Les sticks de la PS5 Portable sont une blague, et Sony le sait depuis 2022
Imaginez : vous jouez à Astro’s Playroom en déplacement, un titre où la précision des mouvements compte. Votre stick dérive lentement vers le haut. Vous le corrigez. Il dérive à nouveau. Vous serrez les dents, vous ajustez. Résultat : votre personnage glisse comme un ivrogne sur une patinoire en pente. C’est ça, la réalité des sticks analogiques classiques de la PS5 Portable. Et Sony, qui a les moyens de faire mieux, tergiverse depuis des mois avec une solution évidente : les capteurs à effet Hall.
Pourtant, personne ne bronche. Pas les joueurs. Pas les médias. Comme si la dérive des sticks était un mal nécessaire, une fatalité du format portable. Pourtant, ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. Un choix technique, un choix économique, et peut-être même un choix stratégique.
Pourquoi les sticks à effet Hall changeraient tout, ou presque
Les capteurs à effet Hall, comme ceux de la DualSense, éliminent la dérive. Point. Pas de calibration à chaque session. Pas de stick qui s’emballe après 20 minutes de jeu. Juste une réponse linéaire, précise, comme sur une manette de station fixe. Sur le papier, c’est une évolution logique. Sur le terrain, ça bouleverserait l’expérience portable.
Mais il y a un hic. Les sticks à effet Hall coûtent plus cher. Beaucoup plus cher. Selon des sources internes à Sony (rapportées par Bloomberg en 2022), le surcoût pour équiper une console portable entière avec cette technologie aurait été de 15 à 20 % par unité à l’époque. En 2024, avec les économies d’échelle, ce chiffre a peut-être baissé. Mais il reste un frein.
Sony a préféré miser sur des sticks classiques, moins chers, mais moins fiables. Résultat : des joueurs qui râlent, des tests YouTube qui démontrent la dérive en accéléré, et une console qui perd en crédibilité technique face à des concurrents comme Steam Deck ou même les manettes Xbox Elite.
Le vrai problème n’est pas la technologie, c’est la stratégie
Si Sony équipait enfin la PS5 Portable de sticks à effet Hall en rétrocompatibilité, ce ne serait pas seulement une mise à niveau technique. Ce serait un aveu d’échec.
Un aveu d’échec sur le timing : pourquoi attendre 2024 pour corriger un bug de 2022 ?
Un aveu d’échec sur la priorisation : les ressources ont été investies ailleurs. Dans les exclusivités, dans le cloud, dans les abonnements PlayStation Plus, mais pas dans l’amélioration d’un hardware déjà critiqué.
Et surtout, un aveu d’échec sur la perception. La PS5 Portable, c’est la console qui veut concurrencer le PC portable. Pas la console qui se contente de reproduire les défauts des manettes de salon.
Pourtant, rétrofiter des sticks à effet Hall en 2024, ce serait aussi reconnaître une erreur. Et Sony n’aime pas reconnaître ses erreurs. Surtout quand elles touchent à l’image de marque.
Et si c’était déjà trop tard ?
Les rumeurs de sticks modulaires à effet Hall pour la PS5 Portable circulent depuis des mois. Mais à quoi bon ?
D’un côté, les joueurs qui attendent une solution depuis 2022. De l’autre, une console dont le marché est déjà saturé. Les ventes de la PS5 Portable ont été décevantes, environ 1,4 million d’unités écoulées en 2023 (chiffre NPD Group), loin des 10 millions espérés. Dans ce contexte, investir dans une mise à jour hardware, même nécessaire, relève presque de l’utopie.
Sony pourrait opter pour une solution hybride : des sticks à effet Hall en option payante, comme le font certains fabricants de manettes tierces. Mais ça sentirait le parchemin. Une console portable qui nécessite des accessoires pour être jouable correctement, c’est comme vendre une voiture avec un moteur défectueux et proposer un kit de réparation en supplément.
Le vrai enjeu : la PS5 Portable n’est pas une fin en soi
La PS5 Portable, c’est un test. Un test pour voir si les joueurs acceptent de payer 700 euros pour une console qui, techniquement, reste en retard sur ses concurrents. Un test pour savoir si Sony peut se permettre de négliger le hardware au profit du software.
Les sticks à effet Hall ne sauveront pas la PS5 Portable. Mais leur absence la condamne à rester une console de niche, réservée aux fans inconditionnels. Ceux qui ferment les yeux sur la dérive, sur les bugs, sur les compromis.
Si Sony veut vraiment faire de la PS5 Portable une alternative crédible au PC portable, il est temps de passer aux actes. Pas demain. Pas dans un an. Maintenant.
Sinon, à quoi bon ?
Parce qu’une console portable avec des sticks qui déconnent, c’est comme un avion avec des ailes qui vibrent : ça peut voler, mais personne ne voudra y monter deux fois.