88 milligrammes pour explorer l’invisible
Les décombres de Fukushima, les canalisations de Paris, les poutres fissurées des gratte-ciels : des endroits où même les drones hésitent à s’aventurer. Pourtant, un scarabée robotisé, pesant moins qu’un ticket de métro, pourrait bientôt y circuler sans batterie, sans fil, sans limite apparente. Sauf une : celle de ses concepteurs.
Un insecte mécanique qui boit du méthanol
Ce n’est pas de la science-fiction. Des chercheurs de l’Université Harvard ont mis au point un robot inspiré des scarabées rhinocéros, capable de se déplacer dans des espaces étroits en se nourrissant de méthanol. Pas d’électricité, pas de chargeur, pas de GPS. Juste une réaction chimique qui le fait avancer, et une structure si légère qu’il pourrait se poser sur une feuille sans l’abîmer.
Le problème ? Le méthanol, c’est du poison. Une goutte sur la peau, ça brûle. Une inhalation prolongée, ça tue. Les premiers prototypes ont déjà montré que le robot pouvait se déplacer pendant 30 minutes en consommant 1,5 microlitre de carburant. Assez pour explorer une fissure, mais assez aussi pour contaminer un environnement si quelque chose cloche.
Qui contrôle ces bestioles ?
Harvard ne précise pas grand-chose sur les applications militaires ou industrielles. Pourtant, l’armée américaine finance déjà des recherches sur des robots autonomes pour les zones de guerre. Et les compagnies pétrolières rêvent depuis des décennies d’inspecter des pipelines sans envoyer des humains.
Le vrai risque ? Personne ne sait qui aura la main sur ces machines. Un robot de 88 mg, ça se perd. Ça se duplique. Ça s’échappe.
Les fissures que personne n’ose réparer
En 2019, une étude de l’OCDE estimait que 30 % des infrastructures critiques en Europe (barrages, centrales, réseaux électriques) présentaient des défauts structurels non réparés, faute d’accès ou de moyens. Les robots comme celui de Harvard pourraient changer la donne. Sauf que personne ne garantit leur fiabilité.
Un prototype qui dérape dans un réacteur nucléaire ? Un autre qui s’enraye dans une canalisation d’eau potable ? Les assureurs n’ont pas encore de modèle pour couvrir ce genre de catastrophes.
Le méthanol, ce carburant qui divise
Le méthanol a un avantage : il est facile à stocker et à manipuler. Mais son usage soulève des questions. En Chine, où des robots similaires sont testés dans les mines, des ouvriers ont déjà été intoxiqués par des fuites de carburant.
Aux États-Unis, la FDA interdit le méthanol pur dans les produits de consommation. Pourtant, rien n’empêche une entreprise de le glisser dans un robot