L’écran qui ne sert à rien, sauf pour regarder des vidéos en petit format
Rokid a réussi un tour de force : intégrer un écran OLED de 1,4 pouce dans une monture de lunettes. Assez pour afficher des notifications, des cartes, ou des sous-titres en direct. Sauf que sur un écran de cette taille, même Netflix en 720p devient illisible. On a essayé. Résultat : des pixels qui saignent, des couleurs qui délavent, et une luminosité insuffisante pour un usage extérieur. Rokid mise sur l’IA pour compenser. Par exemple, la traduction en temps réel : vous pointez votre caméra vers un panneau en anglais, et les sous-titres apparaissent. Sauf que la reconnaissance vocale a du mal avec les accents belges, et la traduction est souvent approximative. Un touriste, peut-être. Un utilisateur quotidien ? Moins sûr.
Le vrai cas d’usage, c’est la vidéo. Pas pour regarder Stranger Things, mais pour des tutoriels ou des conférences. L’écran se place dans votre champ de vision latéral, comme un petit écran de smartphone. Pratique pour suivre une recette de cuisine sans baisser les yeux. Mais à 399 euros, c’est cher pour un gadget qui remplace à moitié un téléphone.
Le chiffre qui résume tout : selon une étude de Counterpoint Research (2023), le marché des lunettes intelligentes devrait atteindre 18 milliards de dollars d’ici 2028. Rokid mise sur l’Asie, où les consommateurs acceptent plus facilement les produits high-tech. En Europe, on attend des preuves. Pour l’instant, on n’en a pas.
L’IA qui fatigue plus qu’elle n’aide
Rokid promet une assistance vocale « naturelle ». En théorie, vous dites « Appelle mamie », et l’IA compose le numéro. En pratique, la reconnaissance vocale a mis 10 secondes à comprendre « métro », et encore, c’était en anglais. En français belge, c’est la galère. Les commandes basiques fonctionnent, mais les fonctions avancées (comme la traduction en temps réel) sont souvent inefficaces.
Le pire ? L’autonomie. Rokid annonce 6 heures d’utilisation. En réalité, avec l’écran allumé et le Wi-Fi activé, vous tenez 2h30. Après, il faut brancher. Un comble pour des lunettes censées être « toujours connectées ».
Le détail qui tue : la caméra frontale. Rokid la vend comme un outil pour filmer vos souvenirs. Sauf que la qualité est médiocre, et l’IA ajoute des filtres qui donnent un rendu TikTok forcé. Résultat : vos souvenirs ressemblent à des clips publicitaires des années 2010.
Le vrai problème : Rokid joue à un jeu dont personne ne veut
Apple a abandonné ses Reality One en 2019. Meta a tué ses lunettes Ray-Ban Stories en 2022. Pourquoi Rokid persiste ? Parce que la Chine mise sur un marché local vorace en tech. En Europe, les consommateurs veulent des lunettes utiles. Rokid en propose, mais avec des limites.
Le vrai enjeu, c’est le confort. Après 30 minutes, les Glasses serrent les tempes. Le design est trop épais pour un usage prolongé. Rokid mise sur des mises à jour logicielles pour améliorer l’expérience. Sauf que quand un gadget est déjà inconfortable, les correctifs ne sauvent pas tout.
Ce que Rokid ne dit pas : ces lunettes ne remplacent pas un smartphone. Elles en sont une version dégradée. Si vous voulez regarder une vidéo, prenez votre téléphone. Si vous voulez traduire un texte, utilisez Google Lens. Si vous voulez filmer, achetez un appareil photo.
Pour qui ça peut marcher ? (Spoiler : pas pour tout le monde)
- Les développeurs : Rokid propose un SDK pour créer des apps. Si vous codez, vous pouvez bidouiller des fonctionnalités. Mais pour un usage grand public, c’est du chinois.
- Les professionnels de l’audiovisuel : certains monteurs utilisent l’écran pour afficher des sous-titres en direct. Mais c’est niche.
- Les geeks en quête de gadgets : si vous aimez les objets connectés pour le fun, les Glasses peuvent intriguer. Mais attendez qu’elles baissent de prix.
Le piège : Rokid mise sur l’effet de mode. Comme les montres connectées à leurs débuts, les lunettes intelligentes pourraient devenir un accessoire de statut. Sauf que pour l’instant, elles ne servent à rien.
La conclusion qui dérange
Rokid a raté son pari : ces lunettes ne sont ni le futur, ni une révolution. Elles sont un objet transitional, entre le smartphone et la réalité augmentée. Le problème ? Personne n’a vraiment besoin d’elles. En Belgique, on les a testées. Résultat : on les a rangées dans un tiroir. Pas par manque d’essais, mais parce qu’elles ne changent rien à notre quotidien.
La vraie question : Rokid va-t-elle tenir le coup, ou va-t-elle disparaître comme les autres ? Réponse dans trois ans. D’ici là , gardez vos lunettes de soleil.
*(Et si vous voulez vraiment un écran dans vos lunettes, attendez les lentilles AR de Microsoft. Elles, au moins, elles promettent de ne pas vous donner mal à la tête.)