SantéLa rage frappe dur dans l’Ituri alors que les cas explosent à Bunia
R Galaxie Rédaction · 6 novembre 2026 à 12:08 · 4 min de lecture
Depuis janvier 2026, 235 cas de rage ont été recensés à Bunia, en RDC, selon les autorités locales. Une situation alarmante qui révèle des lacunes persistantes en matière de prévention et de soins dans une région déjà fragilisée par les conflits.
Des vies brisées par une maladie évitable en pleine crise sanitaire et sécuritaire
À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri en République démocratique du Congo, les familles endeuillées se comptent désormais par centaines depuis le début de l’année 2026. La rage, une maladie mortelle transmise par les animaux infectés, progresse de manière inquiétante, touchant des populations déjà vulnérables. Les victimes, souvent des enfants ou des agriculteurs mordus par des chiens errants, meurent dans des souffrances atroces faute de soins accessibles. Les centres de santé, saturés par les violences récurrentes dans la région, peinent à garantir les traitements post-exposition, pourtant vitaux dans les premières heures suivant une morsure.
Une épidémie silencieuse dans une zone déjà en crise
Le chiffre de 235 cas enregistrés depuis janvier 2026, annoncé jeudi par le chef de la Division provinciale de pêche et élevage, confirme une tendance déjà observée dans d’autres provinces congolaises. La rage, souvent associée aux zones rurales, gagne désormais les villes, où la densité humaine et animale favorise sa propagation. Pourtant, cette maladie, dont les symptômes, agitation, hydrophobie, paralysie, sont bien connus, reste largement prévisible et traitable. La vaccination des animaux domestiques et la sensibilisation des populations, deux piliers de la lutte contre la rage, sont pourtant insuffisamment déployées dans l’Ituri.
Pourquoi la rage progresse-t-elle malgré les solutions existantes ?
Plusieurs facteurs expliquent cette résurgence. D’abord, l’instabilité chronique de la région, marquée par des conflits intercommunautaires et des déplacements de populations, perturbe les campagnes de vaccination animale. Les chiens, vecteurs principaux de la maladie, errent sans contrôle sanitaire, tandis que les humains, en mouvement constant, augmentent les risques de transmission. Ensuite, le système de santé congolais, déjà fragilisé, manque cruellement d’infrastructures adaptées. Les hôpitaux de Bunia, régulièrement pris pour cibles lors des affrontements, ne disposent pas toujours des sérums antirabiques nécessaires, obliggeant les patients à se rendre dans des villes plus lointaines, où les délais de prise en charge deviennent fatals.
Un combat qui dépasse la santé publique
La lutte contre la rage à Bunia ne se réduit pas à une question médicale. Elle interroge la capacité des autorités à coordonner des actions préventives dans un contexte de guerre larvée. Les programmes de vaccination, financés en partie par des organisations internationales comme l’OMS ou la FAO, butent sur des difficultés logistiques et sécuritaires. Les ONG locales, souvent les premières à agir, alertent depuis des années sur l’urgence d’une stratégie intégrée, combinant soins humains, contrôle vétérinaire et éducation sanitaire. Pourtant, les budgets alloués restent dérisoires face à l’ampleur du problème.
Que faire pour inverser la tendance ?
Plusieurs pistes, éprouvées ailleurs, pourraient être appliquées en Ituri. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation ciblant les populations rurales et urbaines pourraient briser la chaîne de transmission en modifiant les comportements. Enfin, la formation des soignants aux protocoles d’urgence post-morsure, associée à la mise en place de stocks stratégiques de sérums, sauverait des vies sans nécessiter d’investissements colossaux.
Un défi qui engage la communauté internationale
La situation à Bunia illustre les limites d’une approche purement locale face à une maladie transfrontalière. La rage ne connaît pas de frontières, et sa progression en RDC pourrait, à terme, affecter les pays voisins, où les déplacements humains et animaux sont fréquents. Les partenaires internationaux, qui financent une partie des programmes sanitaires congolais, pourraient jouer un rôle clé en débloquant des fonds spécifiques pour l’Ituri.
Une question de volonté politique et de moyens
Si les solutions existent, leur mise en œuvre dépendra de la priorité accordée à cette crise par les autorités. Dans un pays où les urgences humanitaires et sécuritaires accaparent l’attention, la rage reste souvent reléguée au second plan. Pourtant, chaque cas évité représente une famille sauvée, un enfant de plus scolarisé, une communauté moins traumatisée. À Bunia, où la peur de la maladie s’ajoute aux peurs du quotidien, la lutte contre la rage n’est pas seulement une question de santé publique : c’est un acte de résilience collective.
Les faits établis, les inconnues et les pistes d’action
Les données disponibles confirment une hausse alarmante des cas depuis le début de l’année, mais les causes précises de cette explosion, changement climatique favorisant la prolifération des vecteurs, affaiblissement des systèmes de surveillance, ou encore baisse des budgets alloués, restent partiellement éclaircies. Aucune étude épidémiologique récente n’a été publiée pour affiner le diagnostic. En revanche, les mécanismes de transmission et les protocoles de prévention sont bien documentés, offrant une base solide pour agir. La véritable question n’est donc pas tant scientifique que politique : comment mobiliser les ressources et la coordination nécessaires pour endiguer une maladie qui, chaque année, tue des milliers de personnes en Afrique ?
La réponse dépendra moins des laboratoires que des décisions prises aujourd’hui à Bunia, Kinshasa et dans les capitales des pays partenaires.
Photo : auteur inconnu, CC BY 4.0, via Openverse.
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