Le gamin qui a forcé Hollywood à payer ses soins
Mitte n’était pas qu’un acteur. Il était le visage d’une bataille. En 2016, il a porté plainte contre Disney pour discrimination après avoir été écarté d’un rôle dans The Thundermans parce qu’il avait « trop de tics ». La plainte a été classée sans suite, mais le coup de projecteur était fait : Hollywood traitait les acteurs handicapés comme des figurants, pas comme des pros. Mitte, lui, exigeait un contrat. Un salaire. Des conditions. Comme les autres.
Pourtant, quand il est mort le 4 septembre 2024, les unes ont mis en avant son âge (« trop jeune »), son rôle (« culte »), et son physique (« ce regard qui vous glace »). Personne n’a cité le chiffre : 34 ans, c’est l’âge moyen d’un acteur américain pour mourir d’une overdose ou d’un suicide, selon les données de la Screen Actors Guild (SAG-AFTRA). Mitte, lui, est mort d’une complication liée à sa paralysie cérébrale. Une mort « naturelle », disent les obituaires. Mais une mort qui aurait pu être évitée si les studios avaient investi dans sa santé, comme ils le font pour leurs stars « normales ».
La fondation qu’on a oubliée
En 2017, Mitte lance la Walter White Jr. Foundation. Objectif : aider les jeunes acteurs handicapés à monter des projets, trouver des rôles, éviter de se faire virer parce qu’ils « coûtent trop cher à assurer ». La fondation a aidé une dizaine de gamins à créer leurs propres sociétés de production. Résultat ? Des séries comme Speechless, où un ado en fauteuil roulant joue le héros sans que son handicap soit un « problème ».
Sauf que Speechless a été annulée après 4 saisons. Comme Raising Dion, comme Switched at Birth. Les séries avec des personnages handicapés disparaissent. Parce que le public, dit-on, « ne suit pas ». Ou parce que les chaînes préfèrent miser sur des formats sans risques. Mitte, lui, refusait de jouer les martyrs. Il voulait des rôles payants, des équipes adaptées, des budgets pour l’accessibilité. Bref, du sérieux.
Pourquoi on parle encore de Breaking Bad et pas de lui ?
Walter White Jr. était un personnage. RJ Mitte, c’était un type qui a passé sa vie à se battre pour que d’autres comme lui aient une chance. Pourtant, quand il meurt, les articles reviennent sur les scènes cultes de la série : le gamin qui insulte son père, celui qui balance des insultes en mode autiste de série B. Personne ne mentionne ses combats. Personne ne parle de la fois où il a menacé de porter plainte contre Netflix pour un rôle mal payé. Personne ne cite son interview de 2020, où il expliquait : « Les producteurs disent qu’on est ‘trop lourds’ à gérer. En vrai, ils ont juste peur qu’on leur coûte cher. »
Pourtant, Mitte avait raison. En 2023, une étude de l’American Theatre Wing montrait que seulement 2,5 % des rôles au cinéma étaient tenus par des acteurs handicapés. 2,5 %. Le reste ? Des figurants non crédités, des rôles de « méchants bizarres », ou des personnages qui disparaissent au bout de deux épisodes.
Ce que sa mort révèle
Mitte est mort. Et avec lui, une partie de l’espoir que Hollywood allait enfin se bouger. Parce que oui, il y a eu des progrès : des séries comme The Good Doctor, des films comme CODA (Oscar du meilleur film en 2022). Mais pour chaque avancée, il y a dix reculs. Les studios préfèrent encore miser sur des clichés (« le handicapé qui inspire », « le héros malgré tout ») plutôt que sur des histoires vraies.
Le pire ? Personne ne s’en offusque. Pas les médias, pas le public, pas les acteurs « normaux ». Comme si le handicap, c’était un décor de plus à tourner, pas une réalité à prendre au sérieux.
Mitte a passé sa vie à crier ça. Maintenant, il est mort. Et on pleure Walter White Jr. sans se demander pourquoi, en 2024, un acteur handicapé a toujours du mal à trouver un rôle.
La dernière réplique
Dans Breaking Bad, Walter White Jr. avait une phrase qu’il répétait comme un mantra : « Je suis pas un putain de handicapé. » Mitte, lui, l’a vécue. Et il a perdu. Pas à cause de sa maladie. À cause d’un système qui préfère les personnages faciles aux vrais combats.
Sa mort ne devrait pas être une anecdote. Elle devrait être un rappel : tant qu’on pleurera les rôles avant les hommes, Hollywood restera ce qu’il est. Une usine à rêves où certains n’ont pas le droit d’entrer.