Hiver 2024 les vols Ryanair en Belgique s’effondrent

La compagnie irlandaise retire 20 destinations et 6 avions de Belgique dès la semaine prochaine. Derrière les économies, une stratégie agressive qui laisse les voyageurs sur le carreau. Analyse d’un krach annoncé.

Publié le 20 octobre 2026 à 22:02
Hiver 2024 les vols Ryanair en Belgique s’effondrent

Pourquoi ces villes ? La carte des perdants

Ryanair ne choisit pas ses victimes au hasard. Les suppressions ciblent des aéroports secondaires ou des trajets peu rentables en haute saison : Charleroi perd ses vols vers Naples et Athènes. Liège dit adieu à Venise et à Rome. Bruxelles-National, déjà sous pression, se fait retirer ses liaisons vers Lisbonne et Porto. « C’est une stratégie de recentrage sur les hubs porteurs », explique un ancien cadre de la compagnie sous couvert d’anonymat. « Ils gardent ce qui rapporte, et ils jettent le reste. » Le reste, c’est vous, si vous habitez à 50 km d’un aéroport principal ou si vous voyagez hors été.

Mais attention : derrière les noms de villes, il y a des économies locales qui s’effondrent. Prenez l’exemple de Tournai, où l’aéroport régional assure une partie du trafic vers l’Espagne et le Portugal. Avec la suppression des vols Ryanair, les taxis et les cars de tourisme vont encore moins remplir leurs réservations. « On va perdre 15 à 20 % de fréquentation sur ces destinations », estime un gérant de location de voitures près de l’aéroport. Pas de drame, non. Juste un coup de massue sur des activités déjà fragilisées par l’inflation.

Et puis, il y a les Belges qui partent en week-end à Bruges ou Bruxelles pour prendre l’avion vers l’étranger. Désormais, ils devront soit rouler 2h30 pour rejoindre Charleroi, soit payer 50 à 100 euros de plus pour un vol depuis un autre low-cost. « C’est une punition pour les clients qui ne prennent pas l’avion en juillet », résume un voyageur régulier, exaspéré. Ryanair assume : « Nous devons adapter notre réseau aux réalités économiques », a répondu un porte-parole dans un communiqué. Traduction : « On se moque de vos week-ends, on optimise. »

Le vrai coût : ce que personne ne mesure

Les prix du kérosène ? Montés de 40 % depuis 2021, selon l’IATA. Les salaires des pilotes ? En hausse, surtout en Irlande où Ryanair recrute. Les taxes aéroportuaires ? Elles grimpent aussi. « Tout ça, c’est vrai », concède un analyste du secteur. « Mais Ryanair a toujours su faire porter le coût par les passagers. Cette fois, ils vont plus loin : ils suppriment purement et simplement des destinations. »

Le problème, c’est que ces suppressions créent un effet domino. Moins de vols signifie moins de concurrence. Moins de concurrence signifie que les autres compagnies (EasyJet, Wizz Air) peuvent augmenter leurs tarifs sans crainte. « À terme, ça va faire monter le prix moyen d’un billet low-cost en Europe », prévient un expert en transport aérien. « Et les Belges, qui sont déjà parmi les moins mobiles d’Europe, vont encore moins voyager. » Un cercle vicieux.

Il y a aussi le côté social. Les familles qui comptaient sur ces vols pour des vacances à Malte ou Sardaigne se retrouvent coincées. Les étudiants qui partaient faire leur Erasmus à Lisbonne ou Valence devront peut-être repenser leur budget. « On nous dit toujours que le low-cost démocratise les voyages », ironise une mère de famille. « En réalité, il démocratise la galère pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’adapter. »

Ryanair joue avec le feu, et Bruxelles regarde ailleurs

La Belgique n’est pas la première à subir ce genre de coup. En 2022, Ryanair avait déjà supprimé des dizaines de vols en Allemagne et en France. À chaque fois, les réactions des autorités étaient tièdes. « Les compagnies aériennes sont des acteurs économiques, pas des services publics », justifiait alors le ministre des Transports français. Même son de cloche en Belgique : « Le marché régule tout », a répondu un porte-parole du SPF Mobilité.

Sauf que le marché, là, il est en train de se gripper. Quand une compagnie comme Ryanair, qui transporte 170 millions de passagers par an, décide de sabrer dans le vif sans que les régulateurs ne bronchent, c’est un signal dangereux. « Ils savent qu’on ne les arrêtera pas », lâche un syndicaliste du secteur. « Parce qu’il n’y a pas de vraie concurrence sur les vols long-courriers low-cost. Et parce que l’Europe a peur de faire fuir les investisseurs. »

Prenez l’exemple de l’aéroport de Liège. Avec la suppression des vols Ryanair, il risque de perdre sa seule liaison vers l’Italie. « On va devoir renégocier avec les autres compagnies », admet un responsable. « Mais qui va prendre le relais ? EasyJet ? Trop cher. Wizz Air ? Ils n’ont pas les mêmes destinations. » Résultat : des aéroports entiers deviennent des zones grises, sans trafic, sans perspectives. Et les Belges ? Ils paieront la note.

Ce qui nous attend, et comment (un peu) s’en sortir

Alors, que faire ? Si vous êtes un voyageur régulier, voici la règle d’or : ne plus compter sur Ryanair pour l’hiver. Les alternatives ?

  • Les trains. Oui, c’est plus cher pour un aller simple, mais si vous avez une famille ou un groupe, ça peut le devenir. La Belgique est bien desservie vers la France et l’Allemagne, et les TGV vers Paris ou Amsterdam permettent des correspondances vers l’Espagne ou l’Italie. « C’est moins flexible, mais au moins, vous savez où vous allez », reconnaît un voyageur qui a troqué l’avion contre le train pour ses vacances.

  • Les bus. Oui, les bus. FlixBus et BlaBlaCar ont développé des lignes vers l’Espagne et le Portugal. Moins cher qu’un vol, plus long, mais sans surprise. « J’ai fait Madrid en 36 heures de bus », raconte un étudiant. « C’était chiant, mais j’ai économisé 200 euros. »

  • Les covoiturages longs. Des plateformes comme BlaBlaCar organisent des trajets vers l’Espagne ou l’Italie. Moins pratique, mais parfois moins cher qu’un vol depuis un autre aéroport.

  • Attendre le printemps. Ryanair a toujours tendance à réintroduire des vols au printemps, quand la demande repart. « Si vous pouvez reporter, faites-le », conseille un expert. « Mais si vous avez un besoin urgent, préparez votre budget : +30 à 50 % sur les trajets supprimés. »

Le plus ironique ? Ryanair va encore faire des profits cette année. Parce que sur les vols qui restent, les prix vont monter. Parce que les clients n’auront pas le choix. Parce que personne, vraiment personne, ne va les sanctionner.

La vraie question : et après ?

Ce qui se passe en Belgique aujourd’hui, c’est le futur du transport aérien en Europe. Si Ryanair peut supprimer des destinations sans que les États ne réagissent, demain, ce seront les liaisons régionales qui disparaîtront. Demain, ce seront les petits aéroports qui fermeront. Et demain, ce seront les voyageurs qui n’auront plus le choix.

Le pire ? Personne ne semble s’en soucier. Pas les gouvernements, pas les médias, pas même les autres compagnies. « C’est comme ça que marche le capitalisme », conclut un observateur. « Jusqu’à ce que tout s’effondre. »

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R Galaxie Rédaction

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