay. Ce dernier, bien qu’appartenant à une enseigne nationale, pourrait ne pas répondre aux besoins spécifiques des habitants, notamment en matière de services locaux.
En l’absence de précisions sur les intentions des promoteurs ou de la commune, plusieurs scénarios restent possibles. Une solution pourrait être la création d’une zone commerciale dédiée à proximité, comme cela a été fait dans d’autres communes belges pour maintenir une offre de proximité. Une autre option serait de prévoir des espaces commerciaux dans les nouveaux appartements, bien que cela reste rare et complexe à mettre en œuvre.
Un débat qui dépasse le cadre local
Le cas de Sambreville s’inscrit dans une tendance plus large observée en Europe, où la pression immobilière pousse à repenser l’usage des espaces commerciaux.
Les habitants de Sambreville, comme ceux d’autres villes confrontées à ces choix, se retrouvent souvent en première ligne. Leur inquiétude porte moins sur le principe de la reconversion que sur son application concrète : comment garantir que les besoins des résidents soient pris en compte, et que les emplois ne disparaissent pas sans alternative ?
Les questions qui persistent
Plusieurs points restent en suspens. Tout d’abord, la commune a-t-elle identifié des terrains alternatifs pour implanter des commerces de proximité, ou prévo-t-elle de créer des espaces dédiés dans le nouveau quartier ? Ensuite, quelles garanties seront données pour que le magasin Okay, une fois installé, ne se limite pas à une offre standardisée, mais réponde aux attentes des habitants ? Enfin, comment les emplois perdus avec la fermeture du Comarché seront-ils compensés, si compensation il y a ?
À ce stade, aucune réponse définitive n’a été apportée. La balle est désormais dans le camp du conseil communal, qui devra arbitrer entre les impératifs du développement urbain et les réalités du terrain. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si le projet aboutira, et sous quelle forme.
Une décision qui engage l’avenir du quartier
Le projet de Sambreville illustre les tensions inhérentes à la transformation des centres-villes. D’un côté, la nécessité de moderniser les infrastructures et d’adapter l’offre immobilière aux nouvelles attentes. De l’autre, le risque de perdre des commerces essentiels pour la vie locale. Sans solution claire pour compenser la disparition du Comarché, les habitants pourraient se sentir lésés, tandis que les promoteurs et la commune misent sur les bénéfices à long terme d’un quartier renouvelé.
L’enjeu dépasse le simple cadre local : il interroge la capacité des pouvoirs publics à concilier développement économique et préservation des services publics. À Sambreville comme ailleurs, la réponse apportée à cette équation pourrait servir de modèle pour d’autres communes confrontées aux mêmes défis.